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FRANCE – GABON : Accusé de faux, Ali Bongo obtient le soutien inébranlable de l’Elysée

Jeudi 18 Août 2016

Dans une lettre officielle obtenue par Mediapart, la présidence de la République a pris fait et cause pour le président du Gabon dans l’affaire de son état civil, objet de vives tensions à Libreville à l’approche de l’élection présidentielle du 27 août 2016.
 
C’est un courrier qui engage la France dans un dossier africain très sensible sous tous les angles : politique, diplomatique et judiciaire. Dans une lettre officielle obtenue par Mediapart, la présidence de la République française a pris fait et cause pour le président du Gabon, Ali Bongo, dans l’affaire de son état civil, objet de vives tensions à Libreville à l’approche de l’élection présidentielle du 27 août prochain.

Élu président du Gabon en 2009, au terme d’un processus électoral contesté, Ali Bongo est soupçonné d’avoir fabriqué un faux acte de naissance pour pouvoir se présenter à la magistrature suprême de son pays et, ainsi, succéder à son père Omar Bongo, qui a dirigé pendant 42 ans ce puissant confetti d’Afrique, par ailleurs bastion historique de la Françafrique. Il est aujourd'hui suspecté de vouloir récidiver pour se maintenir à son poste.

Mais en dépit de doutes de plus en plus persistants sur l’authenticité de l’état civil d’Ali Bongo et d’une enquête de justice diligentée en France sur le sujet, l’Élysée a très vite choisi son camp. La conseillère Afrique du président de la République, Hélène Le Gal, a fait savoir, dès le mois de juillet 2015, dans une lettre envoyée à des membres de l’opposition gabonaise, qu’« aucun doute ne saurait exister quant à l’authenticité » de l’acte de naissance litigieux. « Rien ne peut étayer, aux yeux des autorités françaises, la qualification d’imbroglio administratif et juridique », selon la conseillère de François Hollande.
 
Hélène Le Gal, la voix Afrique de Hollande
Officiellement, Ali Bongo est né le 9 février 1959 à Brazzaville, alors sous gouvernorat français. Seulement voilà, il serait en réalité originaire du Biafra (Nigeria) où il aurait été adopté par Omar Bongo à la fin des années 1960, selon le journaliste et écrivain Pierre Péan, qui a développé cette thèse dans son livre Nouvelles Affaires africaines (Fayard), paru fin 2014.

L’affaire est tout sauf anecdotique. La Constitution gabonaise, rédigée sous le règne d’Omar Bongo, stipule en effet que « toute personne ayant acquis la nationalité gabonaise ne peut se présenter comme candidat à la présidence de la République ». Si Ali Bongo était bien originaire du Biafra, donc nigérian de naissance, sans être le fils biologique de son père, l’élection de 2009 serait par conséquent invalide et il ne pourrait pas, en pratique, concourir à celle du 27 août prochain.

Depuis les premières informations publiées, de nombreux éléments sont venus conforter l’hypothèse d’une forgerie d’État. Le plus spectaculaire réside peut-être dans l’aveu fait par Ali Bongo lui-même, le 11 janvier 2015, lors d’un entretien avec la radio RFI, durant lequel le président gabonais avait reconnu avoir fourni de « faux documents » à la commission électorale de son pays pour pouvoir se présenter en 2009.

L’affaire a naturellement rebondi en France, Ali Bongo étant officiellement né en 1959 au temps du gouvernorat de l’Afrique équatoriale française (AEF), dont les archives d’état civil se trouvent à Nantes. Un acte de naissance de l’intéressé y a été retrouvé en novembre 2015, sans que, pour autant, les doutes s’amenuisent sur son authenticité. Au contraire : le document est dissemblable en de nombreux points à un précédent acte fourni par la présidence gabonaise au journal Le Monde et il ne comporte, par ailleurs, aucun tampon officiel, contrairement à d’autres actes de naissance de l’époque.  

Mais il y a mieux. L’acte de naissance d’une sœur d’Ali Bongo, Annick, obtenu par Mediapart, est lui aussi de nature à ébranler la possible fable franco-gabonaise. Ce document (voir ci-dessous) stipule en effet qu’Annick Bongo serait née le 19 juillet 1959, du même père mais surtout de la même mère qu’Ali Bongo. C’est-à-dire moins de six mois après la naissance supposée de celui-ci, en février. Physiologiquement, c’est impossible.

Ali Bongo, «Seul à n’avoir pas fourni un acte…»
Dans le cadre de l’héritage houleux d’Omar Bongo (qui a eu une cinquantaine d’enfants), Ali Bongo est d’ailleurs le seul à n’avoir pas fourni aux notaires chargés du dossier un acte de naissance en bonne et due forme, comme Mediapart l’a déjà raconté.

Au Gabon, l’opposition à Ali Bongo tente tant bien que mal d’empêcher la candidature du président sortant. Début juillet, une large coalition de candidats a publié un communiqué pour s’indigner des « manœuvres » de la commission électorale gabonaise, qu’elle accuse d’avoir modifié discrètement les règles de candidature pour favoriser celle d’Ali Bongo. « Nous réaffirmons notre détermination à voir la Constitution et l’ensemble du corpus juridique s’appliquer à tous, sans exception ni état d’âme », ont affirmé d’une même voix les signataires.
La Cour constitutionnelle du Gabon a été saisie, sans que beaucoup d’espoirs ne soient pour autant nourris par l’opposition, qui décrit régulièrement des institutions judiciaires totalement soumises au régime en place.  

La tension est aujourd’hui à son comble à Libreville, à moins d’un mois de l’élection présidentielle (à un tour). Comme le montre un document du 8 juillet 2016 émanant de l’état-major général des forces armées gabonaises, le pouvoir a déployé un important arsenal de surveillance sous couvert de lutte contre des « groupes terroristes ». L’opposition craint que ce dispositif, qui vise à « surveiller » et « agir » contre « tous les mouvements suspects sur l’ensemble du territoire national », ne soit en réalité mis en œuvre par le régime pour empêcher toute manifestation et expression publique hostile à Ali Bongo. 

De fait, l’Agence France-Presse (AFP) a fait état, le 24 juillet, d’une violente répression policière contre une manifestation pacifique de l’opposition. Plusieurs centaines de personnes avaient pris part à un rassemblement à Libreville pour protester contre la candidature d’Ali Bongo, précisément du fait des soupçons qui pèsent sur son état civil et la légalité de son mandat. Un caméraman de l’AFP a été tabassé. La manifestation s’était tenue près du rond-point de la Démocratie – c’est son nom – et les forces de l’ordre ont commencé à charger quand les membres de l’opposition ont entamé l’hymne national, baptisé… La Concorde.

La poudrière gabonaise suscite désormais des inquiétudes à l’échelle internationale. Le secrétaire général adjoint des Nations unies aux affaires politiques, Jeffrey Feltman, a fait part de sa « profonde préoccupation » après un séjour ce mois-ci au Gabon. La Chambre des représentants des États-Unis vient de son côté de prendre une résolution enjoignant au gouvernement gabonais de « respecter les principes démocratiques » pour l’élection présidentielle, s’inquiétant des « griefs sur le respect de la Constitution » au sujet de l’affaire de l’acte de naissance.

La France, elle, n’a pas encore trouvé les mots pour s’émouvoir. (Mediapart)
 
 
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