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Crédits téléphoniques rationnés des uns et privilèges intouchables des autres: le jeu de dupes des gens d'en haut

Mercredi 4 Septembre 2019

En réduisant les sommes allouées aux appels téléphoniques des fonctionnaires, le président de la République n’a pas pensé toucher à ses propres privilèges mais aussi à ceux des pontes du régime qui, eux, peuvent continuer à user des largesses financières et matérielles offertes par un système d’enrichissement vicieux et légalisé.


 
Les restrictions budgétaires décidées par le président de la République pour amoindrir les poches de gaspillages identifiées dans l’administration publique ne tombent pas trop tôt. Ce 1er  septembre 2019, le Bureau d’information gouvernemental (BIG) a annoncé la suspension (provisoire) des appels téléphoniques sortants passés par les fonctionnaires. Une mesure qui devrait abaisser fortement la facture téléphonique moyenne annuelle de 17 milliards de francs Cfa dénoncée par le chef de l’Etat lui-même lors du lancement, le 5 août dernier, du Programme d’appui à la modernisation de l’administration (Pama).
 
A cette même occasion, Macky Sall en avait rajouté une couche avec un chiffre astronomique concernant les achats de véhicules sur les deniers du Trésor public : 307 milliards de francs Cfa en 7 ans. Dans l’absolu, tout ce qui participe à réduire les dépenses publiques sans grever l’efficacité du travail des fonctionnaires est souhaitable. Ces derniers se retrouveront-ils dans le rationnement d’un élément essentiel de leurs activités professionnelles ? Quelle est la part d’économie nette envisagée par les autorités ?
 
Niches de gaspillages
 
Au-delà du téléphone, existent des niches insoupçonnées de gaspillages non seulement au sein de la communauté des fonctionnaires sénégalais, mais également et surtout dans le microcosme fertile des grands et petits projets pour lesquels l’Etat du Sénégal s’est lourdement endetté. Et de cela, Macky Sall n’en parle jamais.
 
Quand un homme politique, en l’occurrence Ousmane Sonko, accuse nommément des gens du pouvoir d’avoir volé un pactole de 94 milliards de francs Cfa au détour de micmacs immobiliers à grande échelle, le chef de l’Etat ne s’y intéresse point. Et par les faits de la jeune histoire de sa gouvernance, on sait que les scandales financiers qui ne l’intéressent pas n’intéressent jamais la justice.
 
Dans le cas des « 94 milliards », c’est l’assemblée nationale qui s’est chargée de l’opération de blanchiment politique a sale besogne consistant en l’ouverture d’une enquête parlementaire ridicule dont le petit enfant-talibé errant aux abords de la Place Soweto connaissait l’objectif et le résultat recherchés : disculper les détourneurs présumés. Pour la première fois peut-être dans l’histoire parlementaire du Sénégal, des députés d’un camp majoritaire se substituaient à un tribunal compétent et dûment constitué pour délivrer un verdict fondamentalement politique. 
 
Coud, Prodac, «94 milliards», etc., ces ressources tombées aux mains des politiciens
 
Cette affaire moralement non résolue (re)pose en filigrane le sens et la nature de la contribution des députés à l’édification d’une démocratie exemplaire dans notre pays. A quoi servent-ils in fine avec l’état d’esprit régressif, partisan et irréfléchi qui habite l’écrasante majorité d’entre eux ? Dans leur logique de vouloir «faire la lumière» sur le dossier des 94 milliards, ce qui en soi est à saluer si l’entreprise ne visait pas à enterrer l’affaire, «enquêter» également (toutes choses étant égales par ailleurs) sur les milliards du Prodac, sur Petrotim, sur la Société africaine de raffinage (Sar), entre autres scandales présumés, s’imposait à eux. D’où le déficit de crédibilité et de sérieux qui fait défaut à leur démarche ! Se sont-ils intéressés à la gabegie et à la corruption découvertes par les enquêteurs de l’Ofnac au Centre des œuvres universitaires de Dakar (COUD) dans le cadre d’une visite du président de la République à l’université et pour laquelle l’ex directeur Cheikh Oumar Hann a été gravement mis en cause dans les documents que l’Ofnac a transmis au procureur ?
 
Rationaliser les dépenses de l’administration en visant une meilleure efficacité des services et pouvoirs publics est certes une œuvre de salubrité au sein de la gouvernance. Mais la suppression pure et simple des «caisses noires et d’avance» qui pullulent à tous les échelons de l’Etat est encore plus primordiale.
 
C’est un système de corruption qui perdure en polarisant divers acteurs installés au sommet de l’Etat grâce au jeu des nominations politiques, le tout finissant par se transformer en doctrine. Il n’est pas équitable ni juste de réduire les crédits téléphoniques des fonctionnaires de l’Etat en laissant le président de la République disposer à sa guise, sans aucun contrôle d’aucun service de l’Etat, de plusieurs dizaines de milliards de francs Cfa à chaque année budgétaire.
 
Assemblée nationale, Hcct, Cese, ministères, etc.
 
Ceci est valable pour le président de l’Assemblée nationale, pour le président du Haut conseil des collectivités territoriales (Hcct), pour le président du Conseil économique, social et environnemental (Cese). Il l’est également pour ces innombrables ministres et directeurs généraux de sociétés qui gèrent indirectement les caisses noires de leurs services par l’intermédiaire d’hommes de main (souvent les DAGE), emportant avec eux à chaque fois que de besoin d’importantes sommes d’argent pour financer leurs activités politiques de base et leurs propres plaisirs…
 
C’est véritablement ce système de pillage organisé des ressources publiques qu’il faudrait rationaliser en premier lieu. Sous cet angle, les fonctionnaires de l’Etat apparaissent comme les agneaux d’un sacrifice imposé de l’extérieur. En haut-lieu, le chef de l’Etat et les pontes de son régime ne semblent pas vouloir toucher à leurs privilèges sacrés…
 
Les mesures de restriction budgétaire touchant à divers secteurs publics et annoncées par le président Macky Sall au lendemain de sa réélection de février 2019 ne sortent pas du néant, elles sont globalement le résultat des exigences du Fonds monétaire international (FMI) lequel a quasiment mis le Sénégal sous une tutelle douce.
 
 
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