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Chronique de l’assistant social: La médisance, dans sa forme outrancière, peut ôter la vie !

Lundi 12 Mars 2018

Chronique de l’assistant social: La médisance, dans sa forme outrancière, peut ôter la vie !
S’il y a un domaine de la vie où les Sénégalais de tout bord excellent au point d’en devenir les champions du monde toutes catégories confondues, c’est bien dans le champ de la médisance. Et  il n’est pas un seul Sénégalais qui n’ait pas été victime de ce mal. «Li amkaymoy : da ngay né dégumasumabosss, wayékéneduma wax naxnga sa bop : ndaxmbirmifimousoxéko mo sori.» (la médisance n’épargne personne, pas même l’écume de lasociété ; c’est faire preuve de grande naïveté que de se croire à l’abri de ce fléau tellement la médisance est culturellement enracinée).
 
Qu’est ce qui motive vraiment cette façon de faire (bien sénégalaise) capable de briser des vies ? Avant de répondre à cette question, je vais tenter de jeter un faisceau de lumière sur la nature humaine en m’appuyant sur mes cours de psychologie générale, psychologie génétique, psychiatrie, psychopédagogie, sociologie. Que ces éminents Professeurs (M. Dalmeida, Mme Oumou Kane, M. Birane Seck, M. Samaké, M. Pape Baïdaly Sow, M. Ablaye Dieng) qui m’ont enseigné ces matières à l’ENAES, trouvent ici l’expression de ma reconnaissance éternelle.
 
La structure de la personnalité chez les humains diffère fondamentalement d’un individu à un autre. Certains hommes et femmes, avec un héritage génétique, social, culturel, environnemental favorable, disposent de moyens de défense psychologique et moraux à même de leur permettre de faire face aux multiples flétrissures de l’existence. D’autres par contre, fragilisés par les héritages précités et moins avantagés en ce domaine, arrivent difficilement à faire face aux durs aléas et tribulations de la vie.
 
Cette vérité qui porte la marque de la science m’amène à cette interrogation : qu’est ce qui  pousse nos compatriotes à vouloir toujours parler en mal de leur prochain ? Pour cerner la problématique, je fais appel à l’expertise d’un brillant philosophe, Alassane Kitane: «La médisance traduit une forme de vengeance. La frustration d’être inférieur, faible, médiocre. La jalousie, dit Nietzche, est gênée par ce qui est grand.» 
 
Poursuivant sa réflexion, il ajoute : «La médisance est une forme de projection : on projette sur autrui ses propres démons pour paraitre moins démoniaque. C’est aussi parfois le désir de faire l’intéressant surtout quand on a peur de se taire, et là on est forcé d’inventer des histoires ou d’en rapporter.»
 
A ce sujet, je dois dire que des paroles blessantes peuvent créer et à jamais, chez la personne, un handicap affectif et psychologique irrémédiable. Illustration ! Un de mes amis, professeur d’université, me faisait cette confidence. Revenu du Canada bardé de diplômes avec plein d’idées dans la tête, il se mit à rédiger un manuel de … pour étudiants. L’ouvrage en question  connut un succès fou chez les étudiants. Et certains de ses collègues qui n’étaient pas contents se mirent à faire circuler des rumeurs-assassines sur sa personne.
 
Cet épisode douloureux a fini par créer chez lui un découragement. Et depuis, il n’a plus produit quelque chose, dépité par l’accueil que ses collègues ont réservé à sa production. Combien sont-ils dans ce cas ? Des centaines de milliers voire plus ?!
 
Ces injures portées sur la moralité d’un homme ou d’une femme peuvent avoir des effets dévastateurs sur son mental et son physique et même devenir la source de souffrance émotionnelle terrible et même de maladies. A ce sujet, le médecin-psychiatre Howard Cutler, en entretien avec le Dalaï Lama, fait observer :
 
«Au niveau mental, l’anxiété chronique peut porter atteinte au jugement, accroître l’irritabilité et entraver l’efficacité. Elle peut aussi générer des problèmes d’ordre physiologique : diminution des fonctions immunitaires, affections cardiaques, troubles du système digestif, fatigue, tension musculaire et douleurs.» (in Sa sainteté Le Dalaï Lama et Howard Cutler, L’Art du Bonheur.)
 
Cette situation, nous la vivons tous d’une manière ou d’une autre : maintenant que faire ? Se forger une structure mentale assez forte pour ne pas se laisser abattre en ce sens que beaucoup de médisants visent un objectif bien clair: «tuer» ; d’où la nécessité d’avoir un caractère trempé. Mais là aussi, il faut s’exercer en permanence étant entendu que la maturité affective et psychologique ne tombe pas ex nihilo: il faut la cultiver jours et nuits !
Le mot de la fin, je vais l’emprunter à Faust: «Homme ! Par ton cerveau puissant, deviens un Dieu, le seigneur et le maître de tous les éléments.»
 
Madi Waké TOURE
(Enseignant, ENTSS Dakar)
tmadiwaketoure@gmail.com
 
 
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