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Chronique : Repenser la libération de la femme

Mardi 23 Mai 2017

Les acteurs politiques ont réduit le soutien de l’État central aux mouvements des femmes et aux groupements d’intérêts économiques à une histoire électoraliste sans fin. On soutient politiquement en fonction des retombées politiciennes des efforts de la majorité du moment en direction des leaders féministes.


Par Mamadou Sy Albert
 La libération économique de la femme est sans nul doute une des questions majeures du développement et de l’avenir des sociétés humaines contemporaines. Cette problématique au centre des batailles de la femme, des mouvements politiques et de la société civile depuis des décennies a pris plusieurs formes.
 
Tantôt la forme d’une libération politique de la femme pour jouir de tous ses droits politiques et économiques, tantôt de la conquête du travail et de la liberté, notamment, l’accès équitable de la femme à toutes les fonctions de décision et de gouvernance nationale, locale et familiale.
 
Ainsi le mouvement féminin a mené au cours de nombreuses décennies le combat de la libération de la femme de la domination culturelle et politique héritée du système multiséculaire  patriarcale et du capitalisme et de l’émancipation totale de la femme dans la société. Le Sénégal, à l’instar de nombreux pays africains ont naturellement participé à ce  mouvement de la libération de la femme : jouir de tous ses droits  politiques, juridiques, économiques  et humains et la participation effective à la vie politique.
 
La parité acquise seulement après l’avènement de la première alternance politique en mars 2000 constitue un indicateur majeur de l’éveil de la conscience citoyenne féminine. L’accès formel  à toutes les  fonctions électives et à l’exercice du pouvoir politique est un des résultats positifs des luttes de libération de la femme.
 
Évidemment, il reste encore du chemin à faire.  La femme est économiquement faible, voire très faible. Au-delà de la discrimination dans le traitement des salaires, de l’accès à des responsabilités politiques nationales et locales encore sous le contrôle des hommes et à l’exercice de certains métiers fortement marqués par l’exclusion du sexe féminin, il y a fondamentalement la participation de la femme sénégalaise au développement de sa collectivité, de son pays, du continent et du monde.
 
En dépit de la participation des femmes à  la démocratie pluraliste et à l’exercice du pouvoir politique central et local, la participation des femmes au développement socio-économique et culturel reste marginale au regard de son poids démographique, de sa place réelle dans la société et des contraintes sociales, culturelles et religieuses.
 
Les femmes sont plus visibles dans l’univers des mouvements associatifs et l’animation des groupes d’intérêts économiques sans oublier le folklore. Le Sénégal compte des milliers et des milliers de regroupements. Cet engouement pour les activités socio-économiques cache mal la marginalisation de la femme par le système économique formel et la gouvernance publique nationale et locale.
 
Les groupements d’intérêts économiques des femmes souffrent de plusieurs contraintes structurelles. La formation technique et professionnelle des leaders et responsables est quasi inexistante. Les groupements d’intérêts n’ont aucune garantie financière susceptible de permettre à leurs membres d’accéder aux crédits bancaires. Les activités capables d’accroitre les revenus des femmes sont limitées par les pesanteurs drastiques d’un marché étroit  et le  faible pouvoir d’achat des familles et des ménages.
 
Ainsi, le cycle vicieux du déficit de formation technique et de l’accès aux ressources financières dans lequel se meuvent les groupements d’intérêts économiques explique la mort programmée de nombreuses initiatives des femmes et des projets d’intérêts économiques. Les activités des groupements féminins ne libèrent guère paradoxalement la femme.
 
C’est toujours un éternel recommencement pour bien des responsables de groupements féminins. Ces regroupements peinent à produire des entreprises économiques et familiales et des  chefs d’entreprises à la hauteur des enjeux de l’économie solidaire qu’elles veulent bâtir dans la durée pour sortir de la pauvreté et de la précarité sociale.
 
La libération de la femme ne se pose plus dans les mêmes termes au fil de l’histoire de la libération de la femme et des conquêtes des femmes. Elle est aujourd’hui à la fois  économique et politique. Le financement des groupements d’intérêts économique, l’accès aux crédits bancaires, la formation technique et professionnelle constituent des exigences absolues de la libération économique et culturelle de la femme sénégalaise.
 
La libération économique affectera naturellement la place de la femme dans la société et la gouvernance politique. Malheureusement, le mouvement des femmes est victime du clientélisme. La crise identitaire du mouvement féministe ne facilite pas non plus la prise en charge les batailles actuelles de la libération de la femme.
 
Les acteurs politiques ont réduit le soutien de l’État central aux mouvements des femmes et aux groupements d’intérêts économiques à une histoire électoraliste sans fin. On soutient politiquement en fonction des retombées politiciennes des efforts de la majorité du moment en direction des leaders féministes.
 
C’est probablement au mouvement citoyen féministe sénégalais de prendre conscience des enjeux de la participation économique de la femme au développement et de trouver des réponses non clientélistes aux véritables questions de la participation de la femme au  développement. Les régimes politiques passent. La question de la libération de la femme demeure toujours au cœur du développement.
 
 
 
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