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CRISE MALIENNE: Le centre du Mali, entre djihadisme et incurie de l’Etat

Vendredi 22 Juillet 2016

Dans ce second rapport (voir par ailleurs «Les chemins d’une paix introuvable ») de l’Institut d’études de sécurité (ISS) de Dakar, le chercheur Boukary Sangaré explique le djihad plus comme un moyen – pour les Peul du Macina par exemple - de défendre des intérêts individuels et communautaires face à l’incurie de l’Etat central qu’une volonté d’imposer le fondamentalisme islamique.
 
Les Peuls sont régulièrement en conflit avec les Touaregs au sujet de l’exploitation des ressources pastorales dont ils dénoncent le pillage. Selon Boukary Sangaré, certains «se souviennent amèrement des razzias conduites par le nommé Marouchal, un guerrier touareg […] ». C’est la crainte du retour de l’hégémonie Touareg qui a poussé les Peuls à faire allégeance au MUJAO, indique-t-il. Cette allégeance s’explique aussi par le critère communautaire car beaucoup de Peuls font partis de ce groupe armé salafiste. L’accès aux armements des djihadistes fait également parti des raisons pour lesquelles les peuls rejoignent les mouvances salafistes, cela leur permet de se protéger.

Pour Sangaré, le MUJAO  «a tenu à délivrer une justice équitable» dans le but de gagner leur confiance. Le manque de justice, c’est justement ce qui était reproché à l’État à l’endroit de la communauté Peul. Le rapport explique que celle-ci a été ont été victimes d’arrestations arbitraires, très souvent sur simple suspicion ou dénonciation d’être des djihadistes. Dans la région de Mopti, l’insécurité reste très forte. Et pour cause, les personnes interrogées se disent doublement menacées, à la fois «par les forces armées à la recherche des djihadistes» et «par ces derniers […]». A ce niveau, Boukary Sangaré s’insurge contre l’idée répandue selon laquelle le Front de libération du Macina (FLM) serait la principale source de violence dans cette région. Pour lui, la réalité est plus complexe du fait des «actes isolés de banditisme et de règlements de comptes» entre groupuscules rivaux.

Une paix durable ? Sangaré est convaincu qu’elle n’aura pas lieu tant que l’insécurité perdure au centre du pays, étant entendu que la solution militaire elle-même ne suffit pas à résoudre le problème. C’est pourquoi la mise en œuvre d’un programme «démobilisation, désarmement, réinsertion» (DDR) pour tous les jeunes peuls armés, djihadistes ou pas, devient une nécessité. Cela devient d’autant une nécessité que la région de Mopti  «demeure l’une des dernières au Mali en termes d’accès aux services sociaux de base». La précarité reste un facteur de déstabilisation en rendant les populations vulnérables face à la radicalisation.
Impact.sn (article paru dans Nouvel Hebdo)
 
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