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BARÇA, BARZAKH, FILLES MALTRAITEES DANS LE GOLFE : Du drame sans fin de l’émigration à l’impuissance des autorités

Mardi 6 Septembre 2016

Alors que les plaies du phénomène «Barça ou Barzakh» connaissent une nouvelle jeunesse plutôt macabre avec la noyade récente de neuf jeunes de Yarakh, le phénomène tout autant dévastateur des jeunes filles maltraitées dans des pays du Golfe prend des allures d’esclavagisme moderne. Deux questions qui interpellent un gouvernement qui semble agir sur pression de l’opinion publique.
 
La première alternance au Sénégal en 2000 a connu ses premiers regrets avec la montée fulgurante de l’émigration clandestine qui a été associée à la crise galopante de la pauvreté à laquelle il fallait remédier par tous les moyens. A partir des années 2005, Me Abdoulaye Wade faisait l’objet de remontrances de la part des autorités européennes qui le soupçonnaient de laisser se développer une filière migratoire à partir de pirogues de fortune à destination des côtes espagnoles pour un nouvel Eldorado.
 
Courroucée par cette situation, l’union des travailleurs sénégalais de France interpellait l’ancien Président, lors d’une conférence de presse tenue le 25 aout 2006, pour lui demander de s’expliquer. «Assez d’humiliation, trop c’est trop ! Le Président Abdoulaye Wade doit rendre des comptes au peuple», exigeait-elle. Pour cette association, «l’émigration clandestine symbolise l’absence de perspectives du fait que le chômage est vécu en amont et en aval par la jeunesse».
 
Le Frontex, cette police européenne aux frontières maritimes qui a été mise en place en collaboration avec le gouvernement espagnol n’a pas réussi à stopper l’hémorragie, même si elle a contribué à neutraliser les filières clandestines au départ des côtes sénégalaises. D’où sa reconduction en 2009 après trois années d’expérience.
 
Mais les jeunes n’ont jamais cessé cessent de s’engager dans cette expérience suicidaire. Alors que personne n’en parle, la vérité dans l’affaire de la mort récente de jeunes de Yarakh est trouble. Des témoins ont révélé en effet que ce sont des gardes côtes espagnoles qui ont tiré sur l’embarcation, tuant deux d’entre les migrants et trouant la vedette, ce qui a finit par couler l’embarcation. En lieu et place d’une enquête approfondie pour connaître la vérité dans ce drame, le gouvernement s’est précipité chez les familles éplorées pour sécher les larmes des parents avec des chèques d’un million par victime. Comme si le prix d’un jeune migrant sénégalais avait été fixé à un million de francs Cfa !
 
Filles esclaves modernes
Depuis quelques semaines,  il est fréquent que soit rapportés des cas de jeunes filles sénégalaises arnaquées par un ou des compatriotes et «vendues» dans les pays du Golfe demandant de l’aide. Si elles ne sont pas emprisonnées pour refus de se soumettre aux violences de leurs maîtres, elles restent des esclaves aux charges de travail surélevées. Mbayang Diop a choisi de dire non, à ses risques et périls. Rose Bâ, habitante de la cité Soprim, déclarait sur la radio Zik Fm, à travers l’émission «Teuss», que le fils de leur maître leur demande parfois des choses inacceptables, et que le père lui-même s’acharnait sur elles en recourant à différents types d’insultes, en plus des menaces de l’intermédiaire Matar Fall.
 
Dans ces situations pénibles étalées tous les jours dans la presse, la posture du gouvernement manque souvent de réactivité, donnant l’impression nette de suivre les événements à partir des soubresauts médiatiques enregistrés dans l’opinion. Dans tous les témoignages de celles qui sont parvenues à rentrer au bercail, se distingue de manière systématique un mode opératoire d’évasion digne d’un film hollywoodien. «Quand nous appelons le consul pour lui exposer nos problèmes et notre souhait de rentrer au pays, la proposition qu’on nous fait est d’essayer de fuir», racontait une rescapée de l’enfer du Golfe dans l’émission Teuss susmentionnée.
 
Mame Bineta Fall a révélé à l’Ong «Touche pas à ma sœur» qu’aucun de leurs droits n’est respecté et que la maltraitance qu’elles subissent est extrême. Cette déclaration est confirmée par Bernadette Fernandez. «Certes, je n’ai pas emprunté les pirogues pour arriver à destination, mais les jeunes qui l’ont fait n’ont pas moins enduré que moi. Là où j’étais, les étrangers en général n’ont pas voix au chapitre. Et la police locale travaille pour les populations locales qu’elle protège au vu et au su de tous», avait-elle expliqué.
 
Rentrée définitivement au pays à l’instar de l’artiste Bébé Aïcha dont l’histoire est connue partout au Sénégal avec la fuite de son employeur, Oulèye Dia déclare avoir rompu avec toute envie d’émigration, légale ou clandestine. «Quand je quittais Dakar, on me faisait croire que la réussite se ramasse à travers les ruelles. J’ai été victime de toutes sortes de tracasseries et des bavures policières», se souvient-elle.
 
Face à tous ces drames que subissent des Sénégalaises dans les pays du Golfe, les responsabilités sont certainement partagées. Entre des jeunes filles qui partent sans garantie, juste désireuses d’échapper à des conditions sociales précaires, et des autorités qui ne se donnent pas toujours les moyens en amont d’intervenir efficacement, il y a peut-être de la place à prendre pour des ONG spécialisées en émigration et qui pourraient être reconnues d’utilité publique. (El Hadji Cheikh Anta SECK)
 
 
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