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A propos du conflit entre la RTS et le GFM.

Samedi 23 Juin 2018

Le conflit ouvert entre la RTS et la TFM sur les droits de retransmission des matchs à la veille de la coupe du monde de football en Russie nous plonge au cœur même des pratiques partisanes voire des conciliabules entre amis ou compagnons de route au sommet de l’Etat  en contradiction avec l’éthique républicaine de règlements des conflits par les organes habilités en la matière.

Au plus, il nous livre un scénario inédit de gestion des conflits ou à tout le moins d’un arbitrage politique initié par le premier ministre, monsieur Mouhamed Boun Abdallah Dionne entre la RTS, une structure de service public et la TFM, une entreprise privée afin d’arrondir les angles en vue d’une part de voler au secours du ministre – conseiller Youssou Ndour, par ailleurs président du conseil d’administration du Groupe Futurs Médias ( GFM ) et d’autre part de faire pression sur les responsables de la RTS afin qu’ils renoncent définitivement de porter l’affaire devant la justice pour un arbitrage. Cette guéguerre entre les deux chaînes de télé démontre à suffisance les limites du champ  d’application des prérogatives du Conseil National de Régulation de l’Audiovisuel (CNRA ).
 
Ce procédé singulier du premier ministre Mouhamed Boun Abdallah Dionne visant à empêcher de facto à la RTS, un média du service public de réclamer au niveau de la justice un droit exclusif de retransmission des matchs de la Coupe du Monde de Football au détriment de la TFM, est un aveu de faiblesse et une volonté manifeste de couper la poire en deux afin de ne froisser le ministre - conseiller Youssou Ndour ou à tout le moins de protéger son mentor, notre président par défaut Macky Sall des capacités de nuisance voire de pression de son allié du mouvement  Fecce Maci Bolé.
 
Au-delà de cette décision politicienne de règlement du conflit commercial entre les deux entreprises de presse, l’intrusion du premier ministre Mouhamed Boun Abdallah Dionne dans le dossier constitue  un précédent dangereux et fort regrettable de banalisation des droits de propriété juridique des entreprises sénégalaises. Qui plus est, dites – nous, monsieur le premier ministre, pourquoi est – ce aujourd’hui  nécessaire voire juste de priver à un démembrement de la puissance publique en l'occurrence la RTS de son droit légitime d’ester en justice afin d’empêcher à un concurrent direct dans l’espace médiatique de profiter de son bien ? Mieux, la justice sénégalaise n’est - elle pas plus habilitée que vous pour dire le droit voire de réhabiliter l’une ou l’autre partie dans ses droits ? Il faut savoir raison garder monsieur Mouhamed Boun Abdallah Dionne !
 
Vous n'avez nullement le droit de solliciter auprès des parties en conflit un arrangement à l'amiable qui risque de priver au Trésor public une importante manne financière. Après tout, dites-nous qui vous a mandaté pour procéder de la sorte ? Ces petits calculs politiciens entre copains sur nos ressources publiques doivent cesser, n'est- ce pas, monsieur Mohamed Boun Abdallah Dionne, vous qui ne privez vous jamais de nous rappeler votre slogan creux de gestion sobre et vertueuse ? A moins que la gestion vertueuse et irréprochable soit exigée aux seuls adversaires du régime de notre président par défaut, monsieur Macky Sall et pas pour les autres, ses alliés.
 
Dans une République respectueuse de la légalité juridique,  il est temps que nous apprenions, n’est –ce pas monsieur Mouhamed Boun Abdallah Dionne à jouer la carte de la prudence et à laisser aux entités compétentes la possibilité matérielle de faire leur travail afin d’éviter surtout des arbitrages bidons et qui de surcroît peuvent violer manifestement les droits des parties en conflit.
Dans une République où le respect des normes est la règle, le trafic d’influence doit être combattu avec vigueur afin que nos autorités publiques ne profitent pas de leurs positions en vue de bénéficier de largesses indues.
 
Dites – nous également monsieur le premier,  quelle serait votre position voire attitude si monsieur Youssou Ndour, président du conseil d’administration du Groupe Futurs Medias n’était pas un allié du président Macky Sall ou qu’il utilise à dessein son entreprise comme moyen de pression contre le pouvoir ?
 
Que dire également de vos propos d’une légèreté inouïe  : « N’oubliez pas que vous parlez à un ministre de la République » voire  teintés de condescendance pour rabaisser un directeur commercial d’une entité publique qui en prend pour son grade d’avoir simplement osé réclamer du ministre – conseiller Youssou Ndour un minimum de respect voire de considération ?  Ne sommes nous pas en présence d’un cas réel de conflit d’intérêt impliquant le ministre –conseiller Youssou Ndour ?
 
Dites – nous, monsieur Mouhamed Boun Abdallah Dionne,  est ce qu’un ministre de la République a le droit de parler comme Youssou Ndour : « Vous n’êtes rien, vous êtes dépassés » pour apostropher de manière désobligeante le directeur commercial de la RTS ? Dites – nous également, est-il admis au Sénégal qu’un ministre de la République puisse manquer de respect volontairement à ses concitoyens en vue de les rabaisser ou de les traiter pour des moins que rien. Je suis d’avis que si monsieur Youssou Ndour n’était pas ministre-conseiller, jamais il n’aurait manifesté de manière ouverte un mépris certain au directeur commercial de la RTS. Un peu d’humilité ne coûte rien à nos autorités publiques.  En revanche, faire preuve d’humilité en toutes circonstances élève la personne dans l’estime de ses concitoyens.
 
Et puis, monsieur le ministre – conseiller Youssou Ndour, si les agents de la RTS sont dépassés comme vous le dites, est – ce de leurs fautes ? Vous savez sans doute mieux que nous que malgré leur professionnalisme ou leurs connaissances de l’outil audiovisuel, ces agents du service public ont les mains liées en raison de la soumission de leurs responsables aux moindres desiderata du pouvoir exécutif. Depuis l’indépendance du Sénégal, il en a toujours été ainsi.  En effet, nos  autorités publiques n’ont jamais cessé d’exercer de fortes pressions sur les médias du service public en  vue de restreindre d’une part leur autonomie d’action visant à sensibiliser correctement les citoyens sénégalais sur les enjeux de l’heure voire sur l’opportunité ou l’efficacité des politiques publiques conduites par le gouvernement  et d’autre part de les utiliser comme des outils  de propagande dans le dessein d’endormir le peuple par un usage abusif de programmes folkloriques ou de lutte.
 
Pourquoi en tant que ministre – conseiller, vous ne  profitez pas de votre proximité voire de votre relation de confiance avec le président de la République, monsieur Macky Sall pour plaider la cause du service public de l’audiovisuel  afin  qu’il relève de nouveaux défis de modernisation de ses outils de travail voire qu’il se penche sur une approche plus objective de la situation socio-économique du pays loin des lambris dorés du pouvoir ?
 
En dépit même de la concurrence rude entre les médias, nous devons tous plaider pour un financement conséquent des organes de presse du service public  et pour une réelle liberté de ton des journalistes puisqu’ils exercent en définitive une mission  de conscientisation voire d’éveil des citoyens sénégalais qui à première vue n’est pas la priorité de beaucoup d’organes de la  presse privée. C’est un vrai débat de société qui mérite d’être mené par les acteurs même du secteur public et de la société civile afin d’engager de véritables changements dans la mise en pratique de nouvelles stratégies de communication ou de la ligne éditoriale.
 
Par ailleurs, nous devons tous avoir à l’esprit que les médias du service public ont pour seule mission  d’informer et de participer activement à la formation des citoyens aptes à participer au jeu démocratique voire au développement du pays. La mission des organes du service public est de servir avec loyauté et dévouement le peuple et non de se soumettre aux autorités de la République en vue d’asservir la masse silencieuse. C’est pour cela qu’il demeure vital de nettoyer voire de vider les médias du service public de cette race de profiteurs  politiciens professionnels ou de griots traditionnels qui détournent sciemment voire sapent le travail des vrais professionnels de l’information en vue de rentrer dans les grâces du président de la République.
 
Au-delà de la nécessité de porter ce combat citoyen, il demeure impératif de rappeler voire d’exiger de nos autorités publiques le sens de la retenue et de la responsabilité dans leurs actions envers le peuple. Au vu  du dialogue surréaliste tenu au sommet de l’Etat entre le premier ministre Mouhamed Boun Abdallah Dionne, le ministre – conseiller et le directeur commercial de la RTS, il est à la fois inadmissible dans la République qu’une autorité profite de sa situation voire de sa position au plus haut niveau de nos institutions publiques pour se permettre un certain écart de conduite. Un ministre de la République ne doit il pas montrer le bon exemple ?
 
Est-ce que l’orgueil des puissants vous titille au point que vous semblez oublier que la mission d’un ministre de la République est d’être exclusivement au service du peuple ?
Ce peuple meurtri par les compromissions sur son dos, ne mérite t-il pas un minimum de considération à partir du moment où vous profitez à volonté de nos maigres ressources publiques en vue de vous pavaner aux quatre coins du monde voire de mener une vie de pacha ?
 
La République n’est pas une foire ni un lieu de spectacle. Elle est le symbole de notre volonté de vivre en commun. Au demeurant, elle doit être le socle ou le miroir  de nos valeurs de respect, de justice sociale, d’égalité des citoyens sénégalais devant la loi. Elle doit être garante du respect des lois et règlements en vigueur. Au plus, elle doit bannir le favoritisme et plaider en faveur du mérite. En outre, la République doit également être animée par un besoin réel de transparence voire d’éthique et de responsabilité dans la gestion de nos ressources publiques ou potentialités économiques.
 
massambandiaye2012@gmail.com
 
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1.Posté par Me François JURAIN le 01/07/2018 09:49
A propos, ma mémoire me fait défaut: Monsieur Youssou N'DOUR, avant d'être ministre-conseiller, n'avait il pas un dossier fiscal un peu embarrassant? et si c'est le cas, qu'est donc devenu ce dossier fiscal?

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