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A propos d'une fausse colère de l’Union des magistrats du Sénégal.

Mardi 3 Avril 2018

« Qui se sent morveux,  qu’il se mouche ». L’Avare de Molière.
La condamnation à cinq ans de prison du maire de Dakar, monsieur Khalifa Ababacar Sall par le juge Malick Lamotte n’est une surprise pour personne au pays de la Teranga.  Les dès étaient déjà pipés. En effet, les autorités de la République par la volonté de notre président par défaut, monsieur Macky Sall ont tout orchestré, depuis le début de la mise en accusation du maire de Dakar pour arriver à cette décision judiciaire somme toute regrettable et non fondée en droit en raison même des nombreuses violations des droits des prévenus. 
 
Face à cette décision inique, devrons-nous garder le silence afin de ne pas froisser les magistrats qui ont décidé en toute connaissance et en dépit même de leur serment de rendre la justice avec courage et responsabilité, de prêter le flanc au régime clanique du président Macky Sall  en vue d’éliminer un redoutable adversaire politique ?
 
Le rejet de notre magistrature aux ordres du pouvoir exécutif par beaucoup de citoyens sénégalais s’explique principalement par la docilité dont font preuve certains magistrats dans la conduite des dossiers judiciaires très sensibles à relents politiques. Dénoncer ainsi l'incurie,  l’irresponsabilité voire le refus systématique de certains magistrats de dire le droit rien que le droit afin de juger en toute impartialité les citoyens sénégalais peu importe leur statut social, relève de notre devoir patriotique.
 
C’est dans ce cadre qu’il faut avec justesse comprendre les propos de monsieur Barthélémy Dias même si cela a pu provoquer l’ire voire la condamnation sans appel de l’Union des magistrats du Sénégal.  Toutefois, il faut savoir raison garder ! La réaction émotive de monsieur Barthélémy Dias est la conséquence d’un dépit constaté par l’ensemble du corps social sénégalais sur une certaine attitude désinvolte de certains magistrats à se compromettre dans l’exercice de leurs fonctions en acceptant d’être le bras armé du président de la République en vue de violer manifestement les droits de ses potentiels adversaires politiques et/ou de n’importe quel citoyen lambda sans coup férir.
 
Nous savons tous que monsieur Barthélémy Dias est un homme politique courageux et qui n’a pas peur de dire la vérité voire de décrire la situation sociale du pays de manière assez crue. Le courage dont il fait preuve pour asséner ses vérités crues aux uns et autres peut sembler risquer voire suicidaire dans notre pays où beaucoup de nos compatriotes, par lâcheté, préfèrent raser les murs ou flatter l’ego de nos autorités publiques afin de ne pas subir leurs représailles. Les mots de monsieur Barthélémy Dias à l’encontre de certains magistrats sénégalais peuvent faire mal et in fine titiller leur sens de l’honneur ou ce qui en reste, remis en question depuis très longtemps par beaucoup de nos compatriotes du fait même de la propension de certains juges du Sénégal, animés par un mercantilisme injustifié voire par une détermination effrénée  à gravir assez rapidement les échelons  de la magistrature en vue d’exécuter froidement les moindres desiderata du président Macky Sall.
 
Au-delà des mots prononcés dans la foulée de la condamnation du maire de Dakar, par monsieur Barthélémy Dias, il s’agit tout au plus de la perception que de très nombreux citoyens sénégalais ont de notre système judiciaire. Monsieur Barthélémy Dias n’a fait que traduire par son vocabulaire jusqu’au boutiste l’état de délitement du plus prestigieux corps de nos institutions républicaines.
 
On peut certes lui reprocher l’usage de certains mots qui peuvent impacter de manière négative sur l’honorabilité de nos magistrats. Ces mots expriment une certaine violence symbolique sur le comportement de certains magistrats. Ils traduisent un  malaise profond des citoyens sénégalais sur l’institution judiciaire, le porte-drapeau des sans voix contre l’arbitraire voire le trop de pouvoir de certains acteurs du champ juridique sur nos vies et libertés.
 
Que maintenant l’union des magistrats du Sénégal par la voix de son président, l’honorable juge monsieur Souleymane Teliko, vienne fustiger les propos de monsieur Barthélémy Dias pour défendre ce corps malade, est également une autre façon de maintenir le statu quo et protéger par voie de conséquence les intérêts privilégiés de la magistrature voire de couvrir les forfaitures ou manquements graves de certains juges dans l’exercice de leurs fonctions.
 
Il y a peu, certains magistrats avaient eu le courage lors d’un séminaire tenu le 28 et le 29 Décembre 2017 au King Fahd Palace Mbour et le sens du devoir de s’interroger sur l’exercice même de la fonction de juge, de son indépendance dans un  contexte où l’immixtion du pouvoir exécutif sur le traitement de beaucoup de dossiers  est intenable moralement et porte un grand tort aux acteurs du système judiciaire.
 
La sortie médiatique de monsieur Barthélémy Dias s’inscrit dans cette même perspective même si le vocabulaire diffère. Les mots de monsieur Barthélémy Diaz contre certains magistrats sénégalais portent une charge sociale dévalorisante et pointent un doigt accusateur sur leur moralité. Et s’il avait seulement utilisé les vocables « vendus », « traîtres » pour qualifier le comportement voire la servitude volontaire de ces mêmes magistrats, serait-t-il privé de liberté aujourd’hui ? 
 
Tout est dans l’usage des mots dans un climat social délétère marqué par le mécontentement de beaucoup de syndicats et par la crainte de nos autorités publiques d’un chaos indescriptible qui peut embrasser le pays. Pourtant, ces expressions se rapprochent de manière assez singulière. Elles peuvent être interchangeables pour désigner le degré de soumission voire de légèreté d’une personne.
 
L’arrestation de monsieur Barthélémy Dias obéit-elle à la volonté de notre président par défaut,  monsieur Macky Sall de nous faire peur et de nous  menacer par une privation de liberté ?  C’est peine perdue. Il faut avoir le sens du dépassement et de la dédramatisation de certaines situations.
 
Quoi qu’on puisse penser de la rhétorique de monsieur Barthélémy Dias,  le regard suspect voire réprobateur des citoyens sénégalais sur l’institution judiciaire est plus dangereux pour la bonne marche et la viabilité de nos institutions républicaines. En effet, à partir du moment où, les citoyens sénégalais n’ont plus confiance en la justice et doutent même de la probité des magistrats habilités à dire le droit au nom du peuple et pour la défense de ses intérêts légitimes, nous ne pouvons que constater les dégâts de la mauvaise gouvernance du président de la République, monsieur Macky Sall.
 
Vous avez certes raison, monsieur l’honorable magistrat Souleymane Téliko, de nous  rappeler à nous autres justiciables le sens de la retenue et du respect dus à l’institution judiciaire, mais que dites-vous de certains juges qui sont manipulés voire utilisés par le pouvoir exécutif  pour violer en toute impunité les droits de nos compatriotes ou qui cautionnent de fait l’illégalité ou l’impunité comme marque de fabrique de certaines de nos autorités publiques ?
 
L’esprit d’appartenance au corps de la magistrature ne doit en aucune façon  vous pousser à couvrir les forfaitures, les nombreuses entorses au bon fonctionnement de la justice qui ont émaillé le procès du maire de Dakar, monsieur Khalifa Ababacar Sall et encore d’autres dossiers judiciaires. Ce n’est pas votre rôle en raison même du fait que nous nous honorons de votre posture au sein de la magistrature en portant de manière régulière et courageuse le combat pour une indépendance effective des juges.
 
Maintenir monsieur Barthélémy Dias en prison pour ses propos constitue également une violence à l’encontre de nos compatriotes épris de justice. Beaucoup de citoyens pensent comme lui de la justice sénégalaise et estimez vous heureux qu’ils se gardent de l’exprimer avec le même vocabulaire cru de monsieur Barthélémy Dias. Ce serait le début d’une forme de rébellion  ou d’une certaine libération de la parole aux conséquences incalculables
 
Le maire de Mermoz Sacré –Cœur, monsieur Barthélémy Dias n’a pas égratigné tout le corps de la magistrature. Il reconnaît qu’il existe encore malgré ce tumulte des magistrats vertueux et qui s’efforcent avec courage et détermination à exercer en toute indépendance leur rôle de juge dans le règlement de nos différents conflits. Son cri de cœur voire de révolte peut constituer un facteur d’éveil citoyen non négligeable voire le début même d’une prise de conscience résolue par les différent acteurs de notre système judiciaire en vue de changer véritablement le mode de fonctionnement de notre organisation judiciaire. Ayez le courage d’amorcer le changement en prenant entièrement et de manière solidaire votre liberté de conscience. Vous avez le soutien total du pays en dépit même des représailles ou du mécontentement de notre président par défaut, monsieur Macky Sall.
 
Au fait, monsieur l’honorable juge Souleymane Teliko, vu les circonstances du moment, qui du peuple ou de l’Union des magistrats du Sénégal doit légitimement exprimer sa colère ? Les citoyens sénégalais n’ont pas encore  fini de subir les nombreuses violations de leurs droits par le pouvoir de la mouvance présidentielle Benno Bokk Yakaar sous le regard complice de certains magistrats. Vous êtes notre denier rempart contre l’arbitraire du président de la République,  monsieur Macky Sall.
 
Certes, il est facile de donner le sentiment d’être sous le coup de la colère,  mais il est plus difficile  d’assumer sa liberté et son devoir de responsabilité.
 
Vous savez mieux que nous autres citoyens sénégalais ce qui vous reste à faire afin de retrouver l’estime de vos compatriotes : arracher votre liberté critique, votre devoir d’insoumission au pouvoir exécutif et dire le droit en respectant scrupuleusement les droits des prévenus.  Sinon, toute autre attitude de l’Union de magistrats du Sénégal ne serait que de la mauvaise foi et de la fuite de responsabilité.
 
Le maire de Mermoz Sacré–Cœur doit être libre de ses mouvements.  En effet, beaucoup de personnes ont fait pire que lui à  l’instar du ministre Moustapha Diop en matière de défiance des autorités judiciaires du pays et qui continuent de narguer le peuple en toute impunité. 
 
Votre indignation ne doit pas être sélective. Si, le corps des magistrats du pays de la Teranga veut être respecté par les citoyens sénégalais,  il n’y a pas de solution miracle à cette problématique. Il vous suffit juste de payer ni plus ni moins le prix de votre liberté voire de votre indépendance non négociable  si ce n’est pas trop vous demander.
 
Enfin, vous n’avez pas le devoir moral de rater la marche de l’histoire en vous soumettant aveuglement et de manière irresponsable au dictateur Macky Sall chef de file de la coalition présidentielle Benno Bokk Yakaar.
 
Tout le Sénégal vous regarde et attend de vous part un sursaut patriotique en vue de mettre un terme à la chienlit qui prévaut au sein de nos institutions républicaines.
 
massambandiaye2012@gmail.com
 
 
 
 
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