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Umma Calender, pour en finir avec les vieilles lunes

Mercredi 29 Juin 2016

L’ouvrage va faire du bruit dans le grand microcosme sénégalais qui s’intéresse à la détermination du croissant lunaire. Son auteur, imam et universitaire de formation scientifique, propose l’abandon du critère de visibilité ou d’observabilité du croissant de lune au profit du calcul astronomique. Pas seulement pour une célébration à l’unisson des fêtes de Korité et de tabaski, mais aussi pour la planification de la vie civile et l’harmonisation des dates de culte.



Les sempiternelles querelles autour de l’observation du croissant lunaire et de son corollaire, la détermination des jours de Korité et de Tabaski, ne semblent pas prêtes de s’estomper. Et surtout pas cette année avec un début de Ramadan à double vitesse, signe annonciateur que la fin du jeûne sera encore célébrée en foules dispersées. Ce phénomène sénégalais, sans doute unique dans le monde, persiste depuis plusieurs années, sans grand espoir de prendre fin dans un proche avenir.

En attendant, les productions de savants et intellectuels musulmans sur la question du croissant lunaire viennent de temps à autre rafraîchir le débat. La dernière est d’Ahmadou Makhtar Kanté, imam à la grande mosquée du Point E, universitaire et écrivain. Elle est intitulée : «Astronomie et Charia. Redéfinir le calendrier musulman pour en finir avec les malaises de Lune».
 
Comme dans toute recherche qui se veut crédible, l’auteur n’a pas foncé tête baissée dans la littérature et les investigations qui ont marqué l’histoire du croissant lunaire en rapport avec la fixation des jours de fête musulmans. C’est «sur la base de l’énorme travail accompli aussi bien par des spécialistes de la Charia que de l’astronomie» que Kanté propose la prise en compte de «fondements théoriques» pour «une redéfinition du calendrier musulman basée sur une vision» ambitieuse. Celle de «favoriser la construction et l’adoption d’un calendrier musulman perpétuel dénommé Umma Calender

D’après le synopsis de l’ouvrage reçu à Nouvel Hebdo, ce calendrier, «civil et religieux» à la fois, serait fondé «sur la base du calcul astronomique» mais aussi et surtout sur «l’abandon du critère de visibilité ou d’observabilité du croissant de Lune.»

Le propos va faire certainement débat dans le milieu des savants, d’autant plus que l’auteur rappelle que «la constatation visuelle du croissant de Lune est considérée par un grand nombre d’oulémas comme étant la cause légale de la prescription du jeûne et par extrapolation, de la détermination du mois lunaire.» Un point de vue qu’il relativise aussitôt avec plusieurs arguments dont certains sont relatifs aux points de vue de plusieurs savants et jurisconsultes de générations différentes, et d’autres aux travaux menés sous l’égide d’organisations islamiques internationales.
Pour imam Kanté, «les justificatifs» avancés par les opposants au recours à la science pour légitimer le «rejet du calcul astronomique (…) sont devenus impertinents, indéfendables et anachroniques en raison de l’évolution du contexte et des savoirs auxquels la Oumma de notre temps ne peut être indifférente.»

Face à l’impasse qui sévit dans un pays comme le Sénégal sur la question du croissant lunaire, l’universitaire plaide pour «une harmonisation dans la détermination du mois lunaire». Mais pour y arriver, dit-il, «il est stratégique de mettre en place un Observatoire de la Oumma pour la Lune avec des démembrements dans tous les pays musulmans voire dans les pays à minorités musulmanes.»

Cet ouvrage va faire débat au Sénégal, notamment entre savants «conservateurs» et chercheurs «progressistes», entre «modérés» et partisans du respect scrupuleux des traditions musulmanes sans interférence de critères dits modernistes. Mais selon l’auteur, «il ne doit plus être question de mentir aux opportunités que nous donne le calcul astronomique sur l’instant de la conjonction vraie ni de se complaire dans des interprétations arrimées à des arguments et positions devenus anachroniques.» C’est que, poursuit-il, «notre génération a largement les moyens de résoudre ce paradoxe d’une Oumma qui est maintenant suffisamment compétente en astronomie mais préfère, au nom d’une problématique fidélité aux textes et à un ancien consensus, le cas échéant, les errements de la vue à la précision du calcul.»

Par Moussa TOURE
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