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Le temps des terroristes

Lundi 25 Juillet 2016

Par Adama Gaye*
Qui, quand, où, comment : quatre des grandes questions du journalisme n’ont pas de réponses dans ce cas de figure, mais la cinquième d’entre elles l’a ici : c’est le quoi ! Le terrorisme est une donnée tangible sur laquelle plus personne n’a besoin de disserter. Il est devenu l’une des rares réalités indéniables d’un monde où rien n’est plus sûr….

Nul ne sait qui va en être la prochaine victime, ni quand il va sévir, ni où, ni sous quelle forme. Mais le quoi –le terrorisme- fait partie des variables que le plus étourdi des êtres humains, qu’il soit dirigeant ou simple citoyen, se doit désormais d’intégrer dans les déterminants de la vie individuelle ou sociétale.

Il frappe partout. Sur ses traces, il ne laisse que désolation, vies brisées, angoisses, handicaps physiques ou moraux. Sa puissance est telle qu’il définit, sans que nous nous en rendions compte, le monde dans lequel nous vivons.

Voyez le fracas qu’il a causé la semaine dernière au point de changer la marque de fabrique de l’une des villes les plus romantiques au monde. Nice, peut-on dire, n’est plus nice (Nice no longer nice !). Le terrorisme l’a défigurée quand son ombre y a soudain surgi, un soir de fête, sous la forme d’un camion de la mort, jeté à vive allure sur des foules aussi insouciantes que déroutées, sous la conduite d’un kamikaze déterminé à détruire, tuer, terroriser.

C’était un soir de 14 juillet. Jour de la fête nationale de France. Jour de cocorico. Jour de cocarde. Rien ne laissait penser que cette journée, si agréablement commencée, allait finir par se transformer en un crépuscule cauchemardesque.

Le malheur était attendu ailleurs sauf dans cette ville synonyme de fête qui projette traditionnellement son bonheur sur ses voisines de la côte d’Azur, aussi langoureuses qu’elle : Cannes, Antibes-Juan-les-pins, où le soleil est présent presque toute l’année.

Nice avait mis ses plus beaux atours et déployé ses places les plus connues, notamment le Negresco, le Vieux Nice, les restaurants avec leurs gnocchi, ces petites pommes de terre italiennes venues ici du fait de la proximité du pays de Dante. Les accoutrements festivaliers si symptomatiques de la ville se donnaient à voir. Il ne restait qu’à déclencher le concert de feux d’artifice pour illuminer la ville. La promenade des Anglais, lieu de ralliement des Niçois en goguette, était naturellement la plus préparée. Toutes catégories sociales, ils étaient, y compris beaucoup d'enfants. 

Aucun d'eux n’avait inscrit une séquence de la mort dans le scénario qu'ils avaient dans leurs têtes. Mais à peine le feu d'artifices était-il terminé que, patatras, un manteau létal s’abattit sur toute la ville jusqu’à provoquer des réverbérations dans tout le pays. Qui l’eût crû ? Moins d'une semaine après une euphorique finale de la coupe d’Europe de football, quand la France semblait avoir enfin retrouvé une joie de vivre, qui pouvait s'attendre à voir des foules, non pas célébrant des victoires, mais transies de peur et courant dans tous les sens pour échapper à l’ombre de la mort, soudain à leurs trousses?

Le terrorisme a choisi Nice pour souligner son empreinte. Hier, c’était Istanbul, Bamako, Grand Bassam, Nairobi, Ouaga, Paris, Bruxelles, New York. Demain, où sèmera-t-il encore la terreur, hypothéquera-t-il une économie ou suscitera-t-il la suspicion ? C’est en lui qu’on voit ce clash des civilisations dont parlait Samuel Huntington, le défunt professeur de Harvard, qui pensait qu’il s’agissait d’un conflit entre des civilisations alors qu’en réalité c’est la religion, dévoyée, qui démolit l’espace consensuel, mondialisé, que notre planète peut être.

Le terrorisme impose désormais aux spécialistes des relations internationales de revisiter leurs classiques en leur enjoignant d'inclure les tensions infra-étatiques en première ligne, tant leur asymétries foudroyantes échappent à la compréhension de ceux qui n’avaient qu’une perspective stato-centrée.

En réalité, depuis le déclenchement de la guerre contre le terrorisme, consécutive aux attentats contre le World Trade Center et le Pentagone, un certain 11 Septembre 2001, le monde est plongé dans un combat mortel, contre l’hydre terroriste.

Qui l’a lâchée dans la nature ? Les Soviétiques, par leur intervention en Afghanistan en décembre 1979 ? Les Américains, par leurs relations adultérines avec les Talibans, qu’ils ont financés pendant la guerre froide ? Les Cheikhs d’Arabie Saoudite ou du Qatar, désireux de trouver un terrain de jeu, au loin, pour leurs enfants gâtés et pour les prosélytes du Salafisme ? L’Iran, au nom de sa révolution Chiite ? Blair, Bush et Sarkozy pour leur volonté d’imposer une pax-blanca ? Hollande, en récompense pour sa politique de la canonnière ? Des dirigeants du tiers-monde, cupides et inéquitables?

Passer du qui en est la cause au comment extirper ce monstre de notre monde est l’enjeu du jour. Qu’il se manifeste sous la forme d’un terrorisme d’Etat, de réseaux ou de loups solitaires importe peu si une réponse 360 degrés n’est pas apportée pour gérer ce nouveau marqueur des relations internationales. Injustices, inégalités, pauvreté, ignorance, cécité religieuse, fausses démocraties sont autant d’obstacles à une prise en charge d’une bête immonde capable de fracasser des vies, déstabiliser des Etats ou changer le destin de citoyens ordinaires. Et dans le cas de Nice, faire qu'une des plus célèbres avenues du monde, la promenade des Anglais, soit devenue celle des...morts !
 
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