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Le Nouveau Partenariat Economique Africain

Mardi 25 Octobre 2016

Par Mamadou Sy Albert
 
L’Afrique  est l’avenir du monde. L’idée est présentement largement partagée par de nombreux pays développés et les nouveaux pays émergents du continent asiatique ou latino-américain. Certains idéologues et des hommes politiques cherchent à vendre cette image positive du continent noir et ses potentialités économiques. La France fait certainement partie des pays européens les plus engagés dans cette perspective historique. Toute une stratégie mondiale semble même se dessiner entre les lignes de la nouvelle stratégie du partenariat public-privé international porté par les partenaires économiques, techniques et financiers classiques et les nouveaux investisseurs.
 
Ce discours des pays développés est-il véritablement l’expression d’une volonté de vouloir faire de l’Afrique l’avenir du monde ? On peut réellement en douter. Les indices qui se mettent progressivement en place dans de nombreux pays africains laissent penser que les Etats des pays développés, les groupes privés internationaux et les multinationales sont plutôt en train de créer, paradoxalement, les conditions effectives d’une forme de contrôle pernicieux de tous les leviers de l’économie africaine. Ces conditions pourraient à la limite compromettre tout le présent, l’avenir de l’Afrique et celui des générations futures.
 
De quoi est-il question ? L’échec des politiques économiques néo-libérales initiées au cours de ces décennies ne souffre plus de doute. Les promoteurs de l’Ajustement reconnaissent désormais l’impasse des Etats africains dans les domaines de l’éducation, de la santé, du transport et des infrastructures. L’économie ajustée a produit un désastre qui a fini par provoquer des révoltes sociales et des changements démocratiques ou violents de pouvoir.
 
Depuis le début des années 2000, les alternances démocratiques soufflent sur l’ensemble du continent noir. Elles ont tenté de répondre à la forte demande sociale, économique et politique. Aucune alternance africaine n’a pour le moment réussi à renverser la tendance lourde de la crise et ses effets insoutenables. C’est dans ce contexte de l’aggravation de la crise de l’économie africaine que les partenaires économiques, techniques et financiers élaborent la stratégie de l’émergence économique.
 
La nouvelle trouvaille de l’émergence est en route dans tous les pays africains ayant connu des changements démocratiques ou non. Ce qui est frappant dans ce modèle de développement est et reste la place des groupes privés internationaux et des multinationales dans la stratégie du développement. En moins de quelques décennies, ces acteurs internationaux ont mis la main, avec la complicité naturelle des Etats occidentaux et des élites africaines au pouvoir, sur tous les leviers fondamentaux de l’économie : l’eau, la terre, les matières premières, les ports, les aéroports, les grands marchés publics, le commerce et le marché avec l’extérieur. Cet avenir n’est point africain. Il est celui des multinationales, des groupes privés et des investisseurs internationaux.
 
Les anciens pays colonisateurs jouent ce jeu du partenariat entre le public et les privés internationaux tout en préservant leurs intérêts stratégiques, économiques et politiques. La France constitue un exemple édifiant dans ce domaine. L’Etat français et les privés de l’Hexagone se partagent intelligemment les fonctions. L’un assure les intérêts publics de la France, l’autre s’occupe des intérêts privés nationaux français, européens et occidentaux.
 
Les Etats-Unis devenus les gardiens de cet ordre mondial du partenariat entre le public et les  privés internationaux veillent naturellement au respect de la gouvernance économique mondiale et aux dysfonctionnements du marché international. Les Chinois, Turcs, Arabes jouent naturellement en terre africaine le jeu des groupes privés internationaux. Paradoxalement, au moment où les Européens, Américains, Asiatiques, Arabes se partagent la gouvernance économique mondiale des secteurs stratégiques de l’économie africaine, les Africains se confinent à des fonctions de sous-traitants et de main d’œuvre corvéables du capital étranger et des grandes œuvres économiques.
 
Tous les projets de constructions des infrastructures routières, des infrastructures hôtelières, des télécommunications, des tours opérateurs et des grands édifices publics et sportifs sont confiés à des entreprises internationales. Les Etats africains auraient pratiquement renoncé à toute souveraineté économique et politique. A l’échelle du continent noir, le scénario est identique à celui qui est en vigueur à l’intérieur des frontières post-coloniales.
 
Tous les grands projets porteurs de croissance entre les Etats africains obéissent à la rude  logique des intérêts des groupes français en priorité et du capital international. On aurait pu peut-être accepter ce partenariat inégal et injuste  si le partenariat entre le public et les privés internationaux avait mis en scelle le privé africain et les opérateurs privés nationaux. Tel n’est point le cas. Ces acteurs sont laissés à quai par les Etats africains eux-mêmes. La diaspora africaine est elle aussi écartée du jeu.
 
Pourtant, les opérateurs privés africains et la diaspora regorgent de ressources humaines qualifiées et de capacités en leadership des affaires dans de nombreux domaines du développement. Les entreprises africaines sont simplement exclues. Le bon sens africain dans les affaires de la gouvernance du monde aurait suffi aux élites gouvernantes pour comprendre au moins que tous les continents en compétition comptent avant tout sur des ressources humaines et culturelles et le capital continental. Aucun continent ne s’est développé sans ses ressources humaines, ses capacités techniques et financières.
 
 
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