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Incohérences des modes de gouvernance des biens

Mercredi 15 Mars 2017


Par Mamadou Sy Albert
A la veille des élections des législatives du prochain de juillet 2017, le Sénégal est de nouveau confronté à la question majeure de la recrudescence du petit et du grand banditisme à Dakar, à l’intérieur du pays et à ses frontières. L’ampleur du phénomène est probablement une des nouveautés dont le gouvernement peine à identifier, circonscrire et mesurer les effets à court et moyen terme. Les banques, les hôpitaux, les banlieues sont désormais parmi les cibles privilégiées de gangs organisés, outillés et relativement expérimentés en matière d’actions rapides et efficaces pour soutirer de l’argent aux pauvres citoyens et aux commerçants. Ces gangs et groupes de malfaiteurs moins nombreux ont réussi dans de nombreuses opérations dans la capitale Dakaroise, dans les capitales régionales et dans les coins les plus reculés du monde rural.

L’effet de cette poussée massive de la recrudescence de la violence meurtrière et sauvage a naturellement provoqué le désarroi des populations découvrant la fragilité ou l’inexistence objective d’une politique nationale et locale de protection des biens et des personnes. Le bilan humain est lourd. Le bilan psychologique ne l’est pas moins. Que dire du bilan économique ! Il est simplement inestimable si on comptabilise les têtes de bétail, les millions provenant des caisses des structures bancaires, des associations et tontines et des boutiques. Le vol de bétail constitue un indicateur de la détresse sociale des uns et des autres victimes, singulièrement la perte de confiance des éleveurs et des pasteurs à une protection bien hypothétique de la puissance publique.

Depuis des décennies, les acteurs et les opérateurs de l’élevage n’ont cessé de crier le vol de bétail ou de troupeaux entiers, les ravages du banditisme transfrontalier sur le cheptel. La criminalisation du vol de bétail n’a point renversé la tendance de l’insécurité structurelle nourrie par un système multiséculaire. Il ne pouvait en être autrement. Le bétail est laissé à la merci de bandes armées pouvant surgir à tout moment sur des parcours tortueux et des itinéraires imprévisibles, que ni la police, ni la gendarmerie ne maitrisent ou ne connaissent. Les forces de sécurité interviennent toujours après le désastre en raison de l’insuffisance des ressources humaines, des moyens techniques d’intervention et de surveillance, mais également, en raison de défaillances de la politique de sécurité en matière de protection rapprochée du bétail.

La protection des personnes vit pratiquement un sort identique à celui des éleveurs et du bétail. Les agressions, les nombreux meurtres commis dans la région de Dakar que l’on peut supposer la plus protégée, à l’intérieur du pays, singulièrement dans les zones frontières et les carrefours des villes commerçantes révèlent l’absence d’alerte précoce et de dispositifs de sécurité des personnes et des biens. Le scénario est identique. Les forces de sécurité agissent après coup. On peut d’ailleurs établir une relation dialectique de cause à effet entre le retard de l’action gouvernementale et des forces de sécurité sur les capacités de frappe et de mobilité des bandes armées et des groupes opérant à la sauvette. La puissance publique est quasi condamnée à agir après le drame individuel, familial ou communautaire.

Le gouvernement agit par réaction de manière systématique alors que les organisations du crime et les malfaiteurs agissent suivant des plans relativement cohérents et mis en œuvre assez souvent à partir d’investigation et d’action mûrement réfléchies et exécutées sans état d’âme. Dans ces conditions où l’État est absent et agit après le désastre, le mode de gouvernance des biens et des personnes devrait être fortement modifié si le Sénégal veut réellement rompre avec le cycle de l’émotionnel, du réactif et de la panique sélective face à un phénomène social et économique plus profond qu’on ne le croit. Le crime organisé se nourrit du petit banditisme et de la misère de la jeunesse.

Là où règne grand banditisme, ces acteurs utilisent naturellement les conditions dramatiques dans lesquelles les jeunes baignent pour recruter et alimenter des réseaux sociaux autour de la drogue, de la prostitution, de la vente des armes légères et du commerce de toute nature. Le Sénégal ne fait point exception à cette règle de conduite de l’organisation du crime, de l’insécurité planifiée suivant des contextes de tensions électorales ou pas du tout. La crise économique et la mauvaise gouvernance des biens publics agissent évidemment sur la propagation du petit et du grand banditisme. Les deux formes se côtoient dans les quartiers, dans les écoles, dans les universités et dans les lieux de travail ou dans les milieux religieux.
La sécurité des personnes et des biens n’est possible qu’avec  la protection du capital humain, des jeunes, des couches sociales les plus fragiles des populations.

La meilleure politique de protection des biens et des personnes est celle qui est bâtie autour de la protection stratégique contre la pauvreté et la mauvaise gouvernance des biens publics et privés. On aura beau multiplier les commissariats et les postes de police, renforcer les contrôles routiers, les automobilistes et les conducteurs des deux roues et mis des vidéos-surveillance dans des lieux sensibles, l’insécurité ne reculera point si les conditions de vie et d’existence des jeunes et des couches sociales pauvres continueront à se dégrader. Le gouvernement sera encore et toujours à la remorque des effets sociaux, psychologiques du grand banditisme aveugle. Il se confinera alors dans  des mesures réactives sans lendemaindu reste sur la protection effective des personnes et des biens.

 
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