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Du campus chinois au marché de l’emploi togolais, le pari du retour au Togo des diplômés formés en Chine

Mercredi 7 Octobre 2026

Des étudiants togolais boursiers du Gouvernement chinois, lors de leur arrivée en Chine en 2019 (Crédit photo pour TogoTopNews : ambassade du Togo en Chine)
Des étudiants togolais boursiers du Gouvernement chinois, lors de leur arrivée en Chine en 2019 (Crédit photo pour TogoTopNews : ambassade du Togo en Chine)

Par Hélène DOUBIDJI (Togotopnews.tg)

La Chine figure parmi les destinations d’études privilégiées de nombreux jeunes togolais, ces dernières années. Cette mobilité académique s’inscrit dans une dynamique de coopération entre les deux pays dans l’enseignement supérieur, la recherche et le développement des compétences.

 

À travers les bourses accordées par le gouvernement chinois et les partenariats universitaires, les étudiants togolais ont l’opportunité de poursuivre leurs formations en Chine. L’apprentissage du mandarin occupe également une place importante dans cette dynamique. Créé en 2009 à l’Université de Lomé, l’Institut Confucius joue un rôle de pont linguistique, culturel et académique entre le Togo et la Chine.

 

Les données du ministère chinois des Affaires étrangères indiquent que deux cent cinquante-deux (252) étudiants togolais étaient inscrits dans des établissements d’enseignement supérieur chinois au cours de l’année universitaire 2022-2023, dont soixante-dix-neuf (79) bénéficiaires de bourses du gouvernement chinois.

 

Selon un communiqué du ministère de l’Enseignement supérieur du Togo, daté du 9 janvier 2026, les offres de bourses de master et de doctorat pour l’année académique 2026-2027 concernent notamment l’informatique, la santé, les sciences de l’ingénieur, l’environnement, l’agriculture, l’agro-industrie ainsi que la topographie et la géomatique. Cette diversité des possibilités de formation contribue à l’attractivité de la Chine auprès des jeunes Togolais.

 

Les anciens étudiants interrogés dans le cadre de cet article soulignent que cet intérêt s’explique également notamment par les possibilités de bourses, la réputation des universités chinoises dans les domaines scientifiques et technologiques et les perspectives qu’offre la maîtrise du mandarin dans un contexte marqué par le renforcement des relations économiques entre la Chine et l’Afrique.

 

Si la coopération éducative sino-africaine est souvent présentée comme un levier de renforcement des compétences, certains chercheurs en proposent néanmoins une lecture plus critique. Le britannique Kenneth King, spécialiste de l’éducation et du développement international à l’Université d’Édimbourg, souligne, dans son article China–Africa Education Cooperation: From FOCAC to Belt and Road (2019), l’importance croissante des bourses, des formations et des échanges universitaires dans les relations entre la Chine et l’Afrique, tout en invitant à évaluer leur impact réel sur le développement des systèmes éducatifs africains et sur l’emploi des diplômés.

 

La Chine, une école de l’innovation et de la discipline

 

Pour plusieurs diplômés togolais interrogés, l’expérience chinoise ne se résume pas à l’obtention d’un diplôme. Le séjour leur a également permis d’acquérir de nouvelles méthodes de travail, de développer leur capacité d’adaptation et de découvrir d’autres approches de la recherche, de l’innovation et de la gestion de projets.

 

Mme Bélynda Latré LAWSON-BETUM, ingénieure en télécommunications et actuellement directrice commerciale et marketing de T-Oil, a poursuivi ses études entre 2013 et 2016 à l’University of Science and Technology Beijing (USTB), où elle a obtenu un master en télécommunications.

 

Selon elle, ses années d’études en Chine ont constitué une véritable école d’adaptation. Évoluer dans un environnement linguistique et culturel différent l’a amenée à développer son autonomie et à s’approprier de nouvelles méthodes de travail.

 

« J’en suis revenue avec un diplôme, mais surtout avec une ouverture internationale et une capacité d’adaptation qui continuent de m’accompagner aujourd’hui », confie-t-elle.

 

L’expérience a également été marquante pour le Dr Koulou Ndema POTCHO. Arrivé en Chine en 2018 grâce à une bourse de coopération sino-togolaise, il y obtient en 2022 un doctorat en agronomie.

 

Pour cet agronome, l’expérience chinoise a surtout été marquée par la qualité de la formation scientifique reçue.

 

« J’ai pu acquérir une expérience vraiment incommensurable en termes de recherche et de publication scientifique », affirme-t-il.

Autre parcours, autre discipline. Le Dr Amavi Agbélénko Fantessi, enseignant-chercheur à l’Université de Kara, a réalisé une thèse en économie avec une spécialisation en finance internationale à l’University of International Business and Economics (UIBE) de Pékin.

 

Au-delà de la formation académique, son séjour lui a permis de se familiariser avec les pratiques de recherche chinoises et d’évoluer dans un environnement international.

 

Ces trois parcours, issus de domaines aussi différents que les télécommunications, l’agronomie et la finance internationale, mettent ainsi en évidence un point commun : le séjour en Chine ne semble pas avoir été uniquement une expérience académique. 

 

Il a également constitué, pour ces diplômés, une immersion dans un nouvel environnement scientifique, technologique et culturel.

Au-delà de ces aspects, certains interviewés ont souligné que la formation en Chine permet également de développer des compétences transversales telles que l’esprit entrepreneurial.

 

Un diplôme, et après ?

 

Présentée comme une aventure académique et humaine, l’expérience d’études en Chine prend tout son sens une fois de retour au pays.

 

Mme Bélynda Latré LAWSON-BETUM estime que l’apport de sa formation dépasse largement le cadre technique. « J’ai appris à analyser un problème de manière structurée, à remettre en question les hypothèses, à comprendre les spécifications techniques et à proposer des solutions. Aujourd’hui encore, ces compétences restent pertinentes, même dans le secteur pétrolier où j’évolue », explique-t-elle.

 

Revenue au Togo après son master, elle a progressivement construit une carrière qui l’a amenée des télécommunications à la cybersécurité, puis au secteur pétrolier.

 

« Une technologie peut être performante en Chine et nécessiter une adaptation importante pour être pertinente au Togo. C’est cette capacité de contextualisation qui donne toute sa valeur à la formation », souligne-t-elle.

 

Le parcours du Dr Koulou Ndema POTCHO met en lumière une réalité différente. Recruté dans un premier temps à la Plateforme industrielle d’Adétikopé, il constate que ses compétences scientifiques acquises en Chine étaient alors peu sollicitées.

 

« Je n’ai pas vraiment eu besoin de faire appel à mes connaissances scientifiques acquises en Chine. En revanche, l’anglais m’a été extrêmement utile, car je travaillais quotidiennement avec des collaborateurs indiens. C’est en Chine que j’ai appris l’anglais », raconte-t-il.

 

Aujourd’hui, chargé de recherche et développement au sein d’une firme agrochimique internationale, il mobilise davantage son expertise scientifique mais il estime que pour valoriser totalement ses compétences, il faudrait évoluer dans le monde de la recherche universitaire.

 

Pour Amavi Agbélénko Fantessi, la transition entre la formation reçue en Chine et l’exercice professionnel s’est faite plus facilement.

 

« Je n’ai rencontré aucune difficulté. À mon retour, j’ai été pris à la BCEAO pour un stage. C’est après le stage que j’ai signé mon contrat à l’Université de Kara », témoigne-t-il.

 

Une insertion devenue plus difficile ?

 

Si certains diplômés parviennent à valoriser leurs compétences, d’autres se heurtent aux obstacles liés à la rareté des opportunités correspondant à leur niveau de qualification ou à l’inadéquation entre les besoins du marché et les profils formés.

 

Le constat dressé par Djifa Fidèle KPALARI, président de l’Association des stagiaires et étudiants togolais en Chine (ASETOC) et doctorant en ingénierie des eaux et des sols agricoles, apporte un éclairage plus global sur cette réalité.

 

« Depuis 2022, l’insertion est difficile », observe-t-il, en s’appuyant sur les retours recueillis au sein de l’association.

 

Selon ce dernier, bien que les bénéficiaires des bourses chinoises s’engagent en amont, à rentrer au Togo à l’issue de leur formation, le retour ne débouche pas toujours sur une insertion professionnelle à la hauteur des qualifications acquises. Face aux difficultés rencontrées sur le marché de l’emploi, plusieurs diplômés choisissent alors de prolonger leur séjour en Chine ou de poursuivre leur parcours dans d’autres pays.

 

Pour le président de l’ASETOC, cette situation pose la question de la capacité du Togo à absorber et valoriser les compétences formées à l’étranger.

 

Cette interrogation rejoint les conclusions d’Obert Hodzi, chercheur zimbabwéen, et de Padmore Amoah, universitaire ghanéen. Dans leur étude Higher Education as “Strategic Power” ? An Assessment of China–Africa Higher Education Partnerships and Collaborations, publiée en 2023, ils estiment que ces partenariats participent aussi à l’internationalisation de l’enseignement supérieur chinois et au renforcement de l’influence de Pékin. Ils soulignent notamment la nécessité d’examiner qui bénéficie réellement de ces coopérations et dans quelle mesure les pays africains parviennent à valoriser les compétences acquises à l’étranger.

 

Des compétences qui peuvent mieux répondre aux besoins du Togo

 

Les compétences acquises en Chine pourraient répondre aux besoins dans plusieurs secteurs de l’économie togolaise.

 

Pour Bélynda Latré LAWSON-BETUM, l’enjeu réside avant tout dans le développement de compétences techniques et pratiques capables de répondre aux besoins concrets de l’économie. Elle cite notamment le secteur pétrolier, mais aussi la métallurgie, le numérique et les métiers créatifs.

 

« La question n’est pas seulement : “Qu’avez-vous étudié ?”, mais surtout : “Qu’êtes-vous capable de faire avec ce que vous avez appris ?” »

 

Pour le Dr Amavi Agbélénko Fantessi, les domaines technologiques, l’ingénierie, la logistique, les télécommunications, l’informatique et la médecine offrent d’importantes possibilités.

 

Le Dr Koulou Ndema Potcho pense, quant à lui, que l’agriculture moderne et les technologies numériques constituent des domaines où les compétences acquises en Chine pourraient être davantage mobilisées.

 

Au-delà des secteurs eux-mêmes, ces témoignages posent ainsi la question de l’adéquation entre les formations choisies, les besoins du pays et les capacités d’absorption du marché du travail.

 

Faire du retour des diplômés un levier de développement

 

Le retour au pays ne constitue que la première étape. Encore faut-il que les compétences acquises puissent être identifiées, reconnues et mobilisées.

 

Pour Bélynda Latré LAWSON-BETUM, la première urgence consiste à mieux connaître les profils disponibles. Une cartographie des Togolais formés à l’étranger permettrait de faciliter leur mise en relation avec les entreprises, les institutions et les porteurs de projets. Elle plaide également pour des passerelles plus solides entre les universités et le monde professionnel.

 

« Le véritable retour sur investissement d’une formation à l’étranger ne se mesure pas uniquement au diplôme obtenu ni au poste occupé au retour. Il se mesure aussi à ce que nous sommes capables de transmettre, de construire et de transformer dans notre propre pays. »

 

Le Dr Amavi Agbélénko Fantessi insiste sur la nécessité d’une politique d’insertion et de promotion des jeunes boursiers togolais formés à l’étranger.

 

Le Dr Potcho estime, pour sa part, nécessaire de mettre en place un véritable système d’absorption et d’incitation au retour afin que les compétences acquises à l’étranger soient effectivement mobilisées au Togo.

 

Une meilleure connaissance des profils disponibles, des dispositifs d’insertion, des passerelles entre universités et entreprises ou encore un accompagnement à l’entrepreneuriat pourraient faciliter le retour et l’insertion des diplômés. À cela, s’ajoutent le financement de projets innovants, les programmes de transfert de compétences et une intégration accrue dans les secteurs public et privé.

 

Article produit avec l’encadrement éditorial de l’’E-jicom dans le cadre du projet collaboratif de reportages et d’articles sur les relations Afrique Chine »

 
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