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DROGUE - La première «salle de shoot» ouvre à Paris

Mardi 11 Octobre 2016

Après des années de débats acharnés, la première « salle de shoot » est inaugurée ce mardi 11 octobre à Paris, en présence de la maire de la capitale, Anne Hidalgo, et de la ministre de la santé, Marisol Touraine. Elle ouvrira ses portes dès vendredi. Cette « salle de consommation à moindre risque » – appellation officielle – permettra d'accueillir chaque jour environ deux cents toxicomanes majeurs qui seront enregistrés de manière anonyme, lors de leur première visite. La salle comprend un accueil, une salle d'attente et une salle de consommation divisée en six box particuliers.
 
Du matériel stérile sera mis à disposition des toxicomanes. Une vingtaine de médecins, infirmiers, éducateurs, assistants sociaux et agents de sécurité seront également à leur disposition. Le lieu est géré par l’association Gaïa Paris, implantée sur la capitale depuis plus de dix ans et gérant déjà deux programmes à destination des toxicomanes, échanges de seringues ou centre de soins et d'accueil dans un minibus.
 
Située dans un bâtiment de l’hôpital Lariboisière (Xe arrondissement de Paris, voir photo), avec une entrée discrète et autonome, cette salle se trouve au cœur de la plus importante zone de consommation de drogue de la capitale. Une autre salle doit ouvrir dans quelques jours à Strasbourg et cela devrait aussi se faire à Bordeaux. L'ouverture de ces lieux s'effectue dans le cadre d'une expérimentation de six ans décidée par la loi santé, adoptée en décembre 2015. Avec ces salles, la France rejoint de nombreux autres pays (Allemagne, Australie, Canada, Espagne, Danemark, Luxembourg, Norvège, Pays-Bas et Suisse) qui ont choisi depuis des années d'ouvrir des lieux similaires.

La création de ces « salles de shoot », demandée depuis des années par les associations d'aide aux toxicomanes et une large partie du monde médical, vise à relancer la politique de réduction des risques, négligée depuis une vingtaine d'années. C'est en effet en 1987 que la ministre de la santé Michèle Barzach décidait d'autoriser la vente libre de seringues en pharmacie et dans les années 1990 que furent mis en place les traitements de substitution.

L'ouverture de tels lieux devrait permettre de réduire les risques d’infection, de contamination (VIH, hépatite C) et d’overdoses. À l’intérieur de la salle, en effet, les toxicomanes ne pourront pas être poursuivis pour « usage illicite et détention illicite de stupéfiants » lorsque la quantité de drogue détenue sera limitée à leur seul usage personnel. Lors des débats parlementaires, une partie de la droite avait dénoncé « un vieux serpent de mer de la gauche permissive » et voté contre ces « salles d’intoxication ».

« La France est en retard sur la réduction des risques, notait dans un entretien à Mediapart Marie Jauffret-Roustide, sociologue et chercheuse à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Une “salle de consommation à moindre risque” permet d’inclure les fumeurs de crack et pas seulement ceux qui s’injectent des drogues (héroïne, cocaïne, médicaments, etc.) en intraveineuse.

C’est un lieu où des personnes souvent marginalisées, qui en sont réduites à s’injecter des drogues ou à consommer du crack dans l’espace public, peuvent le faire de façon sécurisée et sous supervision médicale. Elle permet surtout de faire rentrer dans le système de soins des usagers aux pratiques risquées, qui ont d’abord besoin de consommer des drogues dans un endroit médicalisé et sûr. Dans ces salles, on peut ensuite les orienter vers des traitements de substitution, des soins ou du sevrage : c’est très loin du prosélytisme dénoncé par certains ! »
(…) (Mediapart)
 
 
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