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CHRONIQUE : Par Mamadou SY Albert

Lundi 5 Septembre 2016

CHRONIQUE : Par Mamadou SY Albert
La mafia de la corruption financière
La corruption est probablement l’une des questions les plus complexes de nos jours. Plus on en parle, plus elle devient confuse dans les esprits. Quand ce sont des milliards de francs CFA, d’euros ou de dollars qui quittent la terre africaine par des mécanismes légaux de circulation bancaire vers les pays développés, il ne s’agit point de la corruption des États et des élites gouvernantes. C’est plutôt de la bonne gouvernance. Quand ce sont des milliards qui transitent souvent par les mêmes circuits classiques dorés pour aller se loger dans les paradis fiscaux, ce n’est point de la corruption ni de la mal gouvernance. C’est plutôt la libre circulation des biens et des services des détenteurs de capitaux internationaux.

Certaines institutions de la finance internationale ont fini par financer des entrepreneurs internationaux, des industriels et des banquiers, qui à leur tour, placent leurs prêts bancaires dans les paradis fiscaux internationaux avec la complicité des responsables des plus grandes firmes internationales. Ce n’est pas de la corruption. C’est la sécurisation de l’argent.

A côté de ces procédés de circulation de plus en plus sophistiqués avec les société écran masquant des hommes et des femmes exerçant le pouvoir politique ou dans l’opacité la plus anonyme, il existe naturellement d’autres procédures nouvelles de placement de l’argent liquide dans les niches de secteurs rentables des biens mobiliers et immobiliers, dans les transports terrestres et aériens et dans le secteur des nouvelles technologies de l’information et de la communication sans oublier le trafic des immigrants et des armes lourdes et légères.

De nombreux États ont abdiqué en laissant faire les multinationales. Ils ont renoncé à leur souveraineté en vendant la terre aux mieux offrants des financiers de la planète, les sites culturels touristiques les plus exotiques et des sociétés nationales dans des secteurs économiques stratégiques, notamment la téléphonie, l’électricité, les produits agro-industriels. Ce n’est pas de la corruption. C’est plutôt l’ouverture au marché aux règles du libre-échange et aux entreprises les plus performantes. Ils ne paient ni les impôts sur cette masse financière en libre circulation, ni de taxes. Tout finit pas se dérégler.

La corruption affecte tous les secteurs de la vie. C’est cette complexité et son élasticité qui font certainement que la corruption reste  une notion fourre-tout très variable en fonction des acteurs qui en parlent, des intérêts financiers et politiques en jeu, de la posture des  acteurs étatiques  et non étatiques et leur statut dans le marché économique et financier mondialisé.

Les idéologues de toute nature sortis des grandes écoles du management, de la finance internationale, des écoles d’administration et des universités sillonnent la planète pour convaincre les opinions que le salut de la planète, c’est l’économie de marché et la gouvernance économique globalisée. Ils oublient volontairement ou non, ce terrible cancer pour la gouvernance économique et politique de la planète, qu’est la corruption des acteurs au cœur de l’économie mondiale et du marché économique international. Les pilleurs des économies ne sont inquiétés nulle part au monde. Aucun procès international à l’horizon. Ils sont plutôt fêtés. Ils sont des modèles de la réussite sociale. Ils sont les sauveurs de la race humaine de la pauvreté et de la misère  sur terre. Les dégâts eux, les idéologues du marché ne les voient pas. Les ravages de la grande corruption du marché par des capitaux sans foi ni Dieu sont bien là. Le profit passe avant l’humain et l’avenir de l’humanité.

Pourtant, c’est cette corruption de l’économie devenue financière, obéissant plus au profit maximal des placements en des temps raccourcis qu’à la production et l’investissement réel dans des activités porteuses de croissance économique véritable, qui est le moteur de toutes les pratiques nocives de la corruption généralisée.

 La corruption des cadres de l’administration publique n’en est pas moins inacceptable que la corruption de ces détenteurs des moyens financiers. Bien au contraire. Les premiers vivent de la complicité des seconds. La corruption des cadres de l’administration publique est un phénomène au cœur du fonctionnement des États et des organismes internationaux. Les hommes mis en cause dans différentes affaires à travers le monde touchant à l’argent des campagnes électorales présidentielles, aux scandales politiques et financiers des groupes pétroliers et miniers sans oublier les détournements de deniers publics au profit de la construction de villas somptueuses dans les pays occidentaux, dans les pays africains et asiatiques, ont en commun, l’usage de l’arme massive de la corruption,  de l’extorsion de fonds publics  pour accéder rapidement à des biens mal acquis.

La corruption n’est plus une histoire banale de pots de vin versés dans des poches d’administrateurs de fonds publics et de fonctionnaires logés à la périphérie. Ce sont des professionnels formés à la bonne école de la grande administration, du marché et de la finance internationale. Ce sont des centaines de milliards qui sont désormais les enjeux de l’enrichissement illicite des dirigeants de l’économie mondiale, de leurs complices administratifs et politiques.  La lutte contre la corruption n’est alors que de  la poudre aux yeux des peuples et des incrédules ne comprenant rien aux véritables règles d’une mafia de la corruption financière internationale en mutation et aux pratiques corruptives institutionnalisées par les élites administratives, politiques et économiques.
Mamadou Sy Albert
 
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