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Tanor Dieng, la pratique du suicide non contrôlé

Vendredi 29 Avril 2016

Alors que la guéguerre fait rage entre la présidence de la république et la mairie de Dakar, le secrétaire général du Parti socialiste cultive l’immobilisme à travers une discrétion et une complaisance qui pourraient, à terme, affaiblir très nettement un parti qui a pourtant besoin d’être mise en ordre de bataille à un an de l’élection présidentielle.


C’est sans doute l’une des énigmes politiques majeures que les observateurs, politologues et citoyens lambda ont à cœur de comprendre : la situation actuelle du Parti socialiste, à l’interne et dans la majorité présidentielle. Jamais en effet dans l’histoire politique du Sénégal, le plus vieux parti politique de notre pays n’a été autant exposé dans l’exercice d’un pouvoir dont il n’est finalement qu’une pièce de rechange, après l’avoir exercé pendant près d’un cinquantenaire. 
La bataille de «souveraineté» sur la Place de l’indépendance que se livrent la mairie de Dakar et la présidence de la république ne semble être que l’aboutissement physique d’une guéguerre que les deux entités, décentralisée et exécutive, ont entamée au lendemain de la défaite de la majorité présidentielle aux élections locales de juillet 2014. Le pouvoir central ne semble pas s’être remis de ce crime de lèse-majesté, assimilant très vite cette désillusion à un affront qu’il faut impérativement laver. Apparemment par tous les moyens !
 
 
 Un PS triplement écartelé
De fait, le Parti socialiste se retrouve, quatre ans après l’arrivée de Macky Sall au pouvoir, triplement écartelé entre la «loyauté» à durée indéterminée de son secrétaire général au régime qu’il a contribué à mettre en place, la «furie» naissante de son secrétaire politique contre les «agressions» dont il estime être la victime expiatoire, et un «peuple vert» qui ne sait pas forcément à quel leadership se vouer.
Inamovible dans sa posture de chef, imperturbable dans ses options stratégiques, inclassable dans sa façon de fixer ses objectifs à moyen terme, Ousmane Tanor Dieng est plus que jamais le deus ex machina d’une alchimie politique que lui seul et ses collaborateurs immédiats sont en mesure d’expliciter à l’opinion.
Pourquoi le Parti socialiste est-il encore dans la majorité alors qu’il prétend être porteur d’un projet de société qu’il devrait présenter aux Sénégalais à l’élection présidentielle de février 2017 ? A contrario, pourquoi quitter un gouvernement avec lequel on partagera à coup sûr – en compagnie des autres alliés de la coalition Benno Bokk Yaakaar - les réalisations concrètes autant que les turpitudes sombres empilées en quatre ans de gouvernance ? Or, tout le monde sait que le Parti socialiste du Sénégal paierait au prix fort une absence volontaire au scrutin présidentiel de février 2017. 
 
 Là est donc le mystère de la stratégie suicidaire aléatoire que Tanor Dieng développe sans maquillage en s’appuyant sur le «contrat de confiance» que les militants socialistes lui ont renouvelé en juin 2014. Mais là également gît le puissant déficit de crédibilité qui frapperait une candidature socialiste tardive qui relèverait alors d’un phénomène marginal : le témoignage historique. D’où l’importance capitale d’un facteur de taille et de poids : le temps. Ousmane Tanor Dieng en tient-il compte ? Vraisemblablement, mais selon une lecture des faits et des buts qui semble échapper au sens commun.
Khalifa Sall, maire de Dakar
 
 « Pacte d’Etat »
Pourtant, il est de notoriété publique que la simple litanie des bévues dont le régime de Macky Sall s’est rendu coupable à plusieurs niveaux – transparence, bonne gouvernance, libertés publiques, réformes politiques et institutionnelles, etc. – justifierait à elle seule, pour les socialistes, une rupture unilatérale et courageuse de l’«accord politique» dont Benno Bokk Yaakaar a été l’épicentre après le départ de Wade. Sur les flancs, le radicalisme absolu dont le chef de l’Etat fait preuve à l’endroit de Khalifa Sall serait un autre argument de rupture ou, à tout le moins, le prétexte d’une montée des tensions entre une direction du Ps unie et le pouvoir. Mais apparemment, pour Ousmane Tanor Dieng, le pacte d’Etat qui le lierait à Macky Sall ne peut souffrir d’aucune remise en cause. Immobile, OTD assiste stoïquement au processus de neutralisation/liquidation d’un camarade politique qui aurait pu constituer une carte maîtresse pour son parti. Encore un mystère !
  A défaut de mettre le doigt sur les véritables intentions du tout-puissant chef des socialistes, on pourrait s’accrocher à deux éléments. Un premier d’ordre interne : OTD, quand bien même il manquerait d’assurance et de certitude quant à ses aptitudes intrinsèques à incarner une alternative crédible à Macky Sall en 2017, serait décidé à repartir au combat présidentiel pour continuer le Ps.
Un second élément, d’ordre extérieur : l’influence du socialiste François Hollande dans l’immobilisme de son camarade du Ps sénégalais aurait été telle qu’un «deal» négocié dans des sphères feutrées qui nous sont inconnues a pu garantir à Macky Sall une certaine tranquillité au plan national. Il ne faut pas l’oublier : les deux chefs d’Etat, élus presque au même moment, sont devenus de très grands amis politiques sur la scène politique africaine et internationale ! Sur l’autel d’un sacrifié dénommé Parti socialiste du Sénégal ?
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