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EDITORIAL
Fermeture de Yavuz Salim: des contrats de services contre la dignité du Sénégal
L’aveu du Président Macky Sall sur le chantage exercé par la Turquie en faveur de la fermeture des écoles du réseau Yavuz Salim se passe de commentaires. Il est si extraordinaire que l’on se demande si l’on doit souligner la sincérité surprenante du chef de l’Etat dans la justification de la décision gouvernementale ou s’appesantir sur la soumission brutale du Sénégal à l’exigence du Président Reccep Tayyip Erdogan. Au final, autant il est du devoir d’un chef d’Etat d’être transparent à l’endroit de son peuple, autant il a l’obligation sacrée d’en défendre les intérêts.
 
Pour la circonstance, il est difficile de croire que le Président Sall se soit plus soucié des intérêts souverains du Sénégal que de ses propres perspectives politiques. Concrètement, en cédant au chantage d’Erdogan, le chef de l’Etat sénégalais a fortement privilégié la défense des contrats de prestations de services signés par son gouvernement avec des entreprises turques. L’aéroport international Blaise Diagne de Diass-Thiès est l’un de ces contrats. Il a décidé d’en faire l’emblème de son septennat.
 
Il a programmé son ouverture à la date du 7 décembre 2017, et cela les Turcs le savent depuis bien longtemps. Au conseil des ministres du 11 octobre, il a fait adopter un projet de décret ouvrant l’AIBD à la «circulation aérienne publique». Il est plus que probable que la Turquie ait usé, directement ou indirectement, du chantage sur ce dossier lourd au plan financier.
 
Entre la gestion de  cet aéroport confiée aux Turcs pour les vingt prochaines années, la construction, auparavant, du Centre international de conférence de Diamniadio (CICAD) par des entreprises turques, des investissements de plusieurs centaines de millions de dollars dans divers domaines dont l’hôtellerie, et les pressions des lobbies d’affaires sénégalais proches du régime et qui tirent  partie de ces business, la tentation a été grande de capituler. Macky Sall n’y a pas résisté. Il a eu tort.
 
Que vaut un aéroport (flambant neuf), hérité d’un pouvoir précédent, face à l’extraordinaire sacerdoce que constitue le défi de mise en œuvre réelle d’une école d’excellence au service des enfants de son pays ? La mise à sac lente de Yavuz Selim – car c’est de cela dont il s’agit en fin de compte – pour satisfaire un pays étranger est une humiliation manifeste infligée à la fonction présidentielle sénégalaise. Dès lors, il n’est pas certain que les autorités turques, au-delà du vocabulaire diplomatique convenu, puissent vouer un respect sincère à leurs homologues du Sénégal.
 
Ici, ce n’est pas Erdogan qui est en cause si l’on suit le principe selon lequel les Etats n’ont pas d’amis mais des intérêts. C’est notre président qui a failli. Défendre la scolarité de 3 000 enfants et le gagne-pain de centaines de travailleurs d’un système reconnu performant nous parait mille fois plus noble que privilégier de manière si outrancière une infrastructure – l’aéroport Blaise Diagne – qui ne développera pas (par ailleurs) fondamentalement le Sénégal.  Un pays et son Président doivent se faire respecter au plan international au risque d’être classés dans la catégorie des paria juste destinés à sortir de l’histoire par les petites portes laissées ouvertes pour eux par les ogres de la planète.
 
Question essentielle à laquelle le président Sall ne répondra pas: en quoi ces écoles du réseau Yavuz Selim étaient-elles une menace pour cette Turquie si fière d’elle-même et de son histoire, celle qui ferraille autant avec les Etats-Unis (récente affaire des visas), qu’avec l’Union européenne (projet d’adhésion bloqué) et qui est au cœur des grands conflits irakien et syrien ?
 
L’histoire et la vie peuvent nous réserver pleine de surprises. Elles nous surprendraient lorsque, de cette fournée d’élèves empêchés de poursuivre leurs études dans les écoles Yavuz Selim par leur propre Président de la République, sortiraient un jour des ingénieurs sénégalais qui construiraient pour le Sénégal quelque chose comme un…aéroport de grande dimension.
 

Aliou Sall à la CDC: conflits et chantages autour de Macky Sall (Editorial)
Le journaliste et consultant Adama Gaye nous avait prévenus tous, il y a plus de cinq ans, de la véritable nature d’un Macky Sall alors en compétition avec Abdoulaye Wade pour occuper le fauteuil de la présidence de la République. Certains en avaient tenu compte, d’autres l’avaient insulté, quelques-uns s’étaient abstenus de prendre part au second tour de l’élection  présidentielle du 25 mars 2012. C’est Adama Gaye qui avait raison ! C’est un cocktail implosif de peste et de cholera que nous avons porté au sommet de l’Etat et des institutions du Sénégal. Nous en payons le prix aujourd’hui, jusqu’à la lie.
 
La nomination d’Aliou Sall au poste de directeur général de la Caisse des dépôts et consignations (CDC) n’est pas seulement un scandale de plus dans la gouvernance de Macky Sall. C’est un méga-attentat public contre la Transparence et la Gestion Vertueuse des Biens de notre Pays. La CDC n’est pas une institution comme une autre : c’est le bras long financier et économique de l’Etat du Sénégal. C’est une sorte de banque publique géante aux capacités financières sans commune mesure avec les autres institutions qui échoit ainsi entre les mains du clan présidentiel, la Faye-Sall Family.
 
Cette nomination dont on espère qu’elle ne sera pas juste située dans le registre sec des pouvoirs dévolus au chef de l’Etat par la Constitution et les lois de notre pays est un tournant politique majeur dans les perspectives de conservation et de perpétuation du pouvoir par le clan Faye-Sall et ses affidés.
 
D’une part, elle consacre la «victoire» de la rébellion d’Aliou Sall contre des sous-clans de la «dynastie» régnante qui raffolent de le déchoir des «positions» fortes que, paradoxalement, le négoce pétro-gazier avec le Groupe Timis lui a octroyées en termes d’influence politique sur son frère aîné. Sall Jr. n’est pas né de la dernière pluie : il sait bien mieux que tout le monde l’importance significative que requièrent les décrets signés en sa faveur par Sall Sr. Des éléments de pression et de chantage relatifs à l’ensemble des coulisses qui ont entouré la cession de blocs d’hydrocarbures au groupe de l’homme d’affaires australo-roumain. Le grand-frère est dans le piège.
 
En acceptant de ne pas figurer sur les listes législatives aux scrutins du 30 juillet 2017, Aliou Sall envoyait en même temps un signal fort à Macky Sall: il ne serait plus question pour lui d’être hors du champ politique décisionnaire duquel certains voudraient l’éloigner. Sa posture naturelle de frère du chef de l’Etat ne devait plus être, à ses yeux, un facteur de mise en quarantaine du politicien qu’il est, maire de Guédiawaye, financier dans le parti présidentiel et patron de l’Association des maires du Sénégal (AMS). Qui peut le lui reprocher ? Cet avertissement, Macky Sall en a bien tenu compte, d’une manière ou d’une autre. La CDC est un gros morceau !

D’autre part, cette nomination complètement immorale et dénuée d’intelligence éthique ne fait que confirmer la faiblesse rédhibitoire qui caractérise l’homme que nous avons malheureusement élu en mars 2012. Sans carrure, sans charisme, froid, boudeur, intolérant… Les qualificatifs manquent pour décrire notre bien-aimé Président de la République. Faible contre les Etats et groupes affairistes rapaces qui dépècent notre économie, fort et impitoyable contre les opposants qui remettent en cause, à juste titre, ses incapacités notoires devenues trop évidentes, Macky Sall est finalement une hérésie pour notre pays, pour les démocrates sincères qui aspirent à élever notre démocratie vers des cimes supérieures, et même pour ces militants, cadres et responsables de son giron dépités par tant de errements et de laxisme calculé.
 
De quoi cette promotion d’Aliou Sall par son frère chef de l’Etat est-elle le nom ? Simplement, elle signifie une accélération des procédures d’accaparement de l’Etat et de ses leviers par le clan gouvernant et ses apprentis-politiciens et affairistes. L’agenda de Macky Sall est bien trop clair depuis belle lurette: il a décidé très tôt de tromper le peuple qui l’a élu par le reniement systématique de ses engagements solennels devant la nation. Un mandat à cinq ans volé sans scrupules. Une Constitution arrachée avec un taux de participation d’environ 38% au référendum. Un processus électoral saboté et emporté dans la douleur qui a laissé sur le carreau plus d’un million de citoyens sans carte d’électeur… La coupe est pleine il y a un siècle !
   
Tels les ouragans Harvey et Irma semant désordres et calamités sur leur chemin, le président Sall est en train d’installer le Sénégal dans un cycle irréfléchi d’incertitudes pour l’avenir. Au nom d’une revanche sociale sur le passé, il s’inscrit dans un sens de l’histoire qui associera son nom (et bien sûr celui de sa famille) dans une tragédie post-présidentielle qui pourrait l’accabler infiniment, intemporellement. C‘est pourquoi, il serait bien avisé de rapporter cette mesure scélérate qui le met encore une fois définitivement hors du cercle des intérêts du Sénégal. Mais ne nous faisons pas d’illusions, cet homme ne cède que dans le rapport de forces qui lui est défavorable. Il ne supporte pas les combats rudes, durs ; il perd le Nord aux premières escarmouches pour se placer dans la posture du négociateur.
 
C’est donc sans état d’âme qu’il poursuivra son œuvre de destruction méthodique des bases politiques, éthiques et morales de ce pays. Son régime a corrompu assez de journalistes, de politiciens, de notables religieux, et institué le népotisme un peu partout dans les strates de la bureaucratie d’Etat partisane pour qu’il soit à peu près tranquille un temps. Ainsi a-t-il pris goût aux méthodes du forcing permanent duquel il ne se départira point jusqu’à preuve du contraire. Qui a oublié son «vote» local de 2002 dans son fief de Fatick !
 
Dieu Seul sait si Macky Sall sera encore là en 2019, mais le geste politique posé à l’endroit de son frère Aliou Sall ne trompe pas : ce pouvoir est en très grande difficulté dans sa quête de survie.

 

La démocratie à l’ombre de Pyrrhus!
Les électeurs sénégalais ont donc choisi leurs représentants à l’assemblée nationale au cours d’une mémorable journée de 30 juillet 2017, dans les conditions que tout le monde connait. Le conseil constitutionnel a clos tout ce qui était susceptible de se muer en contentieux après s’être transformé en faiseur de loi électorale. Ces législatives auront été une formidable occasion pour la classe politique et les organisations de la société civile de mesurer le travail qu’il reste à faire pour éviter que la démocratie soit l’objet de captation.
 
Le challenge est colossal eu égard à certaines habitudes intériorisées et mises en œuvre par des politiciens plus soucieux de leur carrière immédiate que d’une évolution qualitative du système de représentation politique.
 
Du travail, il y en a à faire, surtout quand les plus hautes autorités de la République se félicitent publiquement, sans gêne, de la «bonne organisation du vote» à l’échelle du territoire. Comme s’il ne s‘était rien passé avant et après les scrutins! C’est cette tendance tournant le dos à l’humilité et à la prise de conscience face au chaos électoral incrusté au cœur de ces législatives qui peut inquiéter.
 
Nos gouvernants ont-ils pris la pleine mesure du désastre qui s’est abattu pour la première fois sur des élections nationales ? A défaut de présenter leurs excuses au peuple sénégalais, sont-ils prêts au moins à corriger les graves dysfonctionnements pointés du doigt par les observateurs nationaux et de l’Union africaine ?
 
La mission qui incombe dorénavant au Président de la République, à son (futur) gouvernement, à la nouvelle assemblée nationale, en partenariat avec la classe politique et la société civile, est connue. Il s’agit de redonner à notre système électoral, dans toutes ses composantes, son lustre perdu dans la débâcle organisationnelle et technique du 30 juillet, quoi qu’en pensent les apprentis sorciers.
 
Cette exigence d’intérêt national passe par une mise à jour consensuelle du fichier national des électeurs, sans attrape-nigaud. C’est le service minimum vital que nos dirigeants peuvent rendre à ce pays et à ses institutions. Sinon, ils pourront revendiquer la descendance de Pyrrhus: gagner des batailles dans la douleur, pour dire le moins.
 
Incompétente et politicienne sous plusieurs angles, l’opposition devrait se réveiller, accepter de prendre part au travail de modernisation du système politique avec sérieux et détermination, en étant moins roublarde et plus soucieuse de l’intérêt collectif. Si elle ne change pas, il est certain qu’elle va au devant de grands échecs dans les deux années à venir.
  

Démocratie en otage
Le système démocratique sénégalais rend possibles des scénarios historiques marbrés entre le meilleur, le pire et l’entre-deux. Autant il a pu générer - quasi spontanément - un événement grandiose du genre 23-juin-2011, autant il a pu fabriquer - de bric et de broc - une jurisprudence qui institutionnalise une sorte de demi-violation du secret du vote. Et ce, grâce à la possibilité laissée aux électeurs d’entrer dans l’isoloir avec seulement une partie des bulletins des 47 listes de candidats retenues pour les législatives du 30 juillet 2017.
 
A cet effet, le Code électoral a été modifié en son article 78 par l’Assemblée nationale lors de la session d’urgence tenue le 6 juillet dernier sur initiative du président de la République. Pouvait-on éviter cette distorsion apportée à la loi électorale à seulement trois semaines et quatre jours des scrutins parlementaires ?
 
Il aurait fallu – pour répondre oui à la question – que la démocratie sénégalaise se débarrassât auparavant d’une faiblesse majeure et déconstructive, celle d’avoir été condamnée très tôt à devoir subir la loi des aventuriers et professionnels de la politique. Ceux-là même qui se relaient au pouvoir depuis plusieurs décennies, profitant de la paralysie organisée des institutions censées pourtant mettre en œuvre la formule «le pouvoir arrête le pouvoir».
 
Les principes démocratiques consensuels – et très souvent contradictoires aux intérêts des lobbies et clans d’obédiences diverses - sont certes partout l’objet de contournement à travers le monde. Mais le drame sénégalais réside essentiellement dans l’affaissement de contre-pouvoirs transformés en machins cosmétiques ankylosés.
 
Le psychodrame qui a résulté de la détermination du pouvoir à «mettre de l’ordre» dans la pagaille présumée induite par une pléthore de listes législatives n’aurait jamais dû survenir si la classe politique était responsable et crédible. Nos politiciens ne sont d’aucune idéologie : ils n’obéissent qu’à leurs propres intérêts s’ils ne sont pas expressément contraints de faire prévaloir ceux du bien public.
 
Entre 2011 et 2012, le Pds au pouvoir a systématiquement refusé l’introduction du bulletin unique en dépit de tout bons sens : simplicité, accessibilité, coût financier moindre par rapport au système en vigueur, etc. C’était le minimum de reconnaissance que ses dirigeants pouvaient manifester à l’endroit de ce pays.
 
Mais le conservatisme, l’égoïsme et une certaine volonté de puissance avaient pris le pas sur la perspective de faire faire à notre démocratie un pas significatif en matière de transparence électorale. Le rêve était surdimensionné… En accédant au pouvoir, Macky Sall a davantage affaibli la démocratie à travers un processus électoral chaotique comme jamais le Sénégal n’en a connu.
 

(Momar Dieng) La galère, nous y sommes ! Ce pays est véritablement empêtré dans des situations durablement inextricables et pour lesquelles il lui faudra un peu plus de génie que d’habitude pour espérer s’en sortir. Evidemment, la magie des politiciens finira comme d’habitude par nous extirper des guêpiers, artificiellement. Jusqu’aux prochaines épreuves.
 
La privation d’eau potable qui frappe les populations de Dakar et banlieues depuis près ou plus d’un mois est l’un des signes pathologiques d’une certaine gouvernance d’un secteur de rente capturé par un capital étranger (évidemment français) qui le balade de main en main suivant les opportunités de cession juteuses qui se présentent.
 
Les populations de Dakar et de ses environs immédiats, mais aussi celles des Parcelles, Yeumbeul, Guédiawaye, Keur Massar, etc. sont/ont été concrètement agressées par une pénurie d’eau contre laquelle il n’y a eu que des excuses. Le recteur de l’Université Cheikh Anta Diop, l’une des plus prestigieuses en Afrique de l’Ouest, fait le boulot des politiques en interdisant une manifestation intellectuelle à la case-foyer du Cesti. On est où là, franchement ?
 
Pendant ce temps, les politiciens se chamaillent autour d’un processus électoral vicié par l’appétit féroce d’un Président obnubilé par la conservation du pouvoir. Il faut le dire et l’accepter, le pouvoir porte l’entière responsabilité du chaos qui structure le processus électoral depuis son lancement.
 
Alerter et attirer l’attention des autorités n’ont servi à rien. Aujourd’hui, on est dans le mur. Dans ce contexte, il est difficile de comprendre que la Cena en arrive à demander au Président de la République de violer et la loi sénégalaise et le Protocole additionnel de la Cedeao concernant l’organisation des élections dans l’espace communautaire.
 
Si la Cena, censée être concernée par la supervision du processus électoral, sort brutalement de son sommeil pour servir de caution au président de la République, c’est sûr, le Sénégal a alors réalisé de gros progrès démocratiques !!!  
 

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