Connectez-vous

Dans le maquis des machins locaux pour politiciens laissés en rade

Mardi 6 Septembre 2016

La superposition des structures dédiées au développement local frise l’inflation et en même temps, doit mobiliser beaucoup d’argent dans un contexte de raréfaction des ressources. Mais pour le chef de l’Etat, assailli de toutes parts par une clientèle politicienne sans cesse exigeante, nécessité semble faire loi. Le Haut conseil des collectivités territoriales est le dernier machin inventé pour contenter des alliés.
 
Par Ndiogou CISSE
Le foisonnement des structures autour des collectivités est un fardeau pour le trésor public.  Avec la création de la commission nationale du dialogue des territoires (Cndt) et du  Haut conseil des collectivités territoriales (Hcct), qui se sont ajoutés à d’autres structures à côté du ministère de tutelle, on assiste à une véritable floraison d'instances et d'organismes. Ce, au moment où les élus ont sans doute besoin d’une plus grande visibilité pour mieux assurer leurs charges.
Au sommet de la pyramide, il y a le ministère de la Gouvernance Locale, du Développement et de l’Aménagement du territoire. Il a en charge la préparation et la mise œuvre de la politique de l’Etat en matière de décentralisation, de développement local, de soutien et de contrôle des collectivités locales. Il assure également la mise en place de la politique de formation des élus et conduit la politique de développement local.

Désormais, il ya la Cndt. Créée par décret n°2015-1970 du 21 décembre 2015, elle a permis, en plus de ses fonctions, de caser un nouveau partenaire, Djibo Ka, professionnel chevronné de la politique depuis près d’un demi-siècle ayant réussi l’exploit de servir tous les régimes de Senghor à Macky Sall en passant par Abdou Diouf et  Abdoulaye Wade. Cette institution copiée directement de son homologue française «assiste le Président de la République dans la définition de mécanisme de coopération territoriale, accompagne le Gouvernement dans la promotion des groupements d’intérêt communautaire, aide les collectivités locales à la mise en place de groupements d’intérêt communal et d’établissements publics territoriaux». A défaut d’être un doublon du ministère de tutelle, la Cndt est son quasi alter égo eu égard aux missions qui lui sont assignées.
 
Le trio d’enfer Niasse-Tanor Djibo reconstitué
Ce n’est pas tout car bien avant la naissance du strapontin de la Cndt, l'Agence de développement local (Adl) existait sous la tutelle technique du ministère de la Gouvernance locale, et sous tutelle financière du ministère de l'Economie, des Finances et du Plan. Son rôle  consiste à promouvoir  la coordination des actions de développement local. Elle est également  chargée d'aider à la prise de décision dans le domaine du développement local, tout en promouvant un développement local cohérent à l’échelle du territoire national. L’une des spécificités de l’Adl elle d’être gérée par des spécialistes en décentralisation, la plupart fonctionnaires de l’Etat. 

La dernière venue dans ce maquis du développement local est donc est le Haut conseil des collectivités territoriales. Dans un pays où  les élus locaux ont le sentiment de ne pas être suffisamment écoutés et confrontés pour certains aux manquements de l’Acte 3 de la décentralisation, le Hcct ressemble à des institutions qui n’ont de sens que dans leurs capacités à caser des alliés encombrants et revendicatifs. Créé par décret n° 2016-306 du 29 février 2016, ce  Hcct a tellement aiguisé les appétits politiciens qu’il a semé zizanie et discordes dans les partis et alliances proches du pouvoir. Pour son soutien à Macky Sall, Ousmane Tanor Dieng est annoncé au perchoir de cette institution dont les membres vont être rémunérés sur la base du traitement et des indemnités des plus hauts fonctionnaires de l’Etat. On ne sait si cela relève du hasard ou pas, mais Macky Sall vient de reconstituer à l’intérieur du régime l’ex trio infernal du Parti socialiste si l’on rappelle que le doyen Moustapha Niasse est en retraite de terrain au perchoir de l’Assemblée nationale depuis plus de 4 ans.

Ces instances multiples ont été créées, dit-on, pour huiler le dialogue entre l’Etat central et les collectivités locales, mais aussi entre ces dernières. Ce qui est sûr, eu égard à leur budget de fonctionnement, c’est qu’elles sont des engloutisseuses de fonds publics dans un contexte dit de raréfaction des ressources. N’oublions pas que dans le même registre, existent l’Union des associations d’élus locaux (Uael), l’Association des départements du Sénégal, l’Association des maires du Sénégal (Ams)…
 
Hcct, un bio en bref
Le Haut conseil des collectivités territoriales dont 80 des 150 membres seront élus le 4 septembre pointe désormais au quatrième rang dans l’ordonnancement institutionnel du Sénégal. Dans la loi qui crée cette institution, il est donné pouvoir au Président de la République de nommer 70 membres qu’il peut choisir au sein de la société civile, chez les opérateurs économiques, les ordres professionnels, dans la diaspora sénégalaise… La seule obligation qui est imposée pour le Hcct, c’est le respect de la parité. 

C’est une Institution qui, à l’instar de l’Assemblée nationale et du  Conseil économique social et environnemental, dispose de l’autonomie de gestion. Pour son installation et son  fonctionnement durant le reste de l’année, une enveloppe de 200 millions est mise à sa disposition. Mais pour le budget qui lui sera alloué, s’il n’a pas été voté, il pourrait avoisiner celui du Cese qui est de 9 milliards de francs Cfa. Pour les émoluments de membres du Hcct, en plus des véhicules et carburant qui leur seront dotés, ils auront un salaire calculé sur celui des hauts fonctionnaires avec des indemnités égales à celles des députés… (Ndiogou CISSE)
 
Nombre de lectures : 84 fois

Nouveau commentaire :










Inscription à la newsletter