Un immeuble en construction d'une quinzaine d'étages s'est effondré vendredi dans un quartier populaire de la capitale kényane, Nairobi, où les autorités craignent que "beaucoup" de personnes soient piégées sous les décombres et des malfaçons sont mises en cause.
Des vidéos circulant en ligne montrent l'effondrement en quelques secondes d'un haut bâtiment dégageant d'épais nuages de poussière dans le quartier densément peuplé d’Eastleigh, très fréquenté par la communauté somalienne.
"Nous avons vu les murs s’effondrer petit à petit, pendant plusieurs minutes. Nous avons essayé de crier, de prévenir les gens, mais personne n’a écouté", a déclaré à l'AFP Muhiyadin Abdi, qui possède une boutique voisine de l'immeuble écroulé, dont les ruines culminent désormais à quelques mètres de hauteur.
"Puis il y a eu un bruit énorme, accompagné d’un grand nuage de poussière. Et l’immeuble s’est effondré", a ajouté le commerçant, disant connaître une dame qui travaillait au premier étage du bâtiment.
Un autre riverain a fait état de commerces en activité au rez-de-chaussée, tandis que selon une experte, Bibiye Mahmoud, des ouvriers effectuaient des travaux de finition dans le bâtiment lorsqu'il s'est effondré. "Il y a donc beaucoup de personnes prises au piège ici", a estimé Mme Mahmoud, présidente de l’Institution d’ingénierie et de technologie du Kenya.
Le commandant de la police de Nairobi, Issa Mohamud, a indiqué à la presse que les secouristes ont entendu "la voix d'une femme". "Nous espérons pouvoir la sauver", a-t-il ajouté.
Le site de l'incident étant enserré par d'autres immeubles élevés, les interventions sont complexes, et les opérations de sauvetage ont mis du temps à démarrer.
- "Bombe à retardement" -
Des défauts de construction ont rapidement été évoqués.
"Les gens sur place rapportent que des signes de fragilité, comme des fissures, avaient été observés", selon John Ogallo, vice-président de l’Institution des ingénieurs du Kenya.
Si l’on construit avec des matériaux inadaptés, "cela devient une bombe à retardement", a-t-il expliqué à des journalistes sur place.
Nairobi connaît un essor de la construction extrêmement rapide et les cas d'effondrements d'immeubles ne sont pas rares, souvent en raison de l'emploi de matériaux de mauvaise qualité et du non-respect des réglementations.
"Les entrepreneurs et les ingénieurs sont censés veiller à ce que les travaux soient suivis par des professionnels. Or ce n’est souvent pas le cas. C’est pourquoi nous assistons à de telles catastrophes", a jugé Mme Mahmoud. "Mais les responsables ne sont pas sanctionnés", a-t-elle déploré.
Selon un rapport de l’Institut kényan pour la recherche et l’analyse des politiques publiques, 86 effondrements de bâtiments ont eu lieu entre 2009 et 2019, causant la mort d’environ 200 personnes.
Un audit portant sur près de 15.000 bâtiments, réalisé par l’Inspection nationale du bâtiment, a révélé que 4,8 % d’entre eux présentaient un danger extrême, tandis que 72,3 % étaient classés comme non sûrs.
Le nombre de bâtiments achevés chaque année à Nairobi est passé de 20.025 en 2022 à 25.090 l’an dernier, selon le bureau national des statistiques. La ville est un pôle économique majeur d’Afrique de l’Est et attire des populations venant de zones rurales et de pays voisins. [AFP]