La justice tunisienne a ordonné, dans la nuit de vendredi à samedi, l'arrestation du journaliste Mohamed Yousfi, rédacteur en chef du site d'information privé « Al-Katiba », pour des soupçons d'« enrichissement illicite » et de « blanchiment d'argent ».
Une source judiciaire a déclaré à l'agence de presse officielle « Tunis Afrique Presse » (TAP) que « le juge d'instruction chargé de l'affaire au sein du Pôle judiciaire économique et financier a ordonné, dans la nuit de vendredi à samedi, le placement en garde à vue de Mohamed Yousfi pour des accusations liées à l'enrichissement illicite et au blanchiment d'argent ».
La même source a précisé que le ministère public près le Pôle judiciaire économique et financier du Tribunal de première instance a ordonné l'ouverture d'une information judiciaire visant Yousfi et toute autre personne que l'enquête pourrait identifier, pour des soupçons de constitution d'une entente en vue « d'attenter aux personnes et aux biens, d'enrichissement illicite et d'exercice habituel du blanchiment d'argent au sein d'une organisation », en profitant des facilités offertes par leurs fonctions et leurs activités professionnelles et sociales.
De son côté, le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) a estimé, dans un communiqué publié samedi, que l'arrestation de Yousfi s'inscrit dans le cadre de « son travail journalistique indépendant, de ses interventions médiatiques et de ses déclarations à la presse comprenant des critiques à l'égard du pouvoir actuel ».
L'organisation syndicale a précisé que Yousfi a été interpellé devant le siège d'une station de radio privée alors qu'il s'apprêtait à participer à une émission consacrée aux « politiques financières en Tunisie », avant d'être conduit aux locaux de la troisième brigade centrale de recherche sur les crimes financiers complexes de la Garde nationale à El Aouina.
Le SNJT a affirmé que cet événement est indissociable de l'escalade « dangereuse » des vagues d'arrestations et de poursuites judiciaires visant les journalistes en raison de « leurs travaux, de leurs contenus médiatiques et de leurs positions professionnelles ».
À plusieurs reprises, des ONG de défense des droits humains locales et internationales ont accusé les autorités tunisiennes de restreindre la liberté d'expression et de cibler journalistes, militants et opposants politiques, des accusations que Tunis dément régulièrement. [AA]