La finale de la CAN 2025 restera gravée dans les mémoires, non seulement pour le spectacle offert sur le terrain, mais aussi pour les tensions et les rebondissements qui l’ont précédée. Ce fut une rencontre où la résilience, la dignité et le patriotisme ont été les véritables héros, défiant non seulement l’adversaire, mais aussi les contraintes logistiques et les injustices systémiques.
Avant-match : des conditions loin des standards
À 24 heures du coup d’envoi, les Lions de la Teranga étaient confrontés à des conditions loin des standards d’une finale continentale. Arrivés à la gare livrés à eux-mêmes, les joueurs ont dû composer avec un hôtel non confirmé et une incertitude totale quant aux terrains d’entraînement. La pression s’ajoutait à la frustration des supporters privés de billets. Ces manquements, dénoncés par la Fédération Sénégalaise de Football, ont sapé le moral de l’équipe, montrant à quel point le contexte extra-sportif peut peser sur la préparation d’une rencontre majeure.
L’arbitrage : un héritage historique d’injustice
Le Sénégal connaît trop bien l’arbitrage controversé dans les grandes compétitions africaines. Surulélé 2000 contre le Nigeria, Tunis 2004 sous le brouillard, Égypte 2006 avec le penalty incontestable de Diomansy Camara, jusqu’au but refusé à Ferdinand Coly en 2001 face au Maroc : l’histoire est constellée d’exemples où les Lions ont payé le prix fort. Cette finale n’a pas fait exception. Si l’organisation logistique de la CAN a été saluée, le favoritisme apparent en faveur du pays hôte a été dénoncé par de nombreux journalistes africains et européens.
Fair-play ou hypocrisie ?
L’un des épisodes les plus révélateurs de cette finale fut l’affaire des serviettes. Sous une pluie battante, Édouard Mendy devait à la fois protéger ses cages et gérer son unique serviette pour essuyer son visage et son camp. Achraf Hakimi, que tous ont vu agir avec une sournoiserie manifeste, a contribué à la situation, mais ce sont les stadiers marocains qui ont subtilisé la serviette du gardien sénégalais, tenue par son remplaçant Yehvan Diouf, resté debout derrière les cages pour la protéger.
À la fin du match, dans un geste plein d’ironie et de dignité, le gardien nigérien a tweeté en invitant les stadiers à essuyer leurs larmes avec sa serviette. Cette déclaration en dit long sur l’esprit de certains adversaires et sur la manière dont la ruse a été employée sur ce tournoi. Et pourtant, le Maroc et Hakimi ont été promus dans la catégorie « fair-play ». Cette incohérence symbolise les paradoxes persistants du football africain et souligne combien le mérite sportif peut être mis à mal par des reconnaissances discutables.
La réaction sénégalaise : dignité, stratégie et esprit « Nawetanes »
Face aux injustices et aux provocations, Pape Thiaw a fait preuve d’une intelligence et d’une dignité exemplaires. Sous le coup de l’émotion, mais avec un sens stratégique rare, il a su prendre la décision audacieuse de faire du « Nawetane » comme un bon boy de Niarry Taly.
En d’autres termes, il a choisi de défendre l’honneur de son équipe avec fermeté et subtilité, en utilisant l’influence morale et la posture des joueurs pour peser sur le mental de l’adversaire et sur l’arbitre, inconsciemment.
Cette décision, loin d’être critiquable, a reçu l’assentiment de l’écrasante majorité des Sénégalais, qui ont compris que dans un contexte d’injustice manifeste, cette posture n’était pas seulement justifiée, mais nécessaire. Ce match, avec ses conditions, ses provocations et ses déséquilibres, ne pouvait se gagner que par un esprit « nawetanes », cette combinaison de courage, de tactique et de solidarité.
Pape Thiaw, en bon stratège et homme de valeur, a ainsi démontré que l’excellence d’un coach ne se mesure pas seulement par le résultat sur le terrain ; il a été sur le plan coaching à la hauteur, mais par sa capacité à guider son équipe avec classe et lucidité dans l’adversité.
Son attitude manifeste plus son patriotisme qu’autre chose et inscrit cette finale dans l’histoire comme un exemple de bravoure et de dignité. On ne l’accablera jamais.
Sadio Mané : sagesse, héritage et fidélité aux racines
Sadio Mané a incarné l’abnégation, le patriotisme et la sagesse sur le terrain. Bien plus qu’un simple joueur, il a su écouter les conseils des anciens : Claude Le Roy, Mamadou Niang ou El Hadj Diouf. Cette attitude n’est pas qu’une marque de discipline : elle illustre le respect des traditions et la transmission des valeurs, fondamentales dans le sport et la vie.
Un exemple marquant de cette tradition remonte au doyen Robert Diouf, ancien champion de lutte et protecteur de Yekini. Lors d’un combat légendaire, les arbitres avaient fait un tirage au sort pour la position des lutteurs. Yakhya Diop Yekini avait gagné et devait se placer d’un côté, mais Bombardier refusa, provoquant une cacophonie extraordinaire. Le sage Robert Diouf intervint, demandant à Yekini de changer de côté et de faire face à Bombardier. Yekini s’exécuta immédiatement… et finit par battre son adversaire d’une manière anthologique.
À l’image de cette tradition, Sadio Mané a su conjuguer talent, prudence et humilité, écoutant attentivement les anciens pour prendre les meilleures décisions sur le terrain. Cette capacité à se montrer réceptif aux conseils des sages le rehausse et montre qu’il reste profondément africain et profondément sénégalais.
Il est désormais crucial que l’État du Sénégal consacre Sadio Mané de manière digne et pérenne. Nous n’avons jamais eu, et aurons difficilement, un athlète de cette envergure : un homme dont la grandeur dépasse le terrain, un modèle de patriotisme, de sagesse et d’abnégation, qui ressemble plus à un érudit qu’autre chose. Reconnaître Sadio Mané, c’est honorer le football sénégalais, mais aussi la culture, les valeurs et l’histoire de notre nation.
Appel à la raison : FIFA et CAF
Il est regrettable que la FIFA ait publié un communiqué appelant la CAF à sanctionner le Sénégal. Nous invitons ces instances à faire preuve d’équité, de raison et de lucidité. Les Sénégalais ont beaucoup subi au fil des CAN : injustices arbitrales, conditions logistiques défaillantes, comportements déloyaux sur le terrain. Cette finale n’a fait que rappeler ce que des générations de Lions ont déjà enduré. Une approche juste et équilibrée est non seulement nécessaire, elle est impérative pour l’avenir du football africain.
Conclusion : victoire de la dignité
Au terme de cette finale, le Sénégal n’a pas seulement remporté un trophée, il a affirmé sa grandeur morale. Pape Thiaw et Sadio Mané sont désormais inscrits dans l’histoire, non seulement pour leurs exploits, mais pour avoir incarné l’âme d’un peuple entier. Face à l’adversité, aux injustices et aux comportements déloyaux, le Sénégal a triomphé avec panache.
Cette victoire restera comme un symbole : dans le football, comme dans la vie, la dignité, l’abnégation et le respect des anciens sont les véritables instruments de la grandeur.
Boubacar Mohamed SY
Sénégalais
Source : Ma revue de presse