SÉNÉGAL : Nouvelle condition de la lutte pour la souveraineté nationale panafricaine

Mercredi 3 Juin 2026

Fodé Roland Diagne

Une bifurcation de la marche vers la souveraineté nationale vient d’être imposée par la cohabitation entre les pouvoirs Exécutif et Législatif dans notre pays. Le limogeage s’est transformé en élection au perchoir de l’ex-premier ministre et plus de 10 jours après la nomination d’un nouveau premier ministre un gouvernement est enfin formé.

 

On assiste donc à un transfert de la cohabitation entre présidence et primature à la cohabitation entre pouvoirs Exécutif et Législatif.

 

Le nouvel Exécutif proclame qu’il « ne change pas de cap mais de méthode » alors que la majorité souverainiste législative déclare que « l’on ne peut pas faire du Pastef sans Pastef ». De façon écrasante chez les militants souverainistes et dans le peuple le limogeage de l’ex-premier ministre, leader du camp souverainiste fait l’objet d’un fort mécontentement même si la crainte du chaos est aussi exprimée. La déception de la division contre laquelle nous n’avons cessé de lutter en défendant la tactique de « l’unité, critique, unité » est exprimée dans les palabres au sein du peuple. La présidence est perçue à raison comme fautrice de la division du camp souverainiste en raison du penchant à subordonner l’exigence de justice par la reddition des comptes financiers et des crimes de sang à des « dialogues » avec les caciques du chaos répressif fascisant que l’autocratie APR/BBY a fait subir aux militants souverainistes, au peuple et au pays de 2021 à 2024.

 

La division plonge aussi ses racines dans la recherche de solution à l’insupportable lègue qu’est le gouffre financier d’un endettement atteignant plus de 130% du PIB (23 mille milliards du franc colonial CFA et près de 5 mille milliards de dette cachée à la fois au pouvoir législatif et au peuple avec la complicité du FMI/BM).

 

Deux « méthodes » ont opposé le président et l’ex-premier ministre. Le second refusant clairement le diktat de la « restructuration de la dette » exigée par le FMI, la françafrique, l’eurafrique et l’usafrique en privilégiant la mobilisation des ressources internes, l’emprunt sur les marchés régionaux et des Investissements Directs Étrangers (IDE) alternatifs dans le cadre des relations bilatérales diversifiées et le premier cédant aux sirènes du camp néocolonial vassales des institutions de Bretton Woods.

 

C’est ainsi que nous devons clairement voir que l’ambition personnalisée prématurée pour la présidentielle de 2029 n’est qu’un voile qui couvre l’enjeu fondamental : souverainisme ou néocolonialisme. Le libéralisme, politique économique mondialiste, conduit fatalement à des prises de guerre du système néocolonial impérialiste. Or cette question fondamentale est ignorée par l’illusion de l’émergence d’un capitalisme national souverainiste dans une économie extravertie où la bourgeoisie affairiste est essentiellement non industrielle mais commerciale et est donc prisonnière de « l’import-import » pendant que la paysannerie est cadenassée dans les griffes des féodaux, notamment maraboutiques, des bourgeois agraires locaux et des agrobusiness impérialistes qui, tous mondialistes, produisent pour exporter pendant que la consommation nationale dépend des importations. Le libéralisme est donc une idéologie nocive qui engendre la mutation de l’alternative souverainiste en alternance bourgeoise néocoloniale.

 

Voilà le contexte socio-économique dans lequel la mise en garde du communiste révolutionnaire Amilcar Cabral selon laquelle « il ne faut pas croire à une victoire facile » tonne au-dessus dans le ciel des illusions confondant victoires électorales et libération nationale.

 

La résistance révolutionnaire du peuple chèrement payée à l’autocratie de l’APR/BBY a débouché sur une victoire électorale du camp souverainiste contre le camp néocolonial dans un pays où 85% de l’économie sont entre les mains des Monopoles capitalistes français par le biais de privatisations-bradages des secteurs stratégiques à l’exception de l’électricité, dont la monnaie est coloniale et dont l’activité productive extractive et agricole est structurellement extravertie. Structurellement coloniale, la mondialisation intègre nos économies dans la division internationale entre Nations, États oppresseurs et nations et États opprimés.

 

Le camp souverainiste a indéniablement un leadership issu de Pastef qui a montré sa détermination combative et sa volonté à ne pas céder aux pressions néo-coloniales et impérialistes.

 

Mais aussi il faut le dire clairement, apprendre de ses erreurs est le propre de l’esprit révolutionnaire qui se veut conséquent. Il nous a manqué une direction collégiale capable de maintenir et développer, notamment en formant les militants pas seulement des « experts » même si ils sont nécessaires, et en développant la liaison indispensable avec la base, les classes laborieuses et le peuple. L’après 1er congrès de Pastef doit s’atteler à cette tâche difficile mais réalisable.

 

Dans le contexte du « quatrième de sous sol » qui a motivé le PRES (plan de redressement économique et social), la cohabitation entre pouvoirs Exécutif et Législatif va nécessiter une tactique serrée à portée stratégique pour frayer à nouveau le chemin de la reconquête du pouvoir Exécutif par Pastef en 2029.

 

Dans cette perspective la majorité souverainiste doit voter les lois qui soulagent le peuple, amender et/ou retoquer celles qui vont dans le sens contraire, faire des propositions de lois qui protègent les droits démocratiques et améliorent le sort du peuple, contrôler la gestion gouvernementale mais n’user du vote de censure pour renverser le gouvernement que si c’est vraiment vital pour le peuple.

 

Sur ce chemin ardu, notre camp souverainiste doit se préparer à ce que le camp néocolonial pro-impérialiste soit tenté par une fuite en avant en usant et abusant du présidentialisme autoritaire pour éviter la défaite du projet de retour en arrière. Voilà pourquoi nous n’avons pas cessé d’appeler, depuis les Assises Nationales, à l’ouverture d’un vaste débat sur le régime parlementaire adossé à la démocratie participative populaire. Le régime parlementaire est un régime des partis qui, non seulement met fin à cette floraison de partis politiques mangeoires, mais aussi rompt la personnalisation, l’individualisation outrancière présidentialiste de la vie politique.

 

La bataille perdue par le limogeage a été rattrapée par l’élection de l’ex-premier ministre comme président de l’Assemblée Nationale, le nouveau gouvernement a fait des prises de butins d’ex-ministres alliés et des militants de Pastef dont l’un est auteur de livres avec notre leader, à nous maintenant de gagner les batailles à venir parce que l’avenir appartient au souverainisme panafricain révolutionnaire.

02/06/26

Diagne Fodé Roland

 
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