SÉNÉGAL 2026 : Le pragmatisme contre le vertige, ou comment protéger les poteaux corniers de notre souveraineté (par Khady Gadiaga)

Mardi 26 Mai 2026

Depuis le vendredi 22 mai 2026, Dakar s’enivre de théories constitutionnelles, de scénarios de palais et de bruits d’alcôve. On commente le décret n°2026-1128 mettant fin aux fonctions du Premier ministre, on disserte sur le retour du présidentialisme intégral, on parie sur les destins croisés de la Place Soweto et du Palais de la République. 

 

En somme, on regarde passionnément l’écume de la mer politique, tandis que la marée économique, elle, continue de monter et d’imposer ses urgences. Pendant que les juristes de circonstance s'écharpent sur des plateaux télévisés saturés et que le flot des rumeurs s'emballe à un rythme effréné, qui regarde la salle des machines de l'État ? Qui mesure, à sa juste valeur, la course contre la montre qui s'est engagée pour la crédibilité internationale du Sénégal ?

 

En tant que serviteurs de l’État, installés au cœur du complexe de décision qui lie la Culture, l’Artisanat et le Tourisme, notre devoir n’est pas de céder au vertige des décrets, mais de sanctuariser la continuité de l'action publique. Car le «Projet » n’est pas une abstraction électorale : c'est un ensemble d'infrastructures à livrer, de réformes à clore et d’élans à maintenir.

 

L’urgence absolue : les JOJ 2026 et la vitrine du monde

 

Regardons les faits, froids et têtus. Dans quelques mois, du 31 octobre au 13 novembre 2026, le Sénégal ouvrira les Jeux Olympiques de la Jeunesse. Pour la première fois de l'histoire, la flamme olympique brûlera sur le sol africain.

 

À Diamniadio, à Saly et à Dakar, les infrastructures frisent déjà les 96 % d'achèvement technique. Le Stade Président Abdoulaye Wade trône, prêt pour la fête ; le complexe d'Iba Mar Diop achève sa reconfiguration et la piscine olympique nationale se pare de ses derniers atours sous l'œil vigilant du Génie militaire. Mais un événement olympique ne se résume pas à du béton et à des lignes de nage. Les JOJ sont avant tout un récit culturel et une offre touristique. Remplacer les têtes pensantes et les maîtres d'œuvre à ce stade de l'exécution, c'est introduire une courbe d'apprentissage fatale là où chaque minute compte. La continuité managériale n'est plus ici un choix politique, c'est un impératif de sécurité nationale et de crédibilité diplomatique.

 

Les États Généraux : ne brisons pas le stylo au milieu de la page

 

Au-delà de la vitrine olympique, une révolution invisible mais profonde est en marche. Notre secteur a rompu avec le pilotage à vue en lançant les États Généraux de la Culture, de l'Artisanat et du Tourisme. Ce ne sont pas des séminaires de fonctionnaires en rupture de ban, mais de véritables assises de refondation où les hôteliers, les artisans des villages artisanaux, les créateurs et les universitaires s'asseyent pour réécrire les codes, réformer les statuts et libérer le potentiel d'un secteur qui doit porter notre croissance hors hydrocarbures à 3,0 %.

 

Ce travail de diagnostic national est le fruit d'un consensus transpartisan. 

 

Ce sont les forces vives du Sénégal réel qui y déposent leurs espoirs et leurs compétences. Interrompre cet élan sous prétexte que la météo politique a changé à la Primature serait un gâchis historique, une insulte au temps long de l'administration.

 

L'État ne s'arrête pas parce qu'un Premier ministre s'en va ; sa signature doit demeurer inviolable.

 

L'offre culturelle comme véritable médaille d'or

 

Soyons lucides : le monde n’attend pas le Sénégal sur sa capacité à moissonner des brassées de médailles ou à truster les podiums athlétiques des JOJ. Ce n'est pas là que se joue notre rendez-vous avec l'Histoire. Le véritable défi, le seul qui vaille pour notre souveraineté, est celui de l'organisation, de la participation et de la séduction globale. 

 

Notre médaille d’or, nous irons la chercher dans la qualité incomparable de notre offre culturelle, dans la splendeur de notre artisanat et dans l'excellence de notre hospitalité touristique. Et la perspective est immense. Car au-delà de la parenthèse olympique de novembre 2026, se dessine déjà à l'horizon la Biennale de l'Art Africain Contemporain (Dak'Art), qui viendra s'articuler comme le prolongement naturel et magistral de cet agenda événementiel unique au monde. C'est un continuum de rayonnement.

 

Voilà des enjeux de taille, des chantiers de prestige et d'économie réelle qui ne sauraient être hypothéqués, sous aucun prétexte, par les soubresauts de la météo politique. Il en va de la crédibilité de la signature du Sénégal et du rayonnement éternel de notre Nation.

 

Le pacte de la raison républicaine

 

Le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, a repris la plénitude de ses prérogatives constitutionnelles en mettant fin au bicéphalisme de l'exécutif. C'est un acte de souveraineté institutionnelle. Mais la souveraineté véritable consiste à protéger ce qui marche. Le Chef de l'État sait que pour réussir le redressement économique et budgétaire dans un contexte de ralentissement cyclique de la croissance globale (projetée à 2,5 % pour 2026), il a besoin de stabilité sectorielle. Le maintien des figures de la continuité de l’État à des postes clés en est d'ailleurs la preuve doctrinale.Que les politiciens fassent de la politique. Que les stratèges fourbissent leurs armes à l'Assemblée nationale pour les échéances futures. Mais que l'on laisse les ministères-ouvriers travailler. Maintenir les cadres, sanctuariser les feuilles de route et achever les chantiers en cours n’est pas un compromis de façade : c'est la démonstration que le Sénégal est une grande démocratie administrative, capable de digérer ses secousses exécutives sans jamais trembler sur ses bases économiques.

 

Préservons les acquis, car ce sont eux qui propulsent le Sénégal de l'avant. La patrie avant les partis. L'action avant l'émotion.

 

L'estocade républicaine

 

La politique est l’art du vacarme ; l’administration est la science du sillage. Alors que Dakar s’étourdit des décibels d’un séisme de palais et que les marchands d'illusions agitent les chiffons rouges de la discorde, le Sénégal profond, lui, exige de la tenue, de la suite et du génie. On ne gouverne pas un pays à l’émotionnel, encore moins à la corbeille des rumeurs. Les Jeux Olympiques de la Jeunesse de 2026 et la Biennale des Arts ne sont pas les trophées d’une faction, mais le miroir de notre grandeur face au monde. Les États Généraux de nos secteurs ne sont pas des hochets partisans, mais les fondations textuelles de notre souveraineté de demain.

 

Que les pyromanes du commentaire et les princes de l'échiquier s'essoufflent dans leurs conjectures 

 

Au ministère-ouvrier de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme, nous choisissons le camp de la truelle et du burin. Nous choisissons la continuité de l’État contre l’intermittence du spectacle politique. Car à la fin, lorsque la poussière des décrets se sera dissipée, l'Histoire ne retiendra pas le nom de ceux qui ont fait du bruit, mais le legs de ceux qui ont fait le Sénégal. Préservons l’élan, verrouillons les acquis, et laissons la République avancer.

 

K.G, 25 mai 2026

 
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