Le président Macky Sall à Paris en compagnie de la patronne du Quai d'Irsay Catherine Colonna, lors du Sommet sur un Nouveau pacte financier mondial en fin juin juin 2023
(IMPACT.SN, Dakar) - La brûlante actualité politique sénégalaise dans sa version violente et répressive trace ses sillons de plus en plus en profondeur sur le territoire français. Selon une information de la radio « Europe 1 », le ministère des Affaires étrangères a décidé de porter plainte contre l’avocat Juan Branco. Le tonitruant avocat est accusé d’avoir mis en danger deux hauts fonctionnaires français exerçant au Sénégal sous l’ordre des autorités sénégalaises.
Le premier est un conseiller technique (CT) de rang 6 officiant au ministère sénégalais de l’Intérieur, KHALED BELLEBAD. Selon Branco, c’est le « point focal » de la France qui supervise la coopération technique et permet aux autorités françaises d’être au courant de ce qui se fait dans ce domaine. « Tout en restant sous la tutelle du ministère de l’Intérieur français », Bellebad « a participé à l’ensemble des dispositifs de répression mis en œuvre par son ministre, M. Diome », avait indiqué l’avocat lors de sa conférence de presse du 22 juin 2023 à Paris.
Le second « agent » identifié par Juan Branco est le colonel JEAN-FRANÇOIS GAUME. Il a été détaché auprès de la gendarmerie sénégalaise où il tient le même rôle que son compatriote de l’Intérieur auprès du chef de la gendarmerie sénégalaise. Agé de 54 ans, Gaume a servi auparavant au Congo-Brazzaville pendant quelques années avant d’être porté au rang de commandant en second de la gendarmerie de Savoie en 2013.
Selon Branco, les deux gradés venus de l’Hexagone sont des complices potentiels de la commission présumée de crimes contre l’humanité au Sénégal sur la période 2021-2023, au regard de leurs « responsabilités particulièrement marquées. »
Pour le ministère français des Affaires étrangères, les deux agents publiquement désignés ont perdu ce qui serait leur couverture et pourraient être l’objet de représailles. Il est donc probable qu’ils soient remplacés ou simplement que leurs postes à Dakar soient supprimés.
En réaction à la plainte du Quai d’Orsay, Juan Branco s’est écrié : « les masques tombent. »
« La France porte plainte contre moi. Mon pays. Mon peuple. Ma patrie. Pourquoi ? Pour avoir révélé la commission de crimes contre l’humanité. Tandis que ceux-ci sont commis sans jamais être dénoncés, ceux qui les exposent sont harcelés et persécuté », s’est indigné la robe noire sur son compte Twitter.
Ensuite, il s’est défendu en s’expliquant :
« Les faits que nous avons révélés ont montré l'implication d'agents français dans l'organisation et l'exécution de la répression mise en oeuvre par le régime de Macky Sall contre des manifestants démocratiques, ayant fait 60 morts, ainsi que des milliers de détenus et blessés. »
Pour Branco, ces faits, « ce sont des crimes contre l'humanité, passibles de poursuites devant la Cour pénale internationale et devant les juridictions françaises. Ils sont imprescriptibles. Le Quai d'Orsay ne les a jamais dénoncés », avant de lâcher un « nous ne céderons à aucune intimidation. »
C’est avec le dossier judiciaire opposant le ministre sénégalais du Tourisme Mame Mbaye Niang à Ousmane Sonko que Juan Branco a rejoint la cohorte d’avocats au chevet de l’opposant principal au président Macky Sall.
Pour sa première sortie en audience, il avait été arrêté à l’aéroport international Blaise Diagne et rapatrié dans un vol de la Royal Air Maroc en partance pour Paris. Depuis, il s’est fortement distingué dans la défense de Sonko. Jusqu’à sa conférence de presse du 22 juin dernier au cours de laquelle il avait annoncé le dépôt de plaintes en France et devant la Cour pénale internationale (CPI) contre plus d’une centaines d’autorités sénégalaises dont le président Sall et son ministre de l’Intérieur Diome pour la commission de crimes présumés contre l’humanité. (IMPACT.SN)