Recrutement de 59 enseignants-chercheurs en Guinée : des universitaires déplorent les ”amalgames” sur ce dossier

Vendredi 9 Janvier 2026

Le recrutement de 59 enseignants-chercheurs sénégalais par la République de Guinée ayant suscité une vive polémique au Sénégal, a poussé certains universitaires à apporter des précisions pour dissiper, selon eux, les ”amalgames” autour de ce dossier en révélant la présence dans ce lot de retraités, de doctorants ainsi que des vacataires.

 

‘’Parmi les 59 recrutés, seulement 7 ou 8 viennent actuellement des universités sénégalaises. La majorité [des enseignants] sont de jeunes docteurs, des post-doctorants, parfois enseignants à l’étranger, qui n’ont pas eu d’opportunités au Sénégal. D’autres sont des retraités, comme moi, sans lien administratif avec l’université’’, a affirmé dans un entretien avec l’APS Bouya Diop, professeur titulaire des universités à la retraite.

 

Revenant sur le processus, il explique que ‘’l’État guinéen a lancé un appel à candidatures international. Après avoir examiné les critères, nous avons soumis nos dossiers et projets. Nos candidatures ont été retenues de manière transparente.’’

 

Il a précisé qu’en ce qui le concerne : ”après ma retraite, mon laboratoire à l’université Gaston Berger de Saint-Louis (UGB, nord) a été fermé, mon matériel mis de côté, et mes doctorants abandonnés”. ”J’avais 11 doctorants, il ne m’en reste que 2, que je ne suis plus qu’officieusement’’, a-t-il ajouté.

 

Bouya Diop estime  que ‘’le savoir est universel, on ne peut pas nous empêcher de circuler, de partager nos compétences”. ”À 65 ou 67 ans, nous avons encore toute notre utilité dans la recherche’’, a-t-il insisté.

 

Son collègue enseignant-chercheur Saliou Ndour également à la retraite dit partager la même opinion que son collègue Bouya Diop.

 

‘’Malgré notre départ de la fonction publique, nous continuons à servir académiquement. Nous sommes toujours actifs, et c’est pour cela que nous avons répondu à l’appel de la Guinée’’, explique l’anthropologue qui déplore surtout le traitement médiatique de cette affaire.
 

‘’Certains ont publié la liste sans chercher à comprendre qui est qui. Nous ne fuyons rien. Nous ne cherchons pas +l’argent de la Guinée+. Nous avons accompagné ce pays bénévolement pendant des années, comme dans d’autres pays africains’’, dit-il.

 

Pour lui, il ne s’agit pas de “fuite de cerveaux”, mais de ”circulation de compétences dans un espace africain commun. Le savoir ne peut pas être +ghettoïsé+ dans un pays. Nous appartenons à l’univers scientifique mondial, pas seulement au Sénégal.’’

 

Le professeur Abdou Karim Farouta, maître de conférences en physique appliquée, également à la retraite va dans le même sens. L’universitaire parle pour certains enseignants recrutés qui sont  ‘’des retraités, sans lien avec l’université sénégalaise, de jeunes docteurs compétents, mais non recrutés localement et une minorité en fonction (moins de 10) qui vont aider à structurer des instituts de formation ou de recherche en Guinée.’’

 

”Il ne s’agit donc pas de départ massif, ni de fuite de cerveaux. Il existe d’ailleurs une coopération dans l’espace CAMES -Conseil africain et malgache pour l’enseignement supérieur, entre la Guinée et le Sénégal, qui permet la mobilité des enseignants’’, insiste le professeur Farouta.

 

Malheureusement, regrette-t-il, ‘’l’information a été mal interprétée, et certains ont diffusé des données sans vérification”. Selon lui, ”il est temps de recentrer le débat et de reconnaître que cette collaboration est au service de l’Afrique”. [APS]

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