Selon la Cellule nationale de traitement des informations financières, il s’agit de « blanchiment de capitaux en lien avec des faits présumés de détournements de deniers publics via des sociétés écrans, des comptes familiaux et des opérations bancaires complexes ». Le dossier - CAS 1 dans le Rapport d’activités 2025 de la CENTIF - a été transmis au Pool judiciaire financier (PJF).
Monsieur K. ressemble à un politicien de moyenne ou grande envergure. Dans le Rapport d’activités 2025 de la Cellule nationale de traitement des informations financières (CENTIF) rendu public le 12 mai 2026 à Dakar, il est également présenté comme un « haut responsable administratif », sans precision de l’entité publique ou parapublique à laquelle il appartient. Cumulativement avec ces fonctions, il est aussi à la tete d’une entreprise de bâtiments et de travaux publics (BTP). Et à ses heures (sans doute) perdues, il préside une « association sportive » dont le nom n’est naturellement pas divulgué dans ledit document.
Si la CENTIF s’est intéressée au cas de Monsieur K., c’est qu’elle a reçu de nombreuses déclarations de soupçons incriminant cette personne politiquement exposée (PEP). Ces éléments d’informations bruts proviennent « de différents établissements financiers » assujettis à la loi de 2024 sur le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme qui leur fait obligation de signaler certains type de flux financiers au gendarme du renseignement financier sénégalais.
321 millions FCFA sur le compte de Monsieur K.
« L’analyse du compte bancaire sur la période 2021-2025 a mis en evidence de nombreux virements en provenance d’administrations publiques et d’établissements parapublics, présentés comme des rémunérations, indemnités ou avantages divers pour un montant total de 321 millions FCFA », note le rapport.
La CENTIF affirme également avoir identifié des flux financiers « de près de 60 millions FCFA » à travers « des remises récurrentes de chèques ». Une partie de ces chèques a été émise « par des responsables de structures publiques dans lesquelles (Monsieur K.) exerçait ou avait exercé des fonctions de direction ». D’autre part, « des montants unitaires et cumulés élevés » ont été relevés sur le compte du responsable administratif avec « des dépôts d’espèces effectués par des tiers ». Mais l’origine de ces fonds n’a pu être déterminée par les enquêteurs.
Si Monsieur K. peut être raisonnablement considéré comme un haut fonctionnaire de l’Etat avec un salaire et des avantages correspondant à son statut, les versements ou virements mensuels tombant dans son compte bancaire dépassent « régulièrement les niveaux habituellement attendus au regard du profil déclaré du titulaire », note la CENTIF qui parle d’une « intensification notable » du fonctionnement dudit compte bancaire « au cours de l’année 2025 ».
« Au débit, il a été relevé des retraits en espèces de montants importants, parfois rapprochés dans le temps, des paiements par carte bancaire à l’étranger, notamment dans des commerces de luxe, ainsi que l’emission de chèques au profit du titulaire lui-même et de sociétés liées à son environnement familial », rapporte le renseignement financier.
Entreprise familiale aux basques de l’Etat
Dans le cas d’espèce, il semble que la CENTIF ait débusqué les traces d’une opaque entreprise familiale fonctionnant sur le principe de la captation de marchés publics par le trafic d’influence.
« L’analyse croisée des flux (d’argent) a (…) fait apparaitre des liens financiers étroits entre le compte personnel de Monsieur K. et le compte professionnel de SIGMA SARL, société officiellement active dans le secteur des prestations de services et majoritairement détenue par Madame K., son épouse », lit-on dans le rapport.
76,5 millions FCFA, c’est le montant des virements et remises de chèques partis du compte personnel de Monsieur K. pour renflouer celui de SIGMA SARL contrôlé par Madame K. Les deux comptes cohabitent dans le même établissement bancaire.
Le compte de la femme du politicien a aussi reçu « des versements frequents en espèces pour un montant cumulé élevé sans justificatifs commerciaux correspondants ainsi que des encaissements en provenance » de deux autres entités aux mains de Monsieur K. : l’association sportive dont il est le président et la société de BTP dont il est le propriétaire.
Au nom de la présomption d’innocence, l’identité du couple et de ses associés est pour le moment protégée. Les enquêtes judiciaires qui devraient être lancées par le PJF sur la base des investigations initiales de la CENTIF ne manqueront pas de mettre des noms sur les visages de ces présumés délinquants financiers.