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Quand la Constitution commande la reddition des comptes (Par Mama Ndiaw GOUMBALÉ)

Samedi 10 Octobre 2026

L’Histoire de notre Nation se trouve à la croisée des chemins, à l'heure où le pacte républicain exige d'être purgé des ombres de l'incurie et de la complaisance. Pendant de trop longues décennies, notre architecture institutionnelle a semblé frappée d'une atonie mortifère, laissant le champ libre à une culture endémique de l'impunité. Les deniers publics, qui constituent le substrat de notre solidarité nationale et le levier de notre développement, ont été trop souvent confisqués par une minorité s'arrogeant le privilège toxique d'évoluer dans les angles morts de la loi. Face à ce naufrage de la probité, face à ce cynisme qui a érigé le détournement en norme, il est aujourd'hui de notre devoir civique et patriotique de saluer le sursaut historique de l'Assemblée nationale, à sa tête Monsieur Ousmane SONKO.

Lorsque nos députés, transcendant les clivages partisans et les loyautés éphémères, décident d'arracher le Parlement à sa léthargie pour exercer la plénitude de leurs prérogatives, ils n'honorent pas seulement un mandat : ils sauvent la République de la déliquescence.

 

Ce réveil de l'institution parlementaire, magnifié par l’activation rigoureuse et systématique des commissions d'enquête, est infiniment plus qu'une simple péripétie administrative. Il s'agit d'une véritable catharsis démocratique qui puise sa force et sa légitimité dans le roc de notre Loi fondamentale. 

 

C'est en se réappropriant la substance même de l'article 3 de notre Constitution — lequel rappelle avec une clarté marmoréenne que la souveraineté nationale appartient exclusivement au peuple qui l'exerce par ses représentants — que nos députés ont cessé d'être les spectateurs passifs de la gestion publique. En traquant les dérives financières, les conflits d'intérêts et les abus de pouvoir, la représentation nationale ne s'abaisse nullement à la joute politicienne ; elle restitue à la souveraineté populaire son bras armé et sa dignité.

 

Cette dynamique implacable de reddition des comptes s'inscrit au cœur de l'équilibre des pouvoirs, ultime rempart que les pères fondateurs de nos démocraties ont érigé contre la tyrannie et l'arbitraire. En actionnant le puissant levier de l'article 85 de la Constitution, qui consacre formellement le contrôle de l'action gouvernementale et la constitution de commissions d'enquête, le pouvoir législatif refuse définitivement le rôle avilissant de chambre d'enregistrement. Quiconque administre les ressources de l'État, du sommet de l'appareil exécutif jusqu'au dernier de ses démembrements, doit désormais intégrer une réalité incontournable : il agit sous le regard critique, indépendant et inquisiteur de la représentation nationale. Ce contrôle ne relève pas de la défiance institutionnelle, il est la respiration même de l'État de droit. Une administration qui ne rend pas de comptes est une administration qui trahit.

 

Cependant, nous devons regarder la vérité en face : cette audace parlementaire demeurerait tragiquement vaine si elle ne devait aboutir, comme ce fut trop souvent le cas dans notre histoire récente, qu'à l'empilement de rapports d'audit voués à moisir dans les antichambres de l'oubli. L'enquête parlementaire n'est que la première étape d'une reconquête morale ; elle lève le voile sur la forfaiture, mais c'est à la justice qu'il revient de frapper. C'est ici que l'article 88 de notre Constitution, érigeant l'indépendance absolue du pouvoir judiciaire face à l'exécutif et au législatif, prend toute sa dimension sacrée. Les conclusions de ces commissions d'enquête doivent impérativement fournir la matière première d'une action publique vigoureuse. Il appartient désormais à nos magistrats de trancher, de requérir et de condamner, avec la rigueur aveugle que requiert le principe d'égalité de tous devant la loi.

 

Car ne nous y trompons pas : la corruption et l'impunité ne sont pas de simples infractions comptables, ce sont des crimes contre notre avenir. Chaque franc détourné est une offense directe faite à la nation. C’est le dispensaire rural dépourvu de médicaments, c’est la salle de classe surpeuplée où s'étiole l'avenir de nos enfants, c’est l'infrastructure vitale qui ne verra jamais le jour, c'est cette jeunesse désespérée qui finit par braver les océans parce qu'on lui a volé son horizon. La corruption tue l'espérance à petit feu et fracture le contrat social.

 

C'est pourquoi nous adressons aujourd'hui nos félicitations les plus appuyées à la représentation nationale pour ce pas décisif franchi au nom de l'intérêt supérieur de la Nation. Mais ce satisfecit ne doit pas endormir notre vigilance. Le peuple doit demeurer une vigie intransigeante. Le combat pour la transparence, la bonne gouvernance et la dignité républicaine est une guerre d'usure qui ne fait que commencer. Que l'ère des intouchables soit définitivement révolue, que l'épée de la justice s'abatte sur les fossoyeurs de notre économie, et que la Constitution demeure, aujourd'hui et pour les générations à venir, notre unique et indéfectible boussole.

 

Mama Ndiaw GOUMBALÉ

Élève greffier, Maître en Droit Public général


Source : Ma revue de presse
 
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