Les populations Bassari, Koniagui, Foulani, etc viennent d’exprimer leur opposition à l’abrogation du nom, Kongori, de leur quartier pour préserver la mémoire collective, la reconnaissance de leur antériorité présentielle et l’hommage à une femme dont l’histoire est intimement liée à la naissance de ce lieu.
En effet, Kongori est une femme en situation de handicap, issue de la nationalité Bassari fondatrice de ce village devenu quartier par extension urbaine, elle fut l’actrice du défrichement et de la mise en valeur de l’espace, symbole donc de courage, de résilience et de détermination qui a transformer le lieu-dit et fédérer sa communauté pour laquelle elle est une mémoire vivante et qui lui confère le statut d’un repère identitaire et culturel.
Son parcours illustre la capacité à transformer un espace et à fédérer une communauté autour de son action. En ce sens, Kongori incarne une mémoire vivante et un repère identitaire.
La mobilisation communautaire populaire contre le changement du nom de Kongori en Darou Salam et le refus administratif de donner officiellement le nom de Kongori est un déni de reconnaissance culturelle, mémorielle et sociale qui pose la question plus large du processus de naissance des nations par inclusion démocratique des nationalités appelées « ethnies » dans le cadre des micro-Etats néocoloniaux nés de la double balkanisation (celle de la conférence de Berlin de 1884/85 et celle de la loi cadre de 1956 en ce qui concerne l’AOF/AEF) de l’Afrique par la colonisation et l’oppression impérialiste.
Dans le sillage de la décolonisation des noms de rues, places, écoles, l’État souverainiste doit donc stopper cette remise en cause du nom de Kongori et donner entièrement satisfaction à la légitime revendication de la nationalité Bassari.
L’alternative démocratique souverainiste que constitue l’arrivée au pouvoir de Pastef doit rompre le cycle néocolonial des inégalités culturelles, linguistiques, religieuses subies par des minorités nécessaire à l’avènement de la nation sénégalaise et à sa marche vers l’unité panafricaine des peuples, des nations et des États.
Pour conquérir la souveraineté nationale dans une optique panafricaine, Pastef ne peut échapper à l’élaboration d’une politique démocratique sur la question des nationalités sénégalaises, banc d’essai de la mise en œuvre d’une politique démocratique panafricaine par cercle concentrique de proximité des peuples, nations et États.
Des communistes africains, Lamine Arfan Senghor (Sénégal) et Tiémoko Garang Kouyaté (Mali), qui étaient en relation avec l'Internationale Communiste (Komintern) ont prévu dans les années 1930 que l'indépendance politique formelle que les impérialistes pouvaient concéder ne résoudrait pas le problème de l'unité des différents peuples que les impérialistes ont « forcé au mariage » dans un cadre territorial artificiellement créé après les avoir divisés et encore moins l'unité de tous les peuples d'Afrique.
C'est ainsi qu'en ce qui concerne notre ouest-africain, Tiémoko Garang Kouyaté a lancé un « Appel aux peuples du Sénégal et du Soudan » dans lequel on peut lire : « Nous luttons pour le droit DES PEUPLES du Sénégal à disposer d'eux-mêmes en rendant le Sénégal indépendant de l'empire français et en formant un État national indépendant DES PEUPLES du Sénégal, Selon LES PRINCIPES FÉDÉRATIFS, PAR L'ALLIANCE LIBRE DES PEUPLES LIBRES ». C'est cette position que nous devons mettre de l'avant aujourd'hui, comme la seule position démocratique conséquente pour forger la nation sénégalaise, la seule position de lutte contre les frictions nationales entre les nationalités composant nos nations en devenir, pour une union librement consentie des nationalités dans nos micro-Etats, puis des peuples d’Afrique.
Pour rompre avec les stigmates délétères du néocolonialisme, Pastef doit, sur la « crise casamançaise » qui perdure depuis 1982, prendre le chemin indiqué par Lamine Arfan Senghor et Tiémoko Garan Kouyaté en mettant en œuvre une approche qui fait de sa résolution démocratique une opportunité pour aller vers l’union démocratique panafricaine avec la Gambie et la Guinée Bissau, étape vers l’unité panafricaine ouest-africaine.
Une telle approche innovante exige : - la levée des mandats d’arrêts contre tous les dirigeants civils et militaires du MFDC – la libération de tous les prisonniers politiques casamançais – l’ouverture d’un dialogue pacificateur avec le MFDC faisant de la Casamance la clef de l’union à égalité avec la Gambie et la Guinée Bissau.
15/04/26
Diagne Fodé Roland