« Plus de Dembélé, moins de barbelés. » En ces temps de Coupe du monde, le mot d’ordre s’affiche sur une des pancartes brandies pendant la manifestation contre le racisme organisée à Paris, dimanche 21 juin. Sous un soleil de plomb, lors de la plus longue journée de l’année, plusieurs milliers de personnes ont dit non à la xénophobie et à l’extrême droite, dans la capitale, suivant un trajet ralliant Barbès-Rochechouart au boulevard Magenta.
Dans le cortège, les élus insoumis sont venus nombreux : parmi eux, Rima Hassan, Manuel Bompard, Mathilde Panot, Clémence Guetté, Aurélie Trouvé et Jean-Luc Mélenchon.
« C’est une marche pour revendiquer notre attachement viscéral à la République, et dire à tous ceux qui veulent mettre un coup de canif à ces valeurs que nous sommes à l’avant-poste », a résumé Bally Bagayoko, le maire LFI de Saint-Denis.
« Le racisme ne recule pas seul, les discriminations non plus. Elles avancent quand on détourne le regard », a affirmé l’élu insoumis devant la foule, au début de la marche.
Car la manifestation de dimanche s’inscrit dans la lignée de celles organisées après les municipales et la victoire de plusieurs maires issus de l’immigration, dont Bally Bagayoko, son élection ayant provoqué un déferlement raciste dans les médias du milliardaire d’extrême droite Vincent Bolloré… mais pas seulement.
Le nouveau maire de Saint-Denis s’était retrouvé à devoir se justifier de propos qu’il n’avait tout simplement pas tenus. « Mais avant moi, il y en a eu d’autres et, après moi, il y en aura d’autres », a-t-il précisé, accompagné, pour cette marche, des nouveaux maires du Blanc-Mesnil, Demba Traoré, et d’Aubervilliers, Sofienne Karroumi.
Assa Traoré, la sœur d’Adama Traoré, mort dans une gendarmerie du Val-d’Oise – cela fera dix ans le 4 juillet prochain – était là pour en témoigner : « Nous appelons à la fraternité. Ce n’est pas juste un mot à la mode, mais un mot qu’on doit prendre avec urgence car toutes les vies se valent, toutes les vies comptent ».
La lutte contre le racisme et l’antisémitisme ne peut et ne doit être une lutte simplement catégorielle, ont rappelé les organisateurs. À ce titre, Nathalie Tehio, la présidente de la LDH, a souligné que les politiques d’exclusion portées par l’extrême droite « aboutissent progressivement à l’exclusion de toutes les minorités » et menacent in fine les droits des femmes. « Tous les droits sont universels et indivisibles », a-t-elle dit.
« Si le RN arrive au pouvoir l’année prochaine, quand ils en auront fini avec les migrants, ce sera au tour des Français précaires, des chômeurs… personne ne va s’échapper ! », a mis en garde Sissoko, du collectif de la Marche des solidarités.
Pour Bally Bagayoko, la lutte contre le racisme est « la mère des batailles », et doit être « un enjeu majeur de la campagne présidentielle ». LFI a largement investi le cortège. Celui-ci débouchait place de la République, où était organisé son « concert antiraciste » pour la Fête de la musique, finalement autorisé par le tribunal administratif, au grand dam de la préfecture, qui souhaitait l’interdire. [Press TV]