L'Assemblée nationale a rejeté mercredi les motions de censure déposées par La France insoumise et le RN contre le gouvernement de Sébastien Lecornu pour protester contre la signature samedi du traité de libre-échange entre l'Union européenne et des pays latino-américains du Mercosur.
Malgré l'opposition unanime de la classe politique à l'accord, la motion LFI a obtenu 256 voix, et celle du RN 142, quand 288 étaient nécessaires.
Le RN et son allié l'UDR, LFI, la majorité des écologistes et des députés du groupe communiste ont voté celle des Insoumis, la droite et le PS refusant de s'y associer.
Si la France a voté contre la signature de l'accord la semaine dernière, l'extrême droite et la gauche hors PS ont dénoncé une "opposition de façade" ayant échoué à faire barrage à l'accord.
Le Premier ministre a lui fustigé "les tireurs couchés" qui "tirent dans le dos de l'exécutif" avec des motions de censure alors que le pays doit "affronter des dérèglements internationaux".
"Pendant des années, non seulement vous ne vous êtes pas opposés à cet accord, mais vous l'avez soutenu", a fustigé la cheffe des députés Insoumis, Mathilde Panot, dans une motion dénonçant plus largement la politique de l'exécutif, accusé de propager une "ruine (...) économique" mais aussi "morale".
L'oratrice du Rassemblement national, Hélène Laporte, a elle critiqué un accord dont l'agriculture française sera "la grande perdante" et sur lequel le président de la République a selon elle multiplié les "déclarations contradictoires".
"Depuis un an, le Rassemblement national le martèle, la France doit saisir la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) concernant la scission de l'accord manifestement contraire au mandat de négociation" et qui a permis de "soustraire la partie commerciale de l'accord à la règle de l'unanimité", a-t-elle jugé.
Des critiques balayées par M. Lecornu, rappelant l'opposition de la France au traité et accusant LR et LFI de nourrir la "division" quand toute "l'équipe de France" devrait tirer dans le même sens pour convaincre le Parlement européen de s'y opposer.
- "Dernier kilomètre" -
Les eurodéputés doivent voter le 21 janvier sur une éventuelle saisine de la Cour de justice de l'Union européenne. Ce scrutin est distinct du vote final du Parlement sur l'ensemble de l'accord, qui n'est pas attendu avant le mois de février au plus tôt.
"Dans ce dernier kilomètre, le temps n'est pas à la division, le temps n'est pas à tergiverser, le temps est à l'unité dans le combat", a souligné le député PS Dominique Potier. Les socialistes ont écrit mercredi à M. Lecornu pour lui demander "d'entamer des démarches de saisine" de la CJUE pour en recueillir l'avis préalable.
"Faire tomber un gouvernement dans cette période serait prendre la décision d'affaiblir la France encore un peu plus", alors que "nos agriculteurs ont besoin de visibilité" et les entreprises de "stabilité", a fait valoir Ian Boucard (LR).
Des représentants du monde agricole, qui avaient manifesté en nombre mardi devant l'Assemblée nationale, se sont retirés de la capitale mercredi matin après avoir pour certains passé la nuit devant ses grilles. Au milieu d'autres concessions, le Premier ministre leur a notamment promis une nouvelle loi d'urgence agricole devant être examinée "avant l'été".
Le rejet de ces motions va permettre de laisser place à la discussion budgétaire, sur laquelle le gouvernement est toujours à la recherche d'un compromis sur le fond avec le PS, clé de sa survie. [AFP]