Les services de renseignement espagnols soupçonnent le Maroc d’avoir pu accéder à Graphite, un logiciel espion développé par la société israélienne Paragon Solutions et présenté comme le successeur technologique de Pegasus. Aucune preuve publique ne confirme toutefois à ce stade que Rabat possède ou utilise cet outil, réputé difficile à détecter.
Les craintes liées à l’espionnage des téléphones de responsables espagnols n’ont pas disparu. Selon le média espagnol The Objective, des sources assurant la sécurité de l’État estiment que le Maroc pourrait avoir eu accès au cours de l’année 2026, voire dès fin 2025, à Graphite, un logiciel espion développé par la société israélienne Paragon Solutions.
Graphite est considéré comme l’un des outils les plus sophistiqués de la nouvelle génération de logiciels espions. Il peut notamment exploiter des attaques dites « zero-click », permettant de compromettre un appareil sans que son utilisateur n’ouvre un lien ou n’effectue une quelconque action. Des analyses techniques ont notamment établi l’utilisation de Graphite contre des journalistes et des militants en Italie.
Selon les sources citées par The Objective, l’inquiétude espagnole tient également au fait qu’un éventuel accès à Graphite serait particulièrement difficile à détecter sans disposer des outils nécessaires pour identifier ses activités. Le quotidien rapporte que les services espagnols craignent ainsi une éventuelle surveillance de téléphones appartenant à des membres du gouvernement ou à de hauts responsables.
Une suspicion, pas de confirmation
Les mêmes sources estiment que Rabat et Paragon Solutions auraient pu entrer en contact en vue d'un éventuel accès au logiciel, avec l'approbation nécessaire d'Israël. Elles situent cette possibilité à la fin de 2025 ou courant 2026 et l'associent notamment au renforcement de la coopération militaire entre le Maroc et Israël.
Cette information reste toutefois à ce stade une hypothèse des services espagnols. Aucun élément technique, contractuel ou financier rendu public ne permet de confirmer que le Maroc a acquis ou utilise Graphite. Rabat ne figure pas non plus parmi les utilisateurs de l'outil publiquement identifiés à ce jour.
Le précédent Pegasus
Les inquiétudes espagnoles s'inscrivent dans le prolongement de l'affaire Pegasus : en 2021, les téléphones du Premier ministre Pedro Sánchez et de plusieurs membres de son gouvernement avaient été infectés par ce logiciel espion. Le Maroc avait été accusé d'être à l'origine de certaines opérations, ce qu'il a toujours démenti.
Ce précédent nourrit aujourd'hui les craintes de Madrid face à l'éventuelle acquisition par Rabat de technologies plus récentes. Graphite a déjà été identifié dans plusieurs opérations de cyberespionnage, notamment contre des journalistes et des militants en Italie. Les autorités judiciaires italiennes ont confirmé en 2026 que plusieurs personnes avaient été ciblées par ce logiciel en décembre 2024.
De son côté, Paragon Solutions a également fourni sa technologie aux autorités américaines. L'agence américaine de l'immigration et des douanes (ICE) a confirmé en avril 2026 avoir acheté et utilisé des logiciels de l'entreprise dans des enquêtes liées au trafic de drogue. [Press TV]