RABAT — L'annonce de l'élévation des représentations diplomatiques entre le Maroc et Israël au rang d'ambassades a ravivé la contestation dans la rue marocaine. À la suite de l'accord conclu à New York le 16 septembre 2026 sous l'égide des États-Unis, des milliers de manifestants se sont rassemblés à travers tout le royaume pour dénoncer une ligne rouge franchie par le pouvoir politique et exiger la rupture immédiate des Accords d'Abraham.
Une décision diplomatique hautement symbolique
Jusqu'alors limitées à de simples bureaux de liaison réouverts fin 2020, les relations diplomatiques entre Rabat et Tel-Aviv franchissent une étape structurante. Cet « Acte II » de la normalisation prévoit l'installation formelle d'ambassadeurs et l'ouverture d'ambassades de plein exercice dans les capitales respectives, tout en renforçant les accords bilatéraux en matière de sécurité, de technologie et de transport aérien.
Si cette décision concrétise un engagement théorique vieux de plusieurs années, son officialisation en pleine période de vives tensions régionales au Proche-Orient a déclenché une onde de choc au sein des organisations pro-palestiniennes et de la société civile marocaine.
Manifestations dans plus de 45 villes et répression
Dès le vendredi 25 septembre 2026, la réaction populaire s'est matérialisée par une vague de mobilisations synchronisées. À l'appel du Front marocain de soutien à la Palestine et contre la normalisation ainsi que du Espace marocain des droits de l'Homme, plus de 70 rassemblements ont été répertoriés à travers le pays :
À Marrakech et Tanger : Des rassemblements nocturnes massifs ont réuni des milliers d'habitants venus rejeter publiquement l'implantation de l'ambassade israélienne sur le sol national.
Dans le reste du royaume : De Casablanca à Fès en passant par Agadir, les slogans ont convergé sur le même mot d'ordre : « Non à l'ambassade sioniste au Maroc » et « Rupture immédiate des accords ».
Face à cette vague de contestation populaire, les autorités marocaines ont progressivement durci leur dispositif sécuritaire afin de contenir les rassemblements. Les forces de l'ordre sont intervenues avec violence pour disperser plusieurs marches, notamment aux abords des sièges parlementaires et administratifs dans les grandes métropoles comme Tanger ou Rabat.
Plusieurs dizaines d'interpellations ciblées ont été signalées parmi les figures militantes et les jeunes manifestants, selon les organisations locales des droits de l'homme.
Un grand écart stratégique et politique pour Rabat
Cette contestation sociale remet en lumière le délicat équilibre maintenu par la diplomatie marocaine :
La pression de l'opinion publique : Alors que le roi Mohammed VI préside le Comité Al Qods, l'opinion publique marocaine reste profondément attachée à la cause palestinienne. L'accélération du calendrier diplomatique crée un fossé grandissant entre les impératifs de la politique étrangère de l'État et le sentiment d'une part significative de la population.
Bien que le gouvernement n'ait pas annoncé de calendrier précis pour l'inauguration physique des locaux, la pression populaire exercée dans les rues du royaume pourrait complexifier le déploiement opérationnel des nouveaux ambassadeurs.