De longues files d’attente pour un scrutin sans grand suspense : les Éthiopiens votent massivement depuis l’aube lundi pour des législatives auxquelles une large victoire semble acquise au Parti de la Prospérité (PP) du premier ministre sortant Abiy Ahmed, candidat à sa propre succession.
Après de premières années de pouvoir porteuses d’espoirs d’ouverture qui lui ont notamment valu le Nobel de la paix en 2019, M. Abiy, chef de l’exécutif depuis 2018 est de plus en plus critiqué à l’étranger pour son autoritarisme et sa répression des voix dissidentes.
« L’Éthiopie ne sera plus la même dans cinq ans. Les cinq années à venir seront une période de transformation historique pour notre nation », a déclaré le premier ministre après avoir voté tôt dans son village natal de Beshasha, dans l’État régional de l’Oromia (centre), le plus peuplé du pays.
« Pour y parvenir, il faudra encore plus de détermination, de sacrifices et d’efforts que par le passé », a-t-il ajouté.
Addis Abeba, le 1er juin 2026, jour de vote aux législatives éthiopiennes
Le deuxième pays le plus peuplé d’Afrique (130 millions d’habitants) affiche l’une des économies les plus dynamiques du monde depuis le début des années 2000. Malgré un ralentissement depuis 2020, le PIB a crû de 9,2 % en 2025. Mais l’inflation reste élevée, la dette publique massive, le pays enclavé est essentiellement importateur et près de 40 % de la population vit sous le seuil de pauvreté.
Une partie des ambitieuses réformes économiques portées par M. Abiy sont restées lettre morte.
Un peu plus de 50 millions d’électeurs sont appelés aux urnes dans quelque 48 000 bureaux de vote.
Dans un pays où les citoyens sont étroitement surveillés, de longues files d’électeurs s’étendent devant plusieurs bureaux de vote d’Addis Abeba, installés sous des tentes surmontées du drapeau éthiopien, selon des journalistes de l’AFP.
À Beshale Katla, quartier populaire du nord-est de la capitale fédérale, des électeurs disent patienter depuis 2 h du matin, quatre heures avant l’ouverture du scrutin à 6 h.
« Expérience formidable »
Les Éthiopiens votent pour les législatives fédérales et pour élire les Parlements régionaux.
Ragasa Bacha, travailleur indépendant de 23 ans, qui a fait la queue plusieurs heures avant de voter pour la première fois, décrit à l’AFP « une expérience formidable », montrant son doigt marqué d’encre indélébile attestant qu’il a voté.
L’issue du scrutin fait peu de doute, le PP, qui détient 96 % des sièges de la Chambre des représentants du Peuple (HoPR) sortante, file vers une nouvelle large victoire et son chef Abiy Ahmed vers un nouveau mandat de premier ministre.
Dans une récente note, le centre de réflexion Chatham House décrit cette élection comme « l’une de celles donnant lieu à la plus faible compétition » depuis l’instauration du multipartisme en 1991 et souligne que depuis cette date, le but des élections a été de « renforcer le pouvoir du gouvernement en place, plutôt que d’offrir aux Éthiopiens de véritables choix politiques pluriels ».
Les bureaux doivent fermer à 18 h et les résultats sont attendus une dizaine de jours plus tard.
Plus de 40 partis d’opposition, sans moyens financiers, affrontent l’hégémonique PP, mais aucun n’est présent dans l’essentiel des circonscriptions.
En outre, de nombreux opposants « ne participeront pas aux élections », souligne Chatham House, car « certains sont en exil, d’autres interdits de séjour, d’autres emprisonnés », et d’autres ont opté pour la lutte armée.
Derrière le PP, qui n’aura aucun adversaire dans 64 circonscriptions, le parti Ezema est le mieux représenté et n’aura qu’environ 300 candidats sur les 501 circonscriptions en lice.
« Nous avons fait de notre mieux », a déclaré le patron d’Ezema Eyob Mesfin après avoir voté, affirmant que son parti – qui dispose d’un portefeuille dans le gouvernement sortant – reconnaîtrait les résultats si « le processus est démocratique, équitable et libre ».
Accès difficile
La chambre basse fédérale compte 547 députés élus à travers les 12 États régionaux. Mais comme il y a cinq ans, le scrutin ne sera pas organisé dans celui, septentrional, du Tigré (38 sièges) en raison de tensions persistantes entre autorités régionales et fédérales et parce que plus d’un million de personnes y sont toujours déplacées à la suite du conflit qui y a fait rage entre 2020 et 2022.
Huit circonscriptions de l’État régional de l’Amhara sont également privées de vote pour des raisons de sécurité.
Malgré les menaces sur le scrutin dans plusieurs zones de l’Oromia et de l’Amhara, les deux États régionaux les plus peuplés, ravagés par des conflits armés, aucun incident notable n’a pour l’heure été signalé.
Mais l’accès à ces zones reste difficile, voire impossible, pour les observateurs indépendants et les accréditations délivrées aux médias internationaux ont été très limitées, dans un pays où les médias indépendants font l’objet d’une répression croissante. [AFP]