Le président Abdelmadjid Tebboune charge la France

Dimanche 8 Février 2026

Abdelmadjid Tebboune

Sans la nommer, le président algérien Abdelmadjid Tebboune a accusé la France d’avoir mené une campagne contre son pays. « En toute démocratie, je ne réponds pas en ce qui concerne la France», a-t-il déclaré lors d'une interview diffusée samedi soir par la Télévision publique algérienne.

 

Poursuivant, il a exprimé tout son respect à Mme Ségolène Royal (présidente de l'Association France-Algérie), qui a récemment effectué une visite en Algérie, la félicitant pour « son courage, son honnêteté intellectuelle et sa franchise ». « Elle est la bienvenue », a-t-il ajouté. Abdelmadjid Tebboune a ensuite fait une série d'allusion à la France et à son attitude à l'égard de son pays, depuis l'indépendance de l’Algérie.

 

Il a évoqué notamment les relations économiques entre l’Algérie et l’Union européenne. Sans la citer nommément, il a accusé la France de bloquer les discussions entre les deux parties et de « mener une guerre » économique contre l’Algérie. Il a notamment mentionné le récent exemple de l’exportation vers l’Europe du rond à béton algérien. « Nous avons de bonnes relations avec les pays, notamment avec nos amis italiens, espagnols, allemands, et d’autres pays. Mais il y a certains pays qui incitent à la haine contre l’Algérie, en croyant que nous allons succomber à ces méthodes viles», a-t-il dénoncé.

 

« L’UE attribue à l’Algérie un quota pour chaque trimestre, quantité qui est totalement consommée en 12 jours, alors que 85 % des achats de l’Algérie proviennent d’Europe et que normalement il y a du libre-échange », a-t-il rappelé. Poursuivant, il précise que pour toutes ces raisons, l'Algérie "a demandé la renégociation de l’accord d’association". « En réalité, il y a un consensus, moins un (moins un pays)», a souligné Tebboune en faisant toujours allusion à la France, qu’il accuse, sans la nommer, de «répéter ses erreurs avec l’Algérie ».

 

Abdelmadjid Tebboune a rappelé, ce faisant, l’embargo français contre le vin algérien au lendemain de l’indépendance, ce qui a obligé l’Algérie à « arracher ses vignobles » et à les remplacer par d’autres cultures comme les céréales.

 

« Après l’indépendance, ils nous ont laissé des usines de fabrication de boissons alcoolisées à Médéa, Oran, Tlemcen… Ensuite, ils ont décidé de ne plus acheter le vin algérien dans l’objectif de nous faire regretter notre indépendance. Le président Boumediene a ordonné l’arrachage des vignobles. Ils ne veulent pas comprendre qu’il ne faut pas faire du chantage à l’Algérie », a-t-il déclaré.

 

Et d’enchaîner : « C’est bizarre, avec les grands, on s’entend ». Répondant à une question sur l’éventuelle visite du ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez et ses déclarations, il a expliqué : « C’est une déclaration qui le concerne, elle ne me concerne pas. S’il veut venir, il est le bienvenu ».

 

Abordant la question concernant le dispositif exceptionnel mis en place pour le retour des ressortissants algériens en situation irrégulière et de fragilité, s’il concernait les Algériens frappés d’une OQTF en France, le président Tebboune a dit non. « Le problème des OQTF concerne les pays d’accueil », a-t-il dit.

 

« Pour les OQTF, nous les avons refusées à un ministre (Bruno Retailleau, ndlr) parce qu’il se permettait de prendre des Algériens, que j’ai juré de protéger, de les mettre dans un avion et de les renvoyer en Algérie. Ces Algériens ont des droits. Ils vivent en France depuis 10 à 15 ans. Il faut respecter leurs droits. Si la justice ordonne leur expulsion, il y a un recours. Nous avons des accords qui régissent cela. L’Algérie doit être informée, le consul doit rendre visite à la personne frappée d’une OQTF… Si tout est en règle, il signe le laisser-passer », a-t-il expliqué, affirmant que « celui qui veut humilier ou ridiculiser l’Algérie n’est pas encore né ». [AA]

 
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