Le port minéralier et vraquier de Bargny-Sendou, attendu comme un levier majeur de transformation économique, affiche déjà clairement ses ambitions, à mesure que ses infrastructures continuent de se déployer dans le département de Rufisque (ouest).
Sous le ciel bien dégagé de ce début d’après-midi, ses installations s’étendent à perte de vue. Elles témoignent d’une réelle ambition industrielle.
C’est dans ce décor en pleine mutation, balayé par un vent modéré, qu’une visite guidée a été organisée, mardi, au profit du sous-secrétaire d’État adjoint du bureau des Affaires africaines du département d’État américain, Richard Michaels.
Sur un site de 480 hectares, le port se déploie en plusieurs zones fonctionnelles. La plus vaste, la zone industrielle, aligne une centaine de parcelles de deux hectares chacune, destinées aux céréales, aux minerais et aux oléagineux. Une route de 10,8 mètres marque la frontière avec la zone minière, tandis qu’un rond-point structure l’espace en séparant les flux : d’un côté les minerais, de l’autre les produits agricoles.
Dans cette zone déjà animée, plusieurs entreprises se sont déjà installées : les Industries chimiques du Sénégal, les cimentiers Dangote et Sococim Industries, etc. Leur présence démontre l’attractivité du site pour le secteur extractif et d’autres spécialités industrielles.
La délégation accompagnant Richard Michaels marque une pause au terminal céréalier, construit par une société marocaine sur une superficie de quatre hectares. Ici, tout est pensé pour optimiser la chaîne logistique.
À l’arrivée des cargaisons, les céréales sont déchargées dans des fosses, puis acheminées vers une tour centrale à l’aide d’élévateurs, avant d’être mises dans des silos ou des hangars, selon les besoins.
Le complexe peut stocker 80 000 tonnes de produits. Une unité de séchage complète le dispositif de traitement des produits humides, avant leur conservation.
‘’C’est un système intégré qui permet de sécuriser toute la chaîne de traitement’’, explique un technicien.
Une capacité de déchargement de 1 200 tonnes de minerais par heure
Ce projet portuaire est le fruit d’un partenariat public-privé impliquant l’État du Sénégal et la société Senegal Minergy Port, un regroupement d’investisseurs sénégalais, indiens et américains, signe de l’ouverture du Sénégal aux capitaux étrangers.
Richard Michaels, accompagné d’agents de l’ambassade des États-Unis d’Amérique au Sénégal, dont la cheffe de la mission diplomatique, Jennifer Davis Paguada, met ensuite le cap sur la zone des hydrocarbures, où s’alignent d’imposants réservoirs métalliques. Cinq dépôts d’une capacité globale de 400 000 mètres cubes y sont implantés.
À terme, le site ambitionne de devenir le plus grand pôle de stockage d’hydrocarbures du pays. Il va centraliser des capacités aujourd’hui dispersées.
Selon Mamadou, le technicien servant de guide aux visiteurs, plusieurs opérateurs se partagent cet espace. Il cite Oryx Energies, Vivo Energy et TéranGaz Sénégal, une entreprise liée au groupe ITOC SA du défunt homme d’affaires sénégalais Abdoulaye Diao, dit Baba, décédé en 2024, à l’âge de 77 ans.
L’entrepôt de la Compagnie d’entreposage et de distribution du Sénégal, une filiale du groupe Afriquia, attire particulièrement l’attention. Avec ses quatre réservoirs totalisant 80 000 mètres cubes, il dispose également d’équipements de sécurité avancés, dont un système anti-incendie à mousse, des réserves d’eau et des murs de rétention conçus pour contenir d’éventuelles fuites. Au cœur du dispositif, une chambre à vannes joue un rôle stratégique.
‘’C’est ici que s’opère la distribution des produits vers les entrepôts, selon les besoins des clients. Tout est automatisé et sécurisé pour éviter les pertes et les risques’’, souligne un responsable technique.
La visite s’est poursuivie vers la jetée, une véritable colonne vertébrale du port. D’une longueur de 1 485 mètres, cette structure mixte en béton et en acier s’avance dans l’océan pour rejoindre un quai de 360 mètres. Capable d’accueillir simultanément deux gros navires, il est considéré comme un atout logistique majeur.
Destiné aux produits secs, ce quai est complété d’un second, qui est réservé aux hydrocarbures. Sur place, des grues suceuses entrent en mouvement pour aspirer les cargaisons directement dans les cales des navires, avant de les transférer vers des convoyeurs.
Ces longues bandes transporteuses acheminent les marchandises jusqu’à la zone industrielle, où elles sont chargées dans des camions.
Deux circuits distincts sont prévus : l’un, destiné aux céréales, est couvert pour éviter toute contamination, l’autre étant dédié aux minerais, selon le technicien.
Le port de Bargny-Sendou rassure déjà par les promesses qu’il porte
Le port mise sur la performance. Avec une capacité de déchargement de 1 000 tonnes de céréales et de 1 200 tonnes de minerais par heure, il ambitionne de réduire significativement le temps d’escale des navires.
‘’Un bateau peut passer une semaine de déchargement au port de Dakar. Il peut être déchargé ici en seulement deux ou trois jours’’, assure Mamadou.
Les travaux de finalisation du port se poursuivent. L’infrastructure rassure déjà par les promesses qu’elle porte.
‘’Cinq navires ont été accueillis pour des tests, lesquels confirment la fonctionnalité du site, qui est pourtant inachevé’’, signale Mamadou.
À Bargny-Sendou, le chantier reste en mouvement, mais les ambitions sont déjà clairement affichées : faire de ce port une plateforme logistique de référence en Afrique de l’Ouest.
Le port minéralier et vraquier de Bargny-Sendou servira à décongestionner le port de Dakar. Il aura une capacité de traitement de 7 millions de tonnes de produits vraquiers (marchandises en vrac) par an, dès sa première année d’exploitation. Cette capacité devrait passer à 12 millions de tonnes par an dès la troisième année d’exploitation, ensuite à 20 millions de tonnes par an.
Environ 2 600 emplois sont attendus de son exploitation
Ce port en chantier depuis plusieurs années, à une quarantaine de kilomètres de Dakar, sera livré à la fin de 2026, a assuré Alexander Zalocosta, le directeur financier de Senegal Minergy Port. Il a fait cette promesse à la suite d’une audience que le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, lui a accordée en janvier dernier.
Les États-Unis d’Amérique sont en train de mener des discussions avec les autorités sénégalaises pour trouver des financements complémentaires estimés à 400 millions de dollars, environ 220 milliards de francs CFA, afin de boucler les travaux, selon Jake Miner, un attaché commercial de l’ambassade américaine au Sénégal. Il a visité le port en compagnie de Richard Michaels et de l’ambassadrice des États-Unis d’Amérique au Sénégal. [APS]