Le patron de Nestlé a présenté ses excuses pour le rappel volontaire de laits infantiles qui touche une soixantaine de pays, face aux critiques et inquiétudes pour la réputation du géant suisse de l'agroalimentaire.
"Je veux (...) présenter mes sincères excuses pour l'inquiétude et les perturbations que ceci a pu causer aux parents, proches aidants et clients", a déclaré Philipp Navratil, son directeur général, dans une vidéo mise en ligne mercredi sur le site Internet du groupe, dans laquelle il a dit "comprendre" en "tant que parent" lui-même.
"Je tiens à vous rassurer sur le fait qu'aucun cas de maladie liée aux produits touchés n'a été confirmé jusqu'à présent", a-t-il ajouté, insistant sur le fait qu'il s'agissait d'une mesure "de précaution".
La semaine passée, plusieurs des filiales de Nestlé en Europe, notamment en Allemagne, en Italie, en Suède et en France, avaient annoncé un rappel volontaire de certains lots de produits, commercialisés sous des noms différents selon les pays.
Ce rappel avait été lancé en raison de la présence potentielle de céréulide, une substance d'origine bactérienne issue du micro-organisme Bacillus cereus, susceptible de provoquer des troubles digestifs, comme des diarrhées et vomissements.
La liste des produits rappelés s'était allongée au fil de la semaine, déclenchant de vives critiques notamment de l'ONG Foodwatch qui avait reproché à Nestlé de communiquer "au compte-gouttes" sur un produit "sensible".
Dans son message vidéo, M. Navratil est revenu sur le déroulement de ce rappel de produit, précisant que le groupe avait agi "rapidement et de manière transparente" en travaillant "étroitement avec les autorités" de "chaque pays", ce qui expliquait pourquoi "ces rappels ont été annoncés localement, un par un, comme prévu".
"Tous les rappels ont maintenant été annoncés", a-t-il précisé. Mercredi, la liste publiée sur son site comptait une soixantaine de pays.
En décembre, le groupe avait déjà procédé à un rappel de produits en Europe, notamment en France, après la détection d'un incident de qualité dans une usine aux Pays-Bas. Entre-temps, il a découvert que la cause était liée à une matière première venant d'un de ses fournisseurs et a "immédiatement stoppé la distribution de tous les produits affectés", a poursuivi M. Navratil.
- Risque réputationnel -
Nestlé a connu deux années agitées depuis le scandale en 2024 autour de ses eaux en bouteille. Ce rappel de lots de laits infantiles accentue donc la pression sur M. Navratil qui s'est vu confier la direction en septembre après le licenciement de son prédécesseur, à la suite d'une enquête interne concernant une relation amoureuse non déclarée avec une subordonnée directe.
"Cet incident intervient à un mauvais moment pour l'entreprise", a réagi Jon Cox, analyste chez Kepler Cheuvreux, interrogé par l'AFP.
Nestlé ne publie pas le détail de ses ventes dans les laits infantiles, mais selon ses calculs, ils représentent "environ 10%" du chiffre d'affaires du groupe.
"L'impact financier est quelque peu limité", mais "les dommages réputationnels sont importants", prévient l'analyste.
Dans une note publiée la semaine passée, Jean-Philippe Bertschy, analyste de Vontobel, s'était lui aussi inquiété davantage pour la réputation de Nestlé que pour les répercussions financières, "les volumes affectés" ne représentant qu'environ "0,5% du chiffre d'affaires annuel", avait-il quantifié.
Mais ce rappel de produits est "loin d'être rassurant pour les investisseurs", d'autant que les attentes à l'égard de la nouvelle direction "étaient élevées", avait-il souligné.
Mercredi, l'action a regagné 1,80% après la mise en ligne de cette vidéo, à 76,55 francs suisses. [AFP]