Le cas Diomaye !

Lundi 31 Aout 2026

Le Président Bassirou Diomaye Faye

Adversaire intransigeant de ses intimes convictions d’hier. Opposant déterminé à ses solennels engagements de naguère. Les mêmes convictions et engagements vendus aux électeurs sénégalais pour leur arracher en avril 2024 le titre de Président de la République, sous le patronage tutélaire d’Ousmane Sonko. Qui l’eût cru ? C’est pourtant l’image dévastatrice qui colle désormais à la peau du très policé Bassirou Diomaye Diakhar Faye. Comme un tatouage indélébile. Une transformation XXL dont il faudra, un jour, disséquer les origines profondes : politiques, morales, psychologiques. 

 

Si le vagabondage classique de politiciens parvenus au pouvoir est bien connu, de même que leur propension naturelle à se libérer de leurs promesses les plus sacrées, le cas Diomaye, lui, dépasse l’entendement pour devenir une Affaire d’Etat. Durant une dizaine d’années d’opposition, le ci-devant prometteur candidat-présidentiel a pris une part active à l’identification précise des maux de la gouvernance du Sénégal. Ils ont pour nom : corruption systémique, patrimonialisation de l’Etat, captation des ressources de la collectivité nationale par des lobbies scotchés aux basques de l’Etat. Mais aussi : vassalisation outrancière des contre-pouvoirs constitutionnels, détournement légalisé de crédits et fonds dont l’usage est laissé à la discrétion des administrations autonomes de l’Etat, déséquilibre flagrant entre pouvoir exécutif et pouvoir législatif, etc. De là, est née une éthique de l’engagement visant la réforme de l’Etat et de sa gouvernance au service d’une plus grande justice sociale. Mais le choc de la déception est aujourd’hui à la hauteur des ambitions d’hier : même un sujet aussi emblématique que la déclaration de patrimoine à l’entrée et en fin de mission pose problème au chef de l’Etat ! L’ampleur du renoncement est historique.

 

D’un point de vue strictement politique, on peut reconnaitre au Président Bassirou Diomaye Faye toute liberté d’engager une ‘’bataille mortelle’’ contre son ex-mentor Ousmane Sonko. Une bataille de renaissance qui ne saurait être mieux exécutée qu’à partir de la station présidentielle, là où certains sentent le pouvoir, les moyens, l’influence et les résultats. Le chef de l’Etat a sans doute besoin de se construire une trajectoire autonome dont l’un des premiers chapitres narratifs est le lancement de sa formation politique dénommée « Kiiraay - Les patriotes républicains », le parti-appareil de ses ambitions présumées. Cela fait partie du jeu dans une certaine mesure. En revanche, ce qui est moins compréhensible, c’est le choix d’une radicalité sournoise et sans appel qui le coupe de ses racines politiques et l’installe confortablement dans le « Système » qu’il avait combattu jusqu’à atterrir en prison. Au regard de son modeste parcours syndical et politique, cette démarche apparait comme « un défi au bon sens », comme disait Frantz Fanon. 

 

Voilà donc le jeune Président Bassirou Diomaye Faye confronté à la pire équation de sa vie : revenir dans le giron populaire qui l’a porté au pouvoir ou parachever son processus d’intégration et d’assimilation aux forces rétrogrades du « Système » dont le mantra est que rien ne change substantiellement dans notre pays. Dans le premier cas, il le ferait pour lui-même, pour sa postérité, pour son peuple, pour l’Histoire et pour les sacrifices ultimes consentis par des milliers de personnes pour dégager l’ancien régime. Sinon, le chemin existe pour asseoir une coalition avec des démembrements ankylosés du corps politique et social, ceux-là même qui avaient encouragé son incarcération durant neuf mois et qui le soutiennent objectivement aujourd’hui avec étonnamment de complaisance. Une voie pour quelle issue ?

 
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