La loi de Pastef dans la continuité des Assises ! (par Nioxor Tine)

Dimanche 28 Juin 2026

Photo d'illustration

Une analyse de la proposition de loi n°17/2026 portant révision de la Constitution permet de dégager un fil conducteur partant des Assises Nationales, axé sur la réforme des institutions et la quête d'un équilibre des pouvoirs au Sénégal. Elle cite, d’ailleurs, explicitement, dans l’exposé des motifs, la Charte des Assises nationales de 2009, l'Avant-projet de Constitution de la CNRI (2013), de même que le pacte de gouvernance démocratique du Sursaut Citoyen, comme les fondements majeurs de sa réflexion.

 

L'objectif central de la démarche est de rompre avec l'hyper-présidentialisme (noté depuis la crise de 1962). De même, il y a une forte exigence d’interdiction du cumul de la fonction de Président de la République avec celle de dirigeant d’un parti politique en exercice.  Il est également proposé la création d'une Cour Constitutionnelle dotée de plus de compétences pour remplacer l’actuel Conseil constitutionnel

 

C’est dire que les attaques en règle subies par la proposition de loi endossée par le PASTEF ont de quoi surprendre plus d’un, au moment où Ousmane Sonko et les siens s’attèlent, enfin, à matérialiser leurs promesses de refondation institutionnelle.

 

Pour lever toute équivoque sur la polémique en cours, nous comprenons le point de vue de ceux qui pensent que toute entreprise de réforme constitutionnelle devrait être la plus inclusive possible. Mais ce n’est pas et loin de là, la seule qualité qu’on attend d’elle !

 

Si on prend comme exemple le référendum de janvier 2001, il est clair qu’il avait donné lieu à de larges débats, où des ténors de la société civile avaient joué les premiers rôles, même si elle était restée confinée au sein des élites urbaines.

 

Néanmoins, quelques-unes des belles résolutions inscrites dans la nouvelle Constitution, dont celles portant sur le nombre et la durée des mandats présidentiels ont vite fait d’être jetées aux orties par Me Wade, leur initiateur devenu entretemps théoricien du despotisme éclairé.

 

Quant aux Assises Nationales du Sénégal, elles furent de grands moments voire un modèle de concertation collective entre forces politiques et membres de la société civile, que seuls le PDS et ses satellites avaient choisi d’ignorer, pour leur plus grand malheur. En effet, la dynamique citoyenne mise en branle par ces Assises allait non seulement sanctionner les reniements de Wade (wax waxeet), mais également balayer ses velléités de dévolution monarchique du pouvoir.

 

Arrivé au pouvoir sur la crête de cette vague issue des Assises Nationales, Macky Sall réussira le pari de neutraliser cette dynamique citoyenne, sans scrupules ni état d’âme, dès qu’il aura consolidé son régime à travers sa méga-coalition unanimiste et grégaire (Benno Bokk Yakaar), non sans avoir opéré une manœuvre de contournement machiavélique, à travers la CNRI, dont il refusera d’appliquer les conclusions.

 

Au lieu de rejeter cette forfaiture consacrée par le référendum du 20 mars 2016, la plupart des acteurs de la société civile proposeront leurs services pour … « réajuster » le projet maléfique de Macky Sall.

 

C’est dire que ces personnalités, dont la plupart tenaient les premiers rôles lors des Assises de 2008-2009, aux côtés des hommes politiques du Front Siggil Sénégal, vont, par la suite, briller par leur mutisme, durant la fin de règne chaotique de Macky Sall.  

 

N’eût été la résistance héroïque de la jeunesse patriotique autour de Sonko, la passivité de l’élite composée de la classe politique classique (qu’on retrouve dans le FDR) et de la société civile conduisait notre pays tout droit vers la dictature à cause de l’exacerbation de l’hyperprésidentialisme.

 

C’est donc dire que la proposition de loi en passe d’être votée, ce 29 juin 2026, n’est que l’aboutissement d’un long processus auquel, la plupart des personnalités, qui accablent les parlementaires du PASTEF ont participé peu ou prou.

 

Dans le même ordre d’idées, l’appel gouvernemental tardif à une consultation (ou complicité) nationale, préalable au vote de cette proposition de loi ne vise qu’à renvoyer aux calendes grecques la mise en œuvre de réformes attendues depuis des décennies. Il est tout à fait clair que les différents hyper-présidents, qui se sont succédé au sommet de l’Etat sénégalais depuis 1962, ont toujours fait preuve de collusion manifeste avec les ténors de la Françafrique et d’un égoïsme notoire pour privilégier leurs avantages de clan étroits par rapport à l’intérêt national.

 

Il faut, à mon sens, aller même plus loin, dans la suppression de l'hyperprésidentialisme, qui constitue le garant et le verrou du néocolonialisme. La concentration extrême des pouvoirs entre les mains d'un seul homme sert de structure idéale pour maintenir la domination économique et politique des puissances étrangères sur notre Nation.

 

La configuration politique actuelle marquée par une « cohabitation douce » entre un Exécutif qui a sabordé l’idéal pastéfien et un Législatif, qui essaie, tant bien que mal d’ouvrir une nouvelle page institutionnelle dans notre pays, offre une opportunité unique d’instaurer une nouvelle République démocratique, juste et souveraine.

 

Il convient donc de saluer, bien bas, cette initiative parlementaire, qui matérialise le courage politique et la fidélité à la parole donnée du leader du PASTEF, qui entend donner enfin corps à cette noble ambition de refondation institutionnelle, derrière laquelle les patriotes et démocrates de notre pays courent depuis des décennies.

 

Nioxor Tine 

 
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