Un missile balistique à courte portée a été tiré jeudi au-dessus de la mer du Japon par la Corée du Nord, a annoncé l'armée sud-coréenne, dans un contexte de tensions entre Pyongyang et Tokyo, accusé de se muer en "Etat belliqueux" après avoir renforcé sa présence militaire dans le Pacifique.
"Nos forces armées ont détecté un missile balistique à courte portée lancé depuis la région de Wonsan, en Corée du Nord, vers 17H00 (08H00 GMT)", a déclaré l'état-major interarmées sud-coréen (JCS), dans un communiqué adressé aux médias.
Les autorités sud-coréennes et américaines procédaient jeudi à des analyses pour déterminer les caractéristiques exactes du missile, précise également le communiqué.
Le JCS avait indiqué plus tôt que le missile avait été tiré en direction de la mer de l'Est, en référence au nom coréen de la mer du Japon.
"Un objet qui pourrait être un missile balistique a été lancé depuis la Corée du Nord", avait également indiqué le ministère japonais de la Défense sur X.
Peu après, un autre message précisait qu'"il n'y avait plus aucun risque pour les régions situées aux alentours du Japon".
Séoul a toutefois renforcé sa surveillance et maintenu sa vigilance face à d’éventuels nouveaux tirs, a ajouté l'état-major interarmées.
- "Répondre à toute provocation" -
Ce tir intervient au lendemain des accusations portées par Pyongyang contre le Japon, qu'il accuse de se transformer en "Etat belliqueux" en renforçant sa présence militaire dans le Pacifique.
Dans la préface du livre blanc annuel sur la défense de l'archipel nippon, publié mardi, le ministre japonais de la Défense Shinjiro Koizumi a jugé "impératif que le Japon renforce et transforme encore davantage ses capacités de défense avec un sentiment d'urgence et de crise plus fort que jamais", face aux menaces croissantes émanant de la Chine, de la Russie, et de la Corée du Nord.
Kim Yo Jong, la puissante sœur du dirigeant nord-coréen Kim Jong Un, a elle déclaré mercredi que Pyongyang mettra "en place des options militaires supplémentaires" en réponse à "la transformation du Japon", dans un communiqué publié par l'agence de presse officielle KCNA.
La Corée du Sud et les Etats-Unis devraient mener dans le courant du mois d'août leurs exercices militaires annuels baptisés "Ulchi Freedom Shield", visant à protéger le pays de la Corée du Nord, dotée de l'arme nucléaire.
Des exercices vivement critiqués par Pyongyang, qui les voit comme des répétitions en vue d'une invasion, qualifiant à plusieurs reprises Séoul d'ennemi "le plus hostile".
"Nos forces armées maintiennent la capacité et l’état de préparation nécessaires pour répondre de manière écrasante à toute provocation", a déclaré jeudi le JCS de Séoul, en référence au dispositif de défense conjoint avec les Etats-Unis.
A plusieurs reprises, Pyongyang s'est déclaré comme un "Etat nucléaire irréversible" depuis l'échec, en 2019, du sommet entre le dirigeant Kim Jong-un et Donald Trump, en raison de divergences sur la portée de la dénucléarisation et de l'allègement des sanctions.
- "Légitime défense" -
Selon les analystes, la Corée du Nord a renforcé ses liens avec la Russie, fournissant des troupes et des munitions pour la guerre menée par Moscou en Ukraine, en échange d'un soutien financier, de denrées alimentaires, d'énergie, et de technologies militaires.
Pour certains experts, le tir de jeudi aurait pour but de tester des armes avant une visite de Kim Joung Un en Russie cette année.
"Kim (Joung Un) a peut-être voulu démontrer que Pyongyang avait déjà testé ces systèmes de missiles et obtenu des résultats satisfaisants", a estimé auprès de l'AFP Ahn Chan-il, chercheur d'origine nord-coréenne, ajoutant qu'en cas de voyage, Pyongyang pourrait "chercher à les exporter" en Russie.
Le ministère de la Défense japonais, qui a refusé de commenter directement les déclarations de Kim Yo Jong, a déclaré mercredi à l'AFP que les capacités de défense du pays restaient "au strict minimum" et n'avaient pas vocation à "menacer d'autres pays".
"Notre défense n'a pas pour but de mener des guerres, mais d'en empêcher de nouvelles; elle se limite strictement à la légitime défense, et s'inscrit dans le cadre de notre Constitution (pacifiste) et du droit international", a assuré le ministère dans un communiqué.
Le Japon a augmenté ses dépenses militaires de 9,7% pour atteindre 62,2 milliards de dollars en 2025, soit 1,4% de son PIB, sa part la plus élevée depuis 1958.
La Chine, alliée clé de la Corée du Nord, a également récemment exprimé son inquiétude face à ce qu'elle considère comme un "nouveau militarisme" de la part du Japon.
Le président sud-coréen Lee Jae Myung a renversé la position de son prédécesseur depuis son arrivée au pouvoir en juin 2025, en proposant à Pyongyang des pourparlers sans conditions préalables sur la question nucléaire, en vain.
Les deux Corée sont techniquement toujours en état de guerre, car le conflit qui les a opposées de 1950 à 1953 s'est achevé par un armistice, et non par un traité de paix. [AFP]