BlackCore, une entreprise israélienne, est impliquée dans des campagnes d’ingérence, de marketing d'influence et de propagande en ligne menées en Europe, en Afrique et aux États-Unis, indique ce dimanche 14 juin, le service français de vigilance et de protection contre les ingérences numériques étrangères, VIGINUM.
Lors d’une conférence de presse aux côtés du Premier ministre français Sébastien Lecornu, le directeur de VIGINUM, Marc-Antoine Brillant, a affirmé que des analyses techniques avaient mené les services jusqu’à BlackCore. VIGINUM a ensuite présenté un rapport détaillé sur les agissements de BlackCore à travers le monde.
« Ce mode opératoire ne s’est pas limité aux seules élections municipales françaises », a-t-il indiqué, ajoutant : « Il a été déployé également dans le cadre d’opérations d’ingérence numérique étrangère menées dans d’autres pays ou régions, notamment en Angola, au Togo, dans le cadre des élections en Écosse, et lors des élections municipales de 2025 à New York. »
« Nos enquêtes n’ont pas permis d’identifier le ou les commanditaires, si tant est qu’ils existent, derrière cette ingérence numérique étrangère », a-t-il fait savoir.
Dans un rapport ultérieur, VIGINUM a annoncé avoir détecté des comptes liés à BlackCore qui ont pris pour cible John Swinney, le Premier ministre écossais. Swinney a décrit la situation à Gaza comme une « catastrophe humanitaire d’origine humaine ».
Le mois dernier, Reuters a révélé que les autorités françaises identifiaient BlackCore d’être à l’origine d’une campagne d’ingérence en ligne visant trois candidats aux élections municipales issus du parti de gauche pro-palestinien La France insoumise (LFI) à Marseille, Toulouse et Roubaix. Cette campagne aurait reposé sur l’utilisation de comptes automatisés, la fuite des données ainsi que la propagation de fausses accusations de « violences sexuelles » visant certains candidats.
Selon les conclusions de l’enquête, BlackCore est également intervenue dans les élections municipales qui ont eu lieu l’année dernière à New York, un scrutin remporté par Zohran Mamdani. Le directeur de VIGINUM, Marc-Antoine Brillant a indiqué que le même mode opératoire observé lors des campagnes françaises avait été utilisé aux États-Unis, même si les cibles précises et les commanditaires de l'opération restaient inconnus.
La victoire de ce dernier, précise le rapport, avait été mal vue par les partisans traditionnels pro-israéliens à cause de ses positions pro-Palestine.
Le gouvernement français demande des explications
Dans ce contexte, le Premier ministre français Lecornu a indiqué que Paris avait demandé une explication diplomatique officielle au régime israélien à ce sujet.
« Je ne doute pas un seul instant que si un groupe privé français, de surcroît depuis le sol français, s'était livré à une ingérence numérique étrangère en Israël, il aurait fait de même à son ambassadeur sur place », a-t-il déclaré.
Reuters a rapporté que BlackCore a supprimé toute sa présence en ligne après avoir été contactée par l'agence de presse. L'entreprise se décrivait comme « une société d'influence, de cybersécurité et de technologie de pointe, conçue pour l'ère moderne de la guerre de l'information ».
Campagne d'information plus large
Le rapport faisait également référence à la décision prise début mai par le régime israélien d'autoriser un budget de propagande de 730 millions de dollars pour 2026, le décrivant comme une multiplication par quatre destinée à inverser la baisse de l'opinion publique mondiale à la suite du déclenchement par Israël d’une guerre génocidaire contre Gaza et des développements régionaux qui ont suivi.
Selon ce rapport, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a qualifié cette initiative de « huitième front » des guerres menées par le régime.
Le rapport décrit en outre cette opération comme un « dôme de fer numérique » visant à réprimer les contenus dissidents en ligne au moyen d’une surveillance alimentée par l’intelligence artificielle et de campagnes de signalement massives, tout en étendant la portée des discours soutenus par le régime sur les plateformes de médias sociaux.
Le rapport affirme également qu’aux États-Unis, des millions de dollars ont été acheminés par l’intermédiaire d’entités liées au président Donald Trump pour automatiser la diffusion de récits sur les réseaux sociaux ainsi que sur des plateformes d’intelligence artificielle telles que ChatGPT et Claude. [Press TV]