L’Afrique de l’Ouest toujours vulnérable au blanchiment de capitaux (Giaba, Rapport 2025)

Dimanche 12 Juillet 2026

Les tendances de la criminalité transfrontalière en Afrique de l’Ouest ont été présentées par le Giaba lors de la session annuelle d’information organisée à Dakar à l’intention des ambassadeurs de la Cedeao et des médias. En dépit des progrès réalisés par les États, le blanchiment de capitaux reste bien ancré dans la région ouest-africaine

Le Rapport 2025 du Giaba présenté le 6 juillet 2026 à Dakar.

Les pays de la sous-région ouest-africaine ne sont pas encore sortis de l’ornière des flux financiers illicites dus a l’intensification des infractions sous-jacentes comme la corruption, la fraude, le crime organisé, le trafic d’armes. Au contraire, les velléités de blanchiment de capitaux ayant pour objet de financer des activités terroristes sont de plus en plus fréquents tout en devenant plus complexes. C’est l’une des conclusions du Rapport annuel 2025 du Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest (Giaba) rendu public le 6 juillet 2026 à Dakar.  

 

Les dispositifs nationaux sous pression

 

« L’extension des groupes terroristes dans certaines parties du Sahel et du bassin du Lac Tchad a continué d’exercer une pression sur les dispositifs nationaux de LBC/FT, notamment par l’exploitation des économies basées sur les transactions en numéraires, des frontières poreuses, des systèmes informels de transfert de valeur et d’une faible supervision réglementaire dans les secteurs à risque élevé », souligne le document cité plus haut. 

 

Les grandes lignes du Rapport annuel du Giaba ont été présentées par Emil Mendy, chargé de la Recherche et de la Documentation du Groupe, en présence du doyen des ambassadeurs de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) au Sénégal, le Gambien Hadrammeh Sidibeh, de Babacar Amadou Dieng, directeur des Enquêtes administratives et financières de la Cellule de traitement des informations financières (Centif) du Sénégal, de Salimata Thiam, du Centre de la Cedeao pour le développement du genre (CCDG) et de Zelma Yolande Nobre Fassinou, la Représentante résidente de la Cedeao à Dakar.

 

Selon Mam Cherno Jallow, directeur intérimaire de l’Administration et des Finances du Giaba parlant au nom du DG Edwin Harris Jr., si l’émergence des cryptoactifs et la transformation numérique constituent de nouvelles opportunités pour les économies ouest-africaines, elles restent tout autant porteuses de « nouvelles vulnérabilités » systémiques qui menacent ces mêmes pays. 

 

Les pays de l’AES concernés

 

« Dans ce contexte, la lutte contre le blanchiment de capitaux » et les crimes connexes dont le financement du terrorisme et de la prolifération des armes, la cybercriminalité, etc., « demeure indispensable à la sécurité, à la bonne gouvernance et au développement durable de notre région. » C’est pour maintenir un combat élargi à l’ensemble de ladite région que les pays fondateurs de l’Alliance des États du Sahel (AES) ont été maintenus dans l’orbite du Giaba après leur retrait de la Cedeao en janvier 2025. 

 

« Cette décision constitue une réaffirmation solennelle du fait que la lutte contre LBC/FT/FP transcende les considérations politiques », indique Mam Cherno Jallow. C’est pourquoi « elle doit reposer sur une coopération technique fondée sur la solidarité et l’intérêt commun » entre les États partenaires. 

 

« Les médias sont incontournables »

 

Face à la criminalité transfrontalière organisée et l’usage de plus en plus croissant des nouvelles technologies notamment numériques, « la coopération régionale et internationale reste notre réponse la plus efficace », a ajouté Zelma Nobre Fassinou. Qui appelle à un renforcement des liens entre États, institutions régionales, partenaires au développement, secteur prive, société civile et médias. 

 

Le rôle des médias dans la lutte contre le blanchiment de capitaux est « essentiel pour informer, sensibiliser les citoyens et promouvoir une culture de transparence et d’intégrité », a renchéri la représentante de la Cedeao. Pour le doyen des ambassadeurs de la Cedeao, Hadrammeh Sidibeh, les journalistes et leurs diverses plateformes d’information et d’analyse sont « incontournables » dans les politiques de « prévention des crimes économiques et financiers. »

 

La publication du Rapport 2025 du Giaba intervient alors que les États ouest-africains doivent se lancer dans le troisième cycle des évaluations mutuelles visant à renforcer les mesures d’intégrité et d’efficacité de leurs dispositifs de lutte contre le blanchiment d’argent. Ces mesures concernent notamment la correction « des lacunes relevées au cours des évaluations mutuelles et des rapports de suivi, une supervision améliorée des entreprises et professions non financières désignées (EPNFD) » ainsi que la transparence relative aux bénéficiaires effectifs des entreprises et de la circulation des flux financiers illicites. 

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