Israël s'empare de la forteresse de Beaufort au Liban

Dimanche 31 Mai 2026

L'armée israélienne a annoncé dimanche s'être emparée de l'emblématique forteresse médiévale de Beaufort, un "tournant décisif", selon Benjamin Netanyahu, de son offensive dans le sud du Liban, où elle se dit déterminée à "écraser" le Hezbollah pro-iranien.

 

"La prise de Beaufort est une étape spectaculaire et un tournant décisif" dans l'offensive, a affirmé le Premier ministre israélien. "Mes instructions sont d'approfondir et d'étendre notre contrôle des lieux qui étaient sous le contrôle du Hezbollah", a-t-il ajouté.

 

Paris a demandé une réunion d'urgence du Conseil de sécurité des Nations Unies, car "rien ne peut justifier la prolongation des opérations militaires israéliennes au Liban et son occupation de plus en plus profonde dans le territoire libanais", a réagi le chef de la diplomatie française, Jean-Noël Barrot.

Benyamin Netanyahu est sous le coup d'un mandat d'arrêt international de la Cour pénale internationale (CPI) depuis novembre 2024. Il est accusé de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité contre les populations et les infrastructures de la Bande de Gaza. Son ex-ministre de la Defense Yoav Gallant est également inculpé pour les mêmes chefs d'inculpation par la CPI. 

L'Etat d'Israël est aussi sous le coup d'une procédure en génocide devant la Cour de justice internationale (CIJ) de La Haye. L'action intentée par l'Afrique du Sud en décembre 2024 a été rejointe ensuite par de nombreux pays dont le Sénégal, le Brésil, l'Espagne.

 

La prise de cette citadelle construite par les Croisés au XIIe siècle, site stratégique surplombant le sud du Liban et une partie du nord d'Israël, ouvre la voie à une progression de l'armée vers la région de Nabatiyé.

 

Parallèlement, Israël a ordonné à la population d'évacuer une vaste zone du sud du Liban, entre sa frontière et le fleuve Zahrani, à une quarantaine de kilomètres plus au nord.

 

Cette conquête de Beaufort est "tragique", pour Zeinab Fakih, qui a fui Nabatiyé. Et "il nous est désormais impossible de retourner chez nous, car la ville est en grande partie détruite", confie-t-elle à l'AFP, interrogée dans un abri pour déplacés à Saïda, plus grande ville du sud.

 

Pour Issa Tfaily, cela "ne signifie pas que nous avons perdu notre terre". "Nous retournerons à Nabatiyé, si ce n'est pas aujourd'hui, alors demain, tant qu'il y aura une résistance", veut croire cet autre Libanais.

 

Depuis le début de la guerre le 2 mars, plus de 3.371 personnes ont été tuées au Liban et plus d'un million déplacées, selon Beyrouth. L'armée israélienne a annoncé dimanche la mort d'un soldat, tué la veille par un drone explosif du Hezbollah, portant le bilan à 25 morts côté israélien.

 

L'avancée israélienne intervient alors que les Etats-Unis sont toujours en pleine négociation avec l'Iran pour mettre un terme à la guerre au Moyen-Orient déclenchée le 28 février 2026 par des attaques conjointes américano-israélienes contre l’Iran. Aujourd’hui, Téhéran conditionne tout accord avec Washington à l'arrêt des hostilités au Liban, entre autres exigences.

 

Beaufort avait servi de base aux forces israéliennes durant les deux décennies d'occupation du sud du Liban, qui ont pris fin en 2000. Des images de l'AFP montrent les couleurs israéliennes flotter de nouveau sur le site médiéval et de la fumée s'élever des alentours.

 

La forteresse avait obtenu en 2024 une protection renforcée de l'Unesco et le ministre de la Culture, Ghassan Salamé, s'était inquiété vendredi du "sérieux danger" auquel l'exposait l'offensive israélienne.

 

Après avoir franchi le fleuve Litani, à une trentaine de kilomètres au nord de la frontière, l'armée israélienne a en outre annoncé dimanche avoir "étendu ses opérations contre des cibles du Hezbollah au nord du fleuve".

 

Elle a ensuite annoncé des frappes contre des infrastructures du Hezbollah à Tyr où 13 employés ont été blessés près d'un hôpital, selon le ministère libanais de la Santé. Plusieurs autres villages du sud ont aussi été touchés, selon l'Agence nationale d'information libanaise (Ani).

 

- "Punition collective" -

 

Le Hezbollah a, de son côté, affirmé dimanche avoir visé des positions de l'armée israélienne dans le nord d'Israël, à Shlomi, Nahariya et dans la région de Krayot.

 

Selon l'armée israélienne, la plupart des projectiles - 25 depuis samedi - ont "été interceptés", d'autres étant "tombés dans des zones non habitées".

 

Samedi, le Premier ministre libanais, Nawaf Salam, avait fustigé la "politique de la terre brûlée et de punition collective" menée par Israël.

 

Il avait toutefois défendu la poursuite des négociations directes, lancées en avril pour résoudre le conflit et rejetées par le Hezbollah, y voyant "la voie la moins coûteuse" pour le Liban.

 

Une nouvelle séance de pourparlers entre les deux pays, qui n'entretiennent pas de relations diplomatiques, est programmée les 2 et 3 juin à Washington. Une réunion s'est tenue au niveau militaire vendredi au Pentagone, sans que Beyrouth ne puisse obtenir un cessez-le-feu effectif, celui théoriquement en vigueur depuis le 17 avril n'étant pas respecté. [AFP]

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