Le directeur du groupe scolaire musulman Averroès, Éric Dufour, a réagi mardi au refus de la préfecture du Nord d’autoriser l’ouverture d’une classe de CP au sein de l’établissement à Lille, un projet prévu pour la rentrée 2026.
Selon lui, la demande avait été déposée en octobre 2025, après plusieurs années de sollicitations de familles souhaitant inscrire leurs enfants dans une école primaire privée musulmane.
Une première demande avait été rejetée en raison de travaux jugés inachevés. Le projet avait ensuite été relancé après leur achèvement, avec des locaux prêts, du matériel acquis et une enseignante recrutée.
Éric Dufour affirme que l’inspection de l’Éducation nationale s’était déroulée favorablement et que l’établissement attendait alors la décision de la préfecture. Il estime que le refus ne repose pas sur des critères pédagogiques ou matériels, mais sur d’autres considérations.
« Ce courrier nous interdit d’ouvrir pour des motifs qui ne sont pas liés à l’éducation nationale, à l’éducation des enfants, liés aux locaux, etc., mais qui sont des motifs politiques en France davantage », a-t-il déclaré.
- Un projet éducatif présenté comme comparable à celui des autres établissements privés
Fondé en 2003, le groupe scolaire Averroès comprend un lycée et un collège, et accueille près de 800 élèves. Son directeur explique que l’établissement a été créé pour permettre l’émergence d’un enseignement privé musulman en France, dans un paysage éducatif où existent déjà des établissements privés catholiques, juifs ou protestants.
Il affirme que l’enseignement dispensé suit le programme de l’Éducation nationale, avec un caractère confessionnel musulman proposé à ceux qui le souhaitent. Selon lui, l’établissement se veut ouvert à tous, sans distinction de religion.
« On ne demande jamais la religion de personne. Qui veut bien s’inscrire peut s’inscrire », a-t-il déclaré.
- Réponse aux accusations de liens avec la « mouvance frériste »
La préfecture du Nord a justifié son refus en estimant que le projet d’ouverture de la classe de CP se rattachait « clairement à la mouvance frériste », en référence aux Frères musulmans.
Éric Dufour rejette cette accusation. Il insiste sur la séparation entre l’association gestionnaire du groupe scolaire et la direction pédagogique de l’établissement, affirmant que l’association ne donne aucune consigne éducative et que le recrutement des enseignants relève de sa responsabilité.
Il estime que l’idée d’une influence idéologique sur l’établissement ne repose pas sur des éléments concrets.
« Dire qu’il y a une mouvance qui influence nos élèves, etc., c’est scandaleux, c’est diffamatoire, c’est mensonger », a-t-il déclaré.
- Un contexte marqué par des procédures judiciaires
Le refus d’ouverture de la classe primaire intervient dans un contexte de contentieux entre l’État et le lycée Averroès.
Fin 2023, le préfet du Nord avait rompu le contrat d’association du lycée avec l’État, l’accusant de « manquements graves aux principes fondamentaux de la République ».
Cette décision a été annulée par le tribunal administratif en avril 2025, qui a estimé que les accusations n’étaient pas suffisamment démontrées. L’Éducation nationale a ensuite rétabli les contrats dans l’attente d’une décision en appel.
Concernant la classe de CP, un recours en référé doit être déposé contre la décision préfectorale, selon l’avocat de l’établissement.
- « Une suspicion persistante »
Dans son entretien, Éric Dufour évoque ce qu’il considère comme une suspicion durable visant son établissement et, plus largement, les écoles musulmanes en France. Il affirme que le groupe scolaire a fait l’objet de nombreuses inspections et que celles-ci n’ont pas relevé d’irrégularités.
Il souligne également le rôle éducatif de l’établissement et son ambition de former des élèves destinés à poursuivre des études supérieures et à s’insérer dans la société française.
« Nous formons des élèves à être des citoyens », a-t-il déclaré.
Il évoque aussi les conséquences humaines de cette situation pour les élèves, les familles et les enseignants, affirmant que certains ont vécu difficilement les accusations visant l’établissement.
- La poursuite du projet
Malgré le refus de la préfecture, Éric Dufour affirme que le groupe scolaire n’entend pas renoncer à son projet d’ouverture d’une école primaire. Il souligne que les infrastructures, l’équipe pédagogique et les familles sont prêts.
« Il n’est pas question de renoncer à tout ce qu’on a construit », a-t-il déclaré. [AA]