France : Dominique de Villepin dénonce un « pari » américain en Iran et alerte sur un risque d’« enlisement »

Lundi 2 Mars 2026

Dominique de Villepin

L’ancien Premier ministre Dominique de Villepin a estimé, lundi 2 mars sur France Inter, que l’intervention militaire menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran constituait « un pari » susceptible de se transformer en « piège », mettant en garde contre un risque d’« enlisement » et de « guerre asymétrique » dans la région.

 

Interrogé après l’annonce de la mort du guide suprême iranien Ali Khamenei dans une frappe conjointe américano-israélienne, il a déclaré que le régime iranien se trouvait « affaibli », ajoutant qu’« on ne peut que se réjouir de cet affaiblissement ». Il a toutefois prévenu que l’élimination d’un dirigeant ne suffisait pas à résoudre la crise politique d’un pays.

 

Selon lui, la stratégie de Washington repose sur l’hypothèse qu’une frappe ciblée pourrait entraîner un soulèvement populaire susceptible de renverser le pouvoir en place. « L’intervention qui a lieu aujourd’hui est un pari », a-t-il affirmé, évoquant également « le risque du durcissement du régime » et celui d’un conflit dit asymétrique, caractérisé par des actions indirectes, des attaques de groupes affiliés ou des opérations non conventionnelles.

 

Dominique de Villepin a estimé que les États-Unis « paieront très cher » l’abandon, selon ses termes, d’un ordre international fondé sur le droit. Il a plaidé pour un retour au respect du droit international, ensemble de règles régissant les relations entre États et encadrant notamment le recours à la force, jugeant que sa remise en cause conduirait à une logique de rapports de puissance.

 

L’ancien Premier ministre a établi un parallèle avec l’intervention américaine en Irak en 2003, rappelant que la France s’y était opposée au Conseil de sécurité des Nations unies. Il a évoqué les conséquences de précédentes interventions militaires américaines, citant notamment l’Irak et la Libye, pour souligner les risques de déstabilisation durable.

 

Il a par ailleurs estimé que la menace nucléaire et balistique iranienne devait être appréciée « avec prudence », exprimant des doutes sur l’existence d’un risque immédiat d’armement nucléaire ou de missiles balistiques intercontinentaux. Il a également relevé l’affaiblissement, selon lui, de groupes armés alliés de Téhéran dans la région.

 

Interrogé sur le rôle de la France et de l’Union européenne, Dominique de Villepin a appelé à l’organisation d’une coalition diplomatique associant des pays de la région et du « Sud global » afin de favoriser une désescalade politique. Il a jugé qu’une solution ne pouvait émerger « par le largage de bombes ».

 

Évoquant la doctrine française dite de « responsabilité de protéger », principe adopté par l’ONU en 2005 visant à prévenir les crimes de masse, il a estimé que d’autres leviers diplomatiques et juridiques auraient pu être mobilisés face à la répression en Iran, sans pour autant justifier une intervention militaire.

 

Enfin, il s’est prononcé en faveur d’une réflexion sur l’adaptation de la doctrine nucléaire française, dans un contexte de questionnement sur la garantie américaine en matière de dissuasion. Il a indiqué que le pouvoir de décision en matière d’arme nucléaire devait rester « celui du président de la République », tout en évoquant la possibilité d’un renforcement des coopérations européennes dans le cadre des intérêts vitaux français.

 

L’entretien intervient dans un contexte d’escalade militaire au Moyen-Orient. Le 28 février, Israël et les États-Unis ont lancé des frappes contre l’Iran alors que des négociations étaient en cours entre Téhéran et Washington.

 

En représailles, l’Iran a mené des attaques visant des objectifs en Israël ainsi que dans plusieurs pays de la région, dont le Qatar, les Émirats arabes unis et Bahreïn, où sont stationnées des forces américaines.

 

Les frappes américano-israéliennes ont notamment coûté la vie au guide suprême iranien, Ali Khamenei, ainsi qu’à plusieurs hauts responsables iraniens. Selon le Croissant-Rouge iranien, les bombardements ont fait 555 morts dans le pays. [AA]

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