Dans un article publié le 12 janvier, le New York Times révèle que le Pentagone a utilisé un avion déguisé en appareil civil pour frapper un bateau soupçonné de trafic de drogue, tuant 11 personnes en septembre 2025. La légalité de ces frappes et la question du "perfidy" sont désormais débattues par des experts militaires et juridiques pour savoir s'il s'agit ou non d’un crime de guerre.
Dans un long article publié le 12 janvier dernier, le New York Times révèle, selon plusieurs responsables informés de l’opération, que l’attaque du 2 septembre 2025 a été menée par un appareil secret du Pentagone peint pour ressembler à un avion civil, transportant des munitions à l’intérieur de la carlingue plutôt qu’à l’extérieur.
Cette approche vise à tromper les personnes à bord du bateau, mais soulève des questions juridiques, car le droit de la guerre interdit de feindre un statut civil pour attaquer un adversaire, ce qui constitue un crime de guerre appelé "perfidy".
Lors de l'attaque, le bateau avait commencé à se retourner vers le Venezuela après avoir aperçu l’avion, et ce, avant le premier tir. Deux survivants ont ensuite été tués dans une frappe secondaire alors qu’ils tentaient de se signaler depuis l’épave. Depuis, l’armée américaine utilise des drones et des avions identifiés comme étant militaires pour ce type de missions.
Des experts légaux s’inquiètent de la conformité
Des spécialistes du droit de la guerre estiment que l’utilisation d’un avion non identifié pourrait constituer un crime, même si l’administration Trump soutient que les frappes sont légales car menées dans le cadre d’un conflit armé contre des cartels de drogue.
Le général retraité Steven J. Lepper n’est pas de cet avis et précise au média américain : “Dissimuler son identité est un élément de perfidy.”
Les responsables militaires ont reconnu que l’appareil utilisé n’était pas peint en gris militaire et n’arborait pas de marquages classiques, bien que son transpondeur ait transmis un numéro militaire, invisible pour les personnes sur le bateau.
Le secrétaire à la Défense Pete Hegseth et le président Trump ont quant à eux validé l’opération malgré les réserves de certains juristes militaires.
Une opération au cœur d’un débat légal
La frappe a tué 11 personnes et s’inscrit dans une série d’attaques similaires, dont 35 opérations sur des bateaux ayant causé au moins 123 morts. Selon plusieurs experts, ces ordres pourraient constituer des meurtres, car l’armée n’a pas le droit de viser des civils ne représentant pas une menace imminente.
L’administration justifie ces attaques en qualifiant les personnes ciblées de « combattants » dans un conflit armé non international contre 24 gangs et cartels identifiés comme terroristes.
Pour Todd Huntley, capitaine de la Navy à la retraite, l’utilisation de ces avions pourrait être légale dans d’autres contextes, comme des missions de sauvetage d’otages, mais pas dans une frappe offensive de ce type. Reste à savoir quelle sera la suite de cette affaire et quelles conséquences cela aura sur les prochaines opérations militaires menées par les États-Unis. [6Medias]