En RDC, des conflits fonciers réveillés par l’éruption du volcan Nyiragongo

Mardi 16 Novembre 2021

Au pied du volcan Nyiragongo, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), trois vaches peinent à trouver de l’herbe parmi les cailloux de lave séchée. « Nous sommes menacés », s’inquiète Jean-Baptiste Maliru en regardant le sommet du cône. Les différentes coulées, notamment celle du 22 mai, quand le volcan est entré en éruption, ont ravagé « 70 % de nos terres », poursuit ce paysan. A Munigi, village situé aux portes de Goma, dans la province du Nord-Kivu, les bovins ont presque disparu du paysage. Aujourd’hui, le chômage guette les 350 familles qui vivent de l’élevage.
 
L’ensevelissement des champs n’est pas la seule conséquence des événements du mois de mai pour Jean-Baptiste Maliru et les siens. Bottes et bâtons de bergers entassés sur le paillasson, les éleveurs du territoire de Nyiragongo, une des entités administratives du Nord-Kivu, tiennent une réunion dans le salon de leur président. La tête baissée, Habawézé Tabaro s’indigne : « Si tous nos espaces sont vendus, on va vivre avec quoi ? »
 
Après l’éruption, une initiative privée lancée par l’ancienne première dame, Marie-Olive Lembé Kabila, a réveillé un conflit foncier dormant. L’épouse de l’ex-président Joseph Kabila a offert 100 hectares aux sinistrés du volcan pour qu’ils puissent reconstruire des logements. Des terres jusqu’ici laissées en friche et qu’elle affirme avoir achetées « il y a quelques années », comme elle l’expliquait juste après l’éruption à la presse locale. Or leur acquisition est jugée frauduleuse par les éleveurs. En 2017, des marches avaient déjà été organisées pour protester contre l’achat de terres par des hommes politiques, des militaires et d’autres personnalités influentes. (Le Monde)
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