Dette du Sénégal : A Washington, le président Faye assume l’option de la restructuration auprès du FMI et de la Banque mondiale

Mardi 15 Septembre 2026

Le président Faye et sa délégation face aux dirigeants de la Banque mondiale à Washington le 14 septembre 2026 (photo présidence sénégalaise)

En visite officielle à Washington, le président Bassirou Diomaye Faye a franchi une étape décisive pour l'avenir financier du Sénégal. Le chef de l’exécutif sénégalais a pour la première fois réaffirmé aux responsables de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI) son choix de faire traiter la dette commerciale et bilatérale extérieure du pays au sein du Cadre commun du G20. Cette décision intervient après l’accord technique avec le FMI annoncé le 1er septembre 2026 par les deux partenaires au terme d’une mission de l’institution de Bretton Woods à Dakar. Cet accord porte sur un programme de 1243 milliards de francs CFA (2,2 milliards $) sur une période de 36 mois. 

 

La fin de l'impasse financière ?

 

Cette avancée décisive concrétise la fin d'un long enchaînement d'incertitudes économiques né de la révélation, à la fin de l'année 2024, d'une dette cachée (ou sous-déclarée) par l'administration précédente. Réévaluée à plus de 130 % du PIB, la charge de la dette avait contraint le FMI à suspendre son ancien programme d’un montant d’environ 1023 milliards de francs CFA (1,8 milliards $) et rendu inévitable un réaménagement en profondeur. 

 

Selon les autorités sénégalaises, le service de la dette absorbe environ 25 % des recettes budgétaires de l’Etat.

 

Après plusieurs mois de débats au sein du gouvernement et une violente bataille sémantique entre partisans d'un simple « reprofilage » (système qui allongerait certaines maturités de plusieurs mois ou années ) et militants d'une « restructuration » assumée présentée comme unique de sortie durable de la crise d’endettement, la sortie du président Faye enlève ainsi toute sorte d’ambiguïté à la position du Sénégal auprès des bailleurs multilatéraux à Washington. 

 

Lors de sa Déclaration de politique générale (DPG) du 8 septembre 2026, le premier ministre Ahmadou Al-Aminou Lo avait dans un premier temps revendiqué l’option de la restructuration de la dette sénégalaise avant de rétracter très vite. Ses propos contredisaient en effet le communiqué du ministère de l’Economie, des Finances et du Plan (MEFP) du 1er septembre qui parlait de « traitement de la dette » sans autre précision.

 

Lors de la conférence de presse ayant suivi l’annonce de l’accord technique avec le FMI, Cheikh Diba, le patron des finances, avait souligné que le Plan de Traitement de la Dette Sénégalaise (PTDS) « n’est pas une restructuration au sens traditionnel », faisant ainsi référence au principe d’effacement de créances détenues par des institutions créancières. 

 

Un traitement de faveur pour le Sénégal ?

 

Ajay Banga, président de la Banque mondiale, a confirmé l’option officielle de la restructuration de la dette sénégalaise via le G20. 

 

« Nous allons discuter de la manière dont nous pouvons être utiles pour garantir que son dossier passe par le Cadre commun du G20 à la vitesse la plus rapide de tous les cas précédents », a-t-il indiqué dans des propos rapportés par Reuters. Une allusion aux passages du Ghana (décembre 2022), de l’Ethiopie et de la Zambie (février 2021), et du Tchad (janvier 2021) devant les créanciers et les institutions financières internationales.

 

Toutefois, le gouvernement a défini un périmètre d’intervention des créanciers et des institutions de Bretton Woods qui exclut les emprunts souverains émis sur le marché financier de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Selon les observateurs, Dakar veut maintenir intactes ses capacités de levée de fonds en Franc CFA sans déstabiliser les institutions financières régionales comme les banques. 

 

Pour le moment, la méthode semble fonctionner. Apres l’annonce de la mise en oeuvre du PTDS, le Sénégal a levé 101 milliards de francs CFA (environ 179 millions $) sur le marché régional le 11 septembre 2026, rapporte l’Agence Ecofin. « Les rendements sont restés globalement stables, signe que les investisseurs de l’UEMOA ne sanctionnent pas, pour l’instant, la nouvelle stratégie de Dakar », commente le media africain.

 

Selon le professeur Amath Ndiaye, de la Faculté des sciences économiques et de gestion de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), « on peut raisonnablement parler d’un premier accueil favorable du marché régional au tournant PTDS-FMI, tout en restant prudent sur le lien de causalité : une seule adjudication ne suffit pas à démontrer que cette amélioration résulte exclusivement de ces annonces. » Néanmoins, « le message envoyé par le marché est encourageant : le Sénégal retrouve des prêteurs à moyen terme. »

 

Devant des représentants du secteur privé américain, autre moment de sa courte visite à Washington, le président Bassirou Diomaye Faye a souligné sa volonté de transformer la contrainte qu’est la restructuration de la dette sénégalaise en « levier de souveraineté et d’attractivité pour les investissements directs étrangers. »

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