La France et le Royaume-Uni s'affirment comme les principaux architectes d'une éventuelle mission multinationale visant à rétablir la liberté de navigation dans le détroit d'Ormuz, mais les deux puissances européennes maintiennent une ligne claire : aucun déploiement militaire ne sera envisagé avant l'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu définitif, selon des sources diplomatiques citées par Bloomberg et Reuters.
Le président français Emmanuel Macron et le Premier ministre britannique Keir Starmer co-présideront vendredi une vidéoconférence réunissant quelque 40 pays disposés à contribuer à cette initiative, ont annoncé mardi leurs bureaux respectifs. Des diplomates de haut rang tiendront au préalable une réunion de préparation.
La France sur le volet militaire, le Royaume-Uni sur le diplomatique
Selon une source proche des discussions citée par Reuters, les travaux sont organisés autour de quatre groupes de travail : la défense de la liberté de navigation et de la sécurité maritime ; l'adoption de mesures économiques contre l'Iran si le détroit reste fermé ; la libération des marins et navires bloqués ; et la coordination avec l'industrie maritime pour préparer la reprise du transit.
La même source précise que Londres pilote le volet diplomatique, tandis que Paris prend en charge la planification militaire, évaluant les moyens disponibles auprès des nations participantes et leurs modalités de déploiement.
Sur le fond, la France défend le concept d'un « système d'escorte » et plaide pour une « mission multinationale pacifique visant à rétablir la liberté de navigation dans le détroit », selon des propos tenus par Macron. Le président français a toutefois insisté sur le caractère « strictement défensif » d'une telle mission, qui ne serait « déployée qu'aussitôt que la situation le permet ».
Paris impose par ailleurs une condition de taille sur la composition de la coalition : la France souhaite que la mission soit étroitement coordonnée avec Téhéran, ce qui impliquerait d'en exclure les pays ayant antagonisé l'Iran, selon des responsables français cités par Bloomberg. Plusieurs alliés estiment en outre qu'une participation américaine serait contre-productive, au motif qu'elle renforcerait les réticences iraniennes.
Londres privilégie les drones, Paris les escortes
Les deux puissances ne s'accordent pas encore pleinement sur les contours opérationnels d'une telle mission, indique Bloomberg. Le Royaume-Uni examinerait en priorité le déploiement de systèmes autonomes de détection de mines déjà présents dans la région, plutôt que des navires de guerre chargés d'escorter les pétroliers.
Un mandat onusien jugé nécessaire, mais difficile à obtenir
Paris et Londres sont en revanche alignés sur la nécessité d'obtenir un mandat des Nations unies pour toute opération. Les diplomates reconnaissent cependant qu'un tel mandat serait difficile à décrocher, les États-Unis, la Chine et la Russie devant tous y donner leur accord, selon Bloomberg.
L'Iran a largement fermé le détroit d'Ormuz depuis le début des frappes aériennes américano-israéliennes le 28 février, à l'exception des navires transportant son propre pétrole. Lundi, Washington a imposé un blocus sur les navires entrant ou sortant des ports iraniens. Le président américain Donald Trump a appelé ses alliés à rejoindre ce blocus, une demande rejetée par la France, le Royaume-Uni et d'autres partenaires, qui estiment qu'y participer reviendrait à entrer en guerre.
Les pourparlers de paix en cours conditionnent l'ensemble des planifications, les diplomates préférant en observer l'issue avant de figer les contours d'une mission, précise Bloomberg. Toute opération ne pourrait par ailleurs se concrétiser qu'une fois le conflit terminé et avec un accord, sous une forme ou une autre, de l'Iran et des États-Unis. [AA]