Face aux centaines de milliers de salariés, fonctionnaires, étudiants, lycéens et retraités qui ont battu jeudi le pavé à travers la France pour réclamer plus de pouvoir d'achat, Sébastien Lecornu a annoncé une "conférence sociale" lundi avec les organisations syndicales et patronales.
Le ministère de l'Intérieur a recensé à 17H00 près de 600.000 manifestants dans toute la France, soit davantage que le 17 octobre (550.000), le 24 (410.000) et le 31 (320.000). La CGT a revendiqué elle, près de 1,6 million de manifestants dont 350.000 à Paris.
Les responsables de la CFDT et de la CGT, parmi les organisateurs de cette journée de mobilisation nationale qu'ils ont revendiquée comme "un succès", ne cessent de réclamer une hausse substantielle du Smic, et au-delà une augmentation des salaires dans leur ensemble.
La conférence annoncée par le Premier ministre vise à "apporter des réponses aux questions de pouvoir d'achat et de salaires", a précisé Matignon.
"Je veux de quoi vivre", confie Fred, un manifestant à Paris proche de la retraite. "Depuis des années, je peux pas m'offrir de restaurants, de loisirs. Je peux juste manger et me loger".
Le départ de la manifestation parisienne, dont la tête avait atteint en milieu d'après-midi la place de la Nation alors que celle de la République était encore noire de monde, a été précédé d'une minute de silence pour les victimes de l'attentat raciste dans les Yvelines.
Dans le cortège étaient notamment présents les candidats à l'élection présidentielle Jean-Luc Mélenchon, Marine Tondelier et Raphaël Glucksmann. Ce dernier, sifflé à son arrivée, a finalement quitté la manifestation "après plus d'une heure sur place", après le signalement par la préfecture de "black blocs" place de la République.
De brèves tensions ont éclaté et des dégradations ont été commises sur le parcours parisien où les forces de l'ordre sont intervenues "pour faire cesser les exactions et isoler les fauteurs de troubles", selon la préfecture de police.
"Nous savons d'ores et déjà que cette journée sera un succès", a déclaré la responsable de la CGT Sophie Binet, en tête de la manifestation. "La question qui est posée aujourd'hui, c'est pas +est-ce qu'on va gagner+" mais "+combien va-t-on gagner ?+", selon la syndicaliste qui exige "10% d'augmentation du Smic".
Son homologue de la CFDT Marylise Léon demande un coup de pouce du Smic de 100 euros et réclame "des réponses concrètes" afin de répondre à la difficulté actuelle" des Français "à boucler les fins de mois".
- "Les gens vont mal" -
Bien décidé à éviter de nouvelles émeutes comme celles du 17 octobre qui avaient fait le tour du monde, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez avait annoncé mobiliser 70.000 policiers et gendarmes, promettant "une réponse d'une extrême fermeté".
Dans plusieurs villes toutefois, les cortèges ont été émaillés par des tensions: à Lyon par exemple où ont manifesté entre 30.500 (préfecture) et 55.000 personnes (CGT), des violences ont éclaté en tête de cortège. Un photographe de l'AFP qui portait son brassard presse, a reçu cinq coups de matraque lors d’une charge de CRS.
A Rennes, les affrontements se sont multipliés à partir de 15H00, alors que la manifestation, qui a regroupé entre 20.600 (préfecture) et 35.000 personnes (syndicats) avait démarré dans la bonne humeur, entre musique et discours.
A Bordeaux, où 21.000 (préfecture) à 120.000 personnes(CGT) ont défilé, Morgane et Tania, assistantes sociales de 30 et 29 ans, évoquent les violences faites aux enfants, la précarité, l'accès au logement, le changement climatique.
"Les gens vont mal. Moi je reçois des personnes qui sont contentes parce que leurs enfants ont au moins un repas complet grâce à la cantine, mais ça je ne peux pas l'entendre", déplore Tania.
A Montpellier, en vigilance orange aux pluies-inondations, 3.500 manifestants ont défilé selon la préfecture, bravant des trombes d’eau et de violents orages.
Ce premier appel depuis la rentrée à rassembler secteur public et privé a vu se rallier lycéens et étudiants (avec des tentatives de blocage comme à Strasbourg, Marseille ou Bordeaux), les gilets jaunes (qui ont relancé les protestations contre la vie chère depuis trois samedis) mais aussi, entre autres, les agriculteurs de la Confédération paysanne.
Près d'un millier de lycées ont été bloqués ou fermés administrativement jeudi, selon le Snes-FSU, principal syndicat du second degré, quand Matignon n'en a décompté que 81 sur les 3.700 du pays.
Dans l'Enseignement supérieur, un tiers des établissements ont été "perturbés", selon le gouvernement. L'Union étudiante a recensé, elle, "90%" des quelque 70 universités de France "mobilisées", c'est-à-dire bloquées ou fermées.
L'appel des organisations syndicales à cesser le travail était diversement suivi: près de 16% des enseignants étaient en grève, selon le ministère de l'Education nationale. Le Snes-FSU a recensé 52% des personnels en grève dans les collèges et lycées.
- Tour Eiffel fermée -
Les transports étaient globalement peu perturbés avec toutefois "plus d’un cheminot sur trois en grève à la SNCF", a indiqué à l'AFP Romain Pitelet, secrétaire général adjoint de la CGT Cheminots.
A la mi-journée, EDF SA (hors filiales) comptait 18,9% de grévistes, alors que démarraient des négociations salariales annuelles dans les industries électriques et gazières.
Quant aux touristes qui espéraient visiter la tour Eiffel ou l'Arc de Triomphe, ils ont été déçus: les deux monuments sont restés fermés. [AFP]