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Crise de la dette au Sénégal : et si la bonne gouvernance était notre première source de financement ? (Par Boubacar Tall)

Mardi 3 Novembre 2026

Lorsque j’écrivais que Diomaye Faye et Ousmane Sonko n’étaient pas des sorciers, je défendais une hypothèse simple : la bonne gouvernance, la lutte contre la corruption, la transparence et la reddition de comptes pouvaient constituer les fondements d’une stratégie endogène de financement du redressement économique du Sénégal.

 

Cette conviction demeure intacte, malgré les bouleversements politiques intervenus depuis lors et la rupture entre les deux hommes.

 

Elle trouve aujourd’hui une actualité particulière dans le refus provisoire de la Commission des finances de l’Assemblée nationale d’adopter la Loi de finances rectificative 2026.

 

Au-delà du bras de fer entre le pouvoir exécutif et la majorité parlementaire, une question fondamentale mérite d’être posée : avons-nous suffisamment exploré les ressources que pourrait libérer une gestion rigoureuse et transparente des finances publiques avant de nous engager dans un nouveau programme de financement du FMI ?

 

Le Sénégal traverse une crise de la dette qui compromet ses capacités d’investissement, réduit ses marges budgétaires et menace les perspectives de transformation économique promises aux citoyens.

 

Face à cette situation, la tentation est grande de considérer le recours au FMI comme une issue incontournable. 
 

Pourtant, les politiques d’ajustement budgétaire associées à ses programmes présentent des risques sociaux considérables lorsque la réduction des déficits repose sur la diminution des subventions, l’augmentation des prélèvements ou la contraction des dépenses publiques essentielles.

 

Je ne conteste pas la nécessité de rétablir les équilibres financiers. Je m’interroge sur les moyens d’y parvenir et sur les sacrifices imposés aux populations.

 

Pourquoi ne pas faire de l’éradication de la corruption, de la récupération des ressources publiques perdues dans les gaspillages et de la reddition systématique des comptes un véritable programme économique national ?

 

Le rapport de la Cour des comptes sur la gestion des finances publiques de 2019 au 31 mars 2024 fournit des raisons sérieuses de poser cette question.

 

Les transferts budgétaires aux Services non personnalisés de l’État (SNPE) ont atteint 2 562,17 milliards de F CFA durant cette période. La Cour a relevé des irrégularités dans les modalités de ces transferts.

 

Ces sommes ne doivent pas être assimilées à des détournements. Mais leur importance impose une exigence de transparence sur leur destination, leur justification et leur efficacité.

 

Dès lors, comment ne pas comprendre les préoccupations des députés qui réclament notamment le rapport Forvis Mazars, celui de l’Inspection générale des finances sur la dette non financière et les informations relatives aux SNPE ?

 

Le gouvernement affirme avoir communiqué les éclaircissements nécessaires. Il appartient aux institutions concernées de lever cette divergence et de garantir un accès effectif aux documents indispensables au contrôle parlementaire.

 

La transparence budgétaire ne doit pas être un slogan de rupture. Elle doit devenir une méthode permanente de gouvernement.

 

Mon hypothèse va cependant au-delà du contrôle des dépenses.

 

Elle consiste à considérer la bonne gouvernance comme une véritable plateforme de mobilisation des ressources nationales : suppression des dépenses injustifiées, lutte contre la fraude et les détournements, rationalisation des agences, amélioration du recouvrement fiscal et restauration de la sincérité des comptes publics.

 

Les économies ainsi dégagées devraient être identifiées, quantifiées et affectées prioritairement au désendettement, à l’investissement productif et à la protection sociale.

 

À cette stratégie doit s’ajouter une seconde ambition : faire de nos ressources pétrolières et gazières un instrument de souveraineté énergétique et de compétitivité économique.

 

Le Sénégal dispose désormais de ressources en hydrocarbures dont la valorisation pourrait contribuer à réduire durablement ses coûts énergétiques.

 

Il nous appartient de rechercher des investisseurs et des partenaires industriels capables d’accompagner le développement des infrastructures nécessaires à la transformation du gaz, à la production d’électricité et à l’approvisionnement du marché national.

 

L’objectif doit être clair : produire une énergie moins coûteuse afin de réduire progressivement la charge des subventions énergétiques qui pèsent sur notre budget et dont le FMI préconise la rationalisation.

 

Une énergie structurellement moins chère permettrait de diminuer le besoin de subventions sans faire supporter aux ménages et aux entreprises toute la hausse des prix internationaux.

 

Encore faut-il négocier des contrats favorables aux intérêts nationaux, maîtriser les coûts de production et de distribution et garantir que les gains soient effectivement répercutés sur les tarifs.

 

Cette transformation ne sera pas immédiate. Mais elle mérite de constituer une priorité stratégique de notre politique économique.

 

C’est dans l’articulation entre bonne gouvernance, financement endogène et souveraineté énergétique que je situe une voie possible de sortie de crise.

 

Je ne prétends pas que ces leviers suffiront mécaniquement à honorer toutes les échéances de notre dette. Leur potentiel doit être évalué face aux besoins de trésorerie, au service de la dette et aux investissements nécessaires.

 

Mais je refuse de considérer comme une fatalité le recours à des financements extérieurs assortis de mesures d’ajustement susceptibles d’aggraver les difficultés sociales.

 

Le Plan de redressement économique et social (PRES), porté par Ousmane Sonko lorsqu’il dirigeait le gouvernement, avait précisément placé la mobilisation des ressources nationales au centre de sa philosophie économique.

 

Aujourd’hui, les divergences entre le président Diomaye Faye et son ancien Premier ministre, désormais à la tête de l’Assemblée nationale, ne devraient pas faire disparaître cette ambition du débat national.

 

Le conflit autour de la LFR 2026 offre au contraire l’occasion de poser les questions essentielles : quelles économies l’État a-t-il effectivement réalisées grâce à l’assainissement de sa gestion ? Quelles ressources supplémentaires la lutte contre la corruption a-t-elle permis de mobiliser ? Quels investissements énergétiques réduiront durablement notre dépendance aux subventions ? Et quelles alternatives crédibles avons-nous évaluées avant de retenir un nouveau financement du FMI ?

 

Ces questions exigent des réponses chiffrées et documentées.

 

La véritable rupture ne se mesure pas uniquement à la dénonciation des dérives du passé. Elle se mesure à la capacité de transformer la qualité de la gouvernance en résultats économiques et sociaux.

 

Ma conviction demeure que le Sénégal doit explorer jusqu’au bout les possibilités offertes par la probité, la transparence, la reddition de comptes et la valorisation de ses ressources nationales avant de faire peser de nouveaux sacrifices sur ses citoyens.

 

Une nation qui assainit ses finances, combat réellement la corruption et maîtrise progressivement son énergie se donne les moyens de reconstruire sa souveraineté économique.

 

La bonne gouvernance n’est pas une formule morale. Elle est aussi une hypothèse de financement du développement qui mérite d’être examinée, chiffrée et mise à l’épreuve des faits.

 

C’est précisément ce débat que la crise actuelle de la dette et le blocage de la LFR 2026 devraient permettre d’engager, au-delà des rivalités politiques.

 

Boubacar Tall

 
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